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L’Expansion, 29/06/2005

Oui / Non : Questions d’après référendum

Extraits du dossier "Economie / politique" de ce numéro, après le NON Français et l’échec du Conseil Européen de mi Juin
[ L’Expansion.com ]
lundi 13 mars 2006.
 
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Emploi, euro, déficits... Réponses aux 10 interrogations sur l’avenir de la France et de l’Europe après le choc du 29 mai.

Rejet du référendum sur la Constitution en France et aux Pays-Bas, crise budgétaire ouverte par les Britanniques, moteur franco-allemand en panne, manquements répétés au pacte de stabilité, croissance en berne et pluie de critiques sur l’euro : la construction européenne est en crise. Ce n’est certes pas la première fois.

... La conception des grands pays fondateurs d’une Europe « puissance politique » ne semble plus qu’un rêve, tandis que la vision britannique d’une Europe « grand marché » plus libérale se précise, avec le soutien des 10 ex-pays socialistes intégrés en mai 2004.

Paradoxalement, l’impact du non sera plus fort sur l’Europe que sur la France même.

Le OUI l’aurait emporté que les Français se seraient réveillés, le 30 mai, avec les mêmes problèmes à surmonter, pour lesquels le bouc émissaire bruxellois n’est pas responsable : un Etat obèse, un modèle social qui fabrique des déficits, des dettes et des chômeurs.

Malheureusement, les Français le considèrent comme une panacée enviée de tous. Et le Premier ministre Dominique de Villepin, malgré quelques mesures favorables à l’embauche, préfère les caresser dans le sens du poil plutôt que de les confronter à leurs responsabilités.

Dommage : la France devra sans doute aller plus mal avant de pouvoir espérer aller mieux.

Emmanuel Lechypre

1. La mobilisation du gouvernement peut-elle avoir un effet sur le chômage ?

OUI

... Finalement, dans les deux ans à venir, le gouvernement Villepin pourrait bien réussir à faire reculer de quelques dixièmes de point un taux de chômage actuellement supérieur à 10 % de la population active.

A condition que le contrat nouvelle embauche ne soit pas retoqué par le Conseil constitutionnel, et jugé contraire aux règles de l’Organisation internationale du travail, ce qui est loin d’être acquis. Obtenir un repli plus ample et plus durable demandera des réformes bien plus radicales du Code du travail et de l’indemnisation du chômage. ...

Marc Landré

2. Le modèle social français est-il sauvé ?

NON

Le refus des Français de ratifier la Constitution européenne n’y changera rien : le fameux modèle social auquel ils sont si attachés finira par s’effondrer s’il n’est pas rénové de fond en comble.

« Le plein-emploi et le progrès social sont désormais anglo-saxons ; le chômage et la régression sociale sont français », condamne sans nuance l’économiste Jacques Marseille. Les chiffres sont sans appel.

La dépense publique absorbe 54 % de la richesse nationale, contre 48 % dans les autres pays européens (soit un surcoût de 100 milliards d’euros par an), la dette de l’Etat augmente depuis dix ans de 50 milliards d’euros par an, le déficit de l’assurance-maladie explose (11,6 milliards d’euros en 2004).

La performance en matière d’emploi n’est guère plus brillante, avec un taux de chômage des moins de 25 ans et des plus de 50 ans parmi les plus élevés du monde industrialisé, et des Français qui travaillent en moyenne plus de trois semaines de moins (cent vingt heures par an) que les autres Européens.

Le tableau social n’est guère plus flatteur : entre 1993 et 2003, le PIB par habitant n’a crû que de 18 %, contre 93 % en Irlande, 31 % en Espagne ou 29 % au Royaume-Uni.

Résultat, au palmarès des Européens les plus riches, les Français sont aujourd’hui relégués en queue de peloton.

Question pauvreté, pas de quoi être fier non plus : d’après l’OCDE, elle a reculé de 30 % en 20 ans aux Etats-Unis et de 25 % au Royaume-Uni, mais elle a augmenté dans le même temps d’un tiers en France. Une France aux filets sociaux troués dans laquelle près de 4 millions de personnes vivent avec moins de 600 euros par mois, où le nombre de RMistes et d’enfants pauvres a dépassé depuis longtemps la barre du million.

Et les choses ne s’arrangeront pas. ...

« Tant qu’ils s’enrichissaient plus que leurs voisins, on pouvait comprendre l’attachement des Français à leur modèle, constate Yves Bur, vice-président UMP de l’Assemblée nationale. Mais, aujourd’hui, nous devons leur ouvrir les yeux et leur démontrer qu’on ne peut plus défendre un modèle qui fabrique aussi peu de richesses et autant de chômeurs. » ...

