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Discours prononcé par Philippe Herzog (économiste, député européen, ex PCF), le 21 mai

Faisons le don du Oui aux Européens

Dans le cadre d’une initiative de l’UDF à l’hôtel Sofitel-Saint Jacques à Paris.
[ Site Confrontations.org (Philippe Herzog) ]
jeudi 26 mai 2005.
 
Auteur(s) et leurs articles

Bonjour chers amis.

Cher Maurice Leroy, comme tu le sais, j’ai pris goût à mon indépendance, mais je te confirme que je suis heureux de me trouver aujourd’hui dans un espace de positivité. Nous sommes effectivement dans une campagne très rude.

Il sera très important que tous les hommes de bonne volonté essaient de se rassembler demain par delà les différentes sensibilités pour sortir la France de l’impasse où elle risque de se conduire. Et pour lui permettre de faire face aux échéances, et ce quel que soit le résultat du référendum.

La campagne est très âpre. Les quelques réflexions que je vais présenter devant vous baignent encore dans ce climat que je rencontrais hier soir à Blois, et avant-hier à Paris dans le 18ème. Tous les jours, nous avons à faire avec la dureté, les incompréhensions, les malentendus, la sous-information qui se sont accumulés au long des années et qui malheureusement ressortent aujourd’hui...

Naissance d’une Union politique

Ce serait terriblement dommage de manquer cette fenêtre d’opportunité qu’est la ratification de la Constitution européenne, car il s’agit bien d’un changement qualitatif que nous réussissons à proposer aux Européens. C’est la naissance d’une union politique.

Nous n’avons pas réussi à La Haye en 1948, nous avons échoué de nouveau à Maastricht : dans le contexte de la relance de l’Union européenne en 1992, l’union monétaire a abouti, mais la conférence intergouvernementale sur l’union politique a échoué.

Nous n’avons pas réussi la réforme institutionnelle à Amsterdam ni à Nice. Et voilà que, sur la base de ces échecs, une Convention - c’est-à-dire un début de pouvoir aux élus avec une forte présence de toute la société civile européenne - les acteurs civiques et les syndicats européens réussissent à nous proposer un texte, un cadre démocratique d’union politique, pour avancer vers cette communauté de destin que nous ne parvenions pas à construire.

On peut snober cette proposition et dire « on peut mieux faire ».C’est ainsi que certains nous parlent d’un plan B. Ce que propose M. Fabius doit être examiné de près. Il dit en gros deux choses (je passe sur la question des coopérations renforcées facilitées qui est secondaire).

Les plans B : écran de fumée ou désastres

M. Fabius dit : « la partie un et la deux du texte, je prends ». Quel hommage à ce projet, car ce ne sont pas des parties insignifiantes. Il dit également, « la partie trois, je ne prends pas, il faut la renégocier ».

Mais, précisément, dans ce traité de projet constitutionnel, la possibilité de renégociation des articles et des politiques de cette partie trois est beaucoup plus facile que tout ce que nous avons jusqu’à présent : pour changer les articles des politiques communes, il faut passer par des conférences intergouvernementales extrêmement complexes et dont nous avons constaté l’échec à Nice.

Le traité constitutionnel indique tout simplement que le Conseil européen peut décider de modifier cette partie des politiques communes - à l’unanimité bien sûr, car nous ne sommes pas encore dans un Etat fédéral à l’américaine- et de voter à la majorité qualifiée certains des changements de ces politiques.

Nous avons donc là une possibilité de les changer à tout moment mais M. Fabius dit : « je n’en veux pas, nous reprenons la négociation ». Alors que nous avons la possibilité de nous doter d’un outil pour avancer. C’est donc un écran de fumée que le plan B de M. Fabius.

Mais il fait des ravages devant des citoyens qui ne contextualisent pas ce texte et ne voient pas à quel point il est à contre-courant des populismes et des nationalismes accumulés dans de nombreuses régions d’Europe, y compris chez nous, et à quel point capitaliser ce résultat est extrêmement important pour une dynamique européenne beaucoup plus ample.

Quant aux plans B des amis de M. Fabius, ce sont des plans B totalement protectionnistes, c’est l’allergie au marché, à l’ouverture, à l’échange que l’on entend malheureusement.

C’est évidemment désastreux et nous avons effectivement une mémoire : la négation du marché dans le bolchevisme n’a pas conduit à la prospérité, mais, au contraire, à l’échec total face aux aspirations des citoyens.

En fait, en guise de plan B, nous aurions Nice et la paralysie institutionnelle devant nous pendant plusieurs années. C’est un choix terrible que d’entraîner les Français dans une impasse qui serait historique, comparable, en pire, à l’échec de la communauté européenne de défense en 1954.

« Faisons le don d’un oui aux Européens »

Oui, votre slogan « l’Europe à besoin de notre Oui » est tout à fait le mien. Permettez moi de vous dire que le premier article que j’ai écrit dans cette campagne, peut-être dans un style plus chrétien - bien que ne l’étant pas - était titré : « Faisons le don du oui aux Européens ». C’est la même idée.

Cette communauté admirée dans le monde entier est fragile. Elle est au milieu du gué et peut se rompre. Les facteurs de fragmentation, nous les vivons tous les jours, en République Tchèque, aux Pays-Bas, en France.

Le danger, non pas de la dissolution, mais du coma de la construction européenne est d’évidence pour les personnes sur le terrain, au charbon tous les jours et qui constatent à quel point il faut prendre soin d’une communauté. Elle n’est jamais donnée d’avance. pour accueillir les pays d’Europe centrale et orientale...

