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CPE, nouveau blocage de la société France

CPE. Principes et obstination : 2, pragmatisme et négociation : 0 !

La société française est-elle donc condamnée à rester bloquée ? Pour combien de temps ?
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mercredi 29 mars 2006.
 
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Pour les étrangers, qu’ils soient européens, anglo-saxons ou d’une autre partie du monde, mais aussi pour les français qui ont un peu voyagé ou vécu à l’étranger, il est clair que la France se distingue par une grande rigidité, une très grande capacité à se réfugier dans l’idéologie et une très grande difficulté se réformer.

La crise du CPE est là pour nous le rappeler : chacun campe sur ses positions, Villepin ayant beaucoup de mal à envisager des discussions, et les syndicats continuant à exiger le retrait du CPE comme préalable à toute discussion.

Philippe d’Iribarne [1], avec son livre "La logique de l’honneur" devenu un classique de la sociologie et du management [2], montrait à quel point les Français sont attachés à l’honneur et à des principes [3]. L’extrait [4] de l’article de l’Expansion "Oui au changement, mais à vitesse humaine " est très pertinent dans ce cas précis : "changement décidé au sommet", "conseils hostiles aux suggestions d’aménagement", "contestation à combattre", "arrogance", "dynamique du corps social"...

L’attitude de Villepin est très significative de ce point de vue, ainsi que malheureusement celle des syndicats.

Rappelons-nous l’attitude de Villepin au Conseil de Sécurité de l’ONU, par rapport à l’attitude à prendre par rapport à l’Irak : son intervention a été acclamée, mais cette attitude fondée sur des principes se révèle bien peu efficace sur le terrain et dans les faits :
-  la guerre n’a pas été empêchée
-  les événements craints se déroulent effectivement après la "victoire" de l’armée américaine et l’incroyable impréparation américaine de l’après-guerre
-  les Français, très isolés sur la scène internationale, ont donc été privés des marchés pour reconstruire l’Irak, et d’une grande influence dans cette région du monde. Même l’image de la France dans le monde n’en sort pas spécialement grandie, alors que "nous avions raison" sur quasiment toute la ligne...

Comme quoi "avoir raison" ne suffit pas, et l’arrogance peut avoir des effets très négatifs !

Une attitude moins "flamboyante", mais réaliste et pragmatique, notamment en continuant de faire monter la pression dissuasive par la flotte américaine, sans briser le front anti Saddam Hussien, aurait peut-être évité la guerre. Elle aurait en tout cas évité l’isolement de la France et permis à la coalition de vraiment bénéficier des avis français (et allemands, et plus généralement de la "vieille Europe"), et donc de perspectives beaucoup plus adaptées à cette région du monde que les visions simplistes américaines. Cette attitude aurait ainsi permis d’éviter une bonne partie des dégats constatés depuis cette "victoire" américaine, dont on n’a pas encore vu la fin (amorce d’une guerre civile en Irak).

De leur côté, les syndicats s’illustrent par la même crispation sur des principes (pas les mêmes !), et par la même incapacité à prendre en compte les enjeux et le contexte : la volonté d’obtenir le retrait du CPE alors que tout le monde sait ce que cela veut dire pour Villepin... La tenue très prochaine des congrès de la CGT et de la CFDT, non prise en compte par Villepin, joue pourtant très fortement en faveur d’une surenchère syndicale et de la poursuite du bras de fer...

Cette volonté d’ignorer les parties "adverses", leurs enjeux et leurs contextes est très significative d’une absence de culture de négociation, et d’une volonté de part et d’autre de passer en force, chacun avec une légitimité d’un autre ordre : législative versus sociale et revendicative.

Le pire est que chaque partie ne se se rend même pas compte de l’incroyable blocage qu’elle crée, du ridicule correspondant... et de ce qu’elle contribue fortement à augmenter les difficultés de réformer ce pays qui en a tant besoin , sans même parler de l’effet désastreux sur l’image de la France à l’étranger, y compris en Europe !

Il fallait voir la réaction, pathétique, de Jean-Christophe Le Duigou, Secrétaire confédéral de la CGT, au débat BLOQUÉ DE "CHEZ BLOQUÉ" de "C’est dans l’air" (28/3/2006 au soir de la démonstration de force des syndicats), quand Jacques Marseille et Elie Cohen disaient à quel point la France devenait la risée des pays étrangers, et risque de le payer très cher, ne serait-ce que par l’importance du tourisme international pour l’économie française : Jean-Christophe Le Duigou se faisait de son côté l’écho