Marc Landré

3. Faut-il craindre une nouvelle dérive des finances publiques ?

OUI ...

« Mais le plus gros risque, c’est que la panne politique et institutionnelle de l’Europe incite au relâchement durable de la contrainte budgétaire », avertit Christian de Boissieu, président du Conseil d’analyse économique.

D’autant que pour acheter la paix sociale dans la perspective de la présidentielle de 2007, le gouvernement pourrait être tenté de laisser filer certaines dépenses.

Béatrice Mathieu

4. La victoire du non est-elle un coup dur pour les entreprises françaises ?

NON, Pas de panique ! ...

5. Le résultat du référendum peut-il ralentir les délocalisations ?

NON ...

6. Le non signe- t-il le triomphe de l’Europe libérale ?

OUI

C’est le grand paradoxe du référendum français. Ceux qui ont rejeté le traité au nom d’une Europe plus sociale ont, en fait, ouvert un boulevard aux libéraux.

Le projet de Constitution contenait des ambitions sociales inédites dans un traité européen : l’objectif du plein-emploi, la reconnaissance des services publics, des droits syndicaux, de l’égalité hommes-femmes, etc. Puisqu’il a été rejeté, l’Union fonctionnera selon les règles établies par les précédents traités européens, à la tonalité nettement moins sociale.

« Le plan B, c’est le plan Blair, insiste Alain Lamassoure, eurodéputé et porte-parole de l’UMP. C’est la victoire du modèle britannique sur le modèle français. Nous sommes condamnés à rester dans une Europe dont l’objectif demeure le bon fonctionnement du marché. » D’autant plus que les contre-performances du système français ne sont pas de nature à inspirer nos partenaires.

...

7. Le moteur franco-allemand est-il mort ?

NON ...

8. L’élargissement est-il compromis ?

OUI ...

Yves-Michel Riols

9. L’Union monétaire est-elle responsable du marasme français et européen ?

NON

Alors que le monde n’a jamais été aussi dynamique depuis 30 ans, l’Euroland ne sort pas du marasme. ...

Plus grave, « avec l’euro, les gouvernements qui gèrent mal leur pays ne risquent plus d’être sanctionnés par les marchés financiers, à travers une chute de leur monnaie ou une envolée de leurs taux d’intérêt », déplore Jean-Pierre Petit, chef économiste d’Exane BNP Paribas. Résultat : censé aiguillonner l’esprit de réforme, l’euro l’a plutôt anesthésié.

« Reste que la crise serait sans doute pire si l’euro n’était pas là, tempère Eric Chaney, directeur de la recherche économique pour l’Europe chez Morgan Stanley. Il n’a peut-être pas assuré la prospérité, mais il a apporté une grande stabilité. » ...

Quant à la France et plus encore à l’Allemagne, elles seraient sans doute aujourd’hui en déflation, ébranlées par les dévaluations compétitives que n’auraient pas manqué de pratiquer les pays voisins. Alors, merci quand même, l’euro !

Sébastien Julian

10. La monnaie unique va-t-elle survivre au rejet de la Constitution ?

OUI

Six ans et demi après sa création, l’euro connaît sa première crise existentielle. En France et en Allemagne, six personnes sur dix regrettent le franc et le mark, tandis qu’en Italie des ténors politiques ont réclamé le retour à la lire.

« Toutes les unions monétaires qui ne se sont pas accompagnées d’une unification politique ont explosé en vol », remarque Jean-Pierre Petit, d’Exane BNP Paribas. Ce fut le cas des unions monétaires latine et scandinave, à la fin du xixe siècle. ...

« La dislocation de la zone euro est toutefois très peu probable, estime Patrick Artus, directeur des études économiques d’Ixis.

C’est un scénario qu’on ne peut envisager qu’à long terme, si la Banque centrale européenne (BCE) ne coordonne pas davantage sa politique avec les gouvernements, si le pacte de stabilité ne définit pas avec plus d’intelligence les déficits publics et si le fonctionnement de l’Union n’est pas rendu plus flexible. On n’en est pas là ! »

« La sécession d’un seul pays membre est également très improbable », estime Stéphane Déo, économiste chez UBS. Le coût de la manoeuvre serait exorbitant. Notamment pour les pays lourdement endettés.

Ainsi, d’après la Banque d’Italie, le retour à la lire coûterait à la péninsule entre 70 et 80 milliards d’euros, soit 7,5 % de la richesse nationale.

Son inévitable dévaluation par rapport à la devise européenne alourdirait mécaniquement le poids de la dette publique (105 % du PIB), libellée en euros. « Le pays se retrouverait dans la même situation de crise que l’Argentine il y a cinq ans », conclut Eric Chaney, de Morgan Stanley.

Béatrice Mathieu


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