L’Europe a également besoin de nos "oui", car nous devons accueillir les pays de l’Europe centrale et orientale.

Où est la conscience civique et l’éthique des Français ? Il est consternant que les Français y soient hostiles.

Les populations de ces pays n’ont pas choisi de subir les totalitarismes dans les décennies antérieures. Elles n’ont pas d’espoir autre que de vivre avec nous dans cette communauté.

L’Europe à besoin de notre « Oui », car cette constitution donnerait, par sa simplification institutionnelle et la création de pouvoirs nouveaux, notamment au niveau du Conseil européen, du ministre des Affaires étrangères et dans d’autres domaines, enfin la possibilité d’entendre la voix de l’Union européenne, d’avoir une visibilité nouvelle et de pouvoir rayonner sur les affaires du monde à un moment particulièrement pressant.

pour nos réformes intérieures...

Dire « Oui » ferait également grand bien à la France, avec l’ouverture aux autres dont nous ferions témoignage- je viens d’en parler- .Ce serait également la preuve que la France est persévérante dans ses efforts historiques.

Elle a porté l’union politique et voici maintenant que l’on nous la propose au travers d’une convention présidée par un Français. Et la France dirait non ? Cela, personne ne le comprend autour de nous.

Dire Oui ferait également grand bien à la France pour ses réformes intérieures, car ce n’est pas dans le repli et le protectionnisme que l’on peut les accomplir mais dans l’espace européen et international.

On nous dit qu’il n’y a pas de projet européen. Mais c’est une sorte de projet européen que de dire- y compris dans la troisième partie du texte- que nous devons bâtir notre développement en conciliant compétitivité, cohésion sociale, développement durable.

Il faut faire l’effort de cette mise en cohérence. Si la France achoppe sur ce défi de la solidarité et de la cohésion, la faute en revient-elle aux commissaires européens ?

Pourquoi avons-nous un taux d’emploi aussi bas ? Pourquoi l’accueil des jeunes dans la vie active est-il laissé de côté ? C’est la faute de l’Europe ou celle de la France qui n’arrive pas à se réformer et qui cherche des alibis à l’extérieur ?!... pour porter plus loin le projet européen... Notre Oui est un Oui d’engagement pour des réformes en France, car changer en France pour être mieux européen fait partie du sujet, et être européen pour accomplir nos réformes, ce sont des choses indissociables.

Ce Oui d’engagement est un Oui pour porter plus loin le projet européen.

l’Europe de Lisbonne ne se porte pas bien dans la pratique, car chacun tire à hue et à dia. Pourtant Lisbonne est un effort intéressant et important pour essayer de se définir un avenir et un projet de développement, En disant Oui nous pourrons demain clarifier le projet de l’Europe dans la division internationale du travail, consolider nos forces, développer les entreprises européennes qui prennent soin des racines européennes, créent et développent l’activité en Europe, tout en allant à la mondialisation.

Pour ce faire, nous allons chercher une autonomie dans nos sources de financement. Nous nous doterons d’un budget européen. Nous essaierons d’avoir un marché financier intégré européen qui ne soit pas sous la coupe des fonds américains et des private equities sous la tutelle desquels sont souvent nos entreprises.

Pour changer les comportements politiques...

Les projets sont là, mais nous ne pourrons les accomplir qu’en disant Oui à une force politique et à des leviers démocratiques qui permettront de les faire avancer. Ce Oui d’engagement est un Oui pour changer de comportements politiques.

Nombreux nous le savons, sont les politiques à n’avoir pas fait le travail d’information et d’éducation jour après jour nécessaire pour que les Français deviennent européens. Ils vont devoir changer. Et nous devons faire appel à l’esprit de responsabilité des citoyens qui risquent de voter non, pour des raisons diverses, qui peuvent être bonnes ou mauvaises. On ne peut pas dire quand on va voter, « débrouillez-vous les politiques, on vous met un pavé dans la mare, on exprime un mécontentement violent et après débrouillez-vous ».

Cela, ce n’est pas un esprit de responsabilité, car il faut assumer également la conséquence de ses actes et voir les risques et les conséquences catastrophiques d’un Non français.

pour agir avec les Européens...

Ce Oui d’engagement, c’est également pour vouloir agir avec les Européens, les rencontrer beaucoup plus, entrer dans leurs réseaux, fréquenter cette société civile européenne qui est manifestement complètement méconnue de la France entière.

Lors de la conférence européenne des syndicats, 75 syndicats sur 78 de toute l’Europe ont dit Oui à la Constitution. Ils ne sont pas entendus chez nous, sont ignorés par les medias qui ne font pas entendre leur voix. Ces autres Européens, porteurs d’une construction,il faut que nous les rencontrions en France jour après jour pour cheminer ensemble.

Chers amis, la France a un rendez-vous historique. Le risque d’une faute historique est bien réel, mais rien n’est joué. En faisant appel à l’esprit civique, de responsabilité en alertant sur les rideaux de fumée et sur le travail dévastateur d’ un certain nombre de politiciens - pour les uns en toute conscience et pour les autres avec sans aucun doute d’autres visées que la construction de l’Europe - , Oui, nous pouvons provoquer un ressaisissement d’ici le 29 mai.

C’est en disant Oui à l’Europe que la France peut se ressaisir, ce mot a été prononcé avant moi. Ayons confiance en nos valeurs et en nos engagements car le combat continue pour la construction d’une Europe forte qui rayonne et soit conforme à ce que nous avons de plus cher dans notre histoire.

Nous le porterons ensemble dans le futur.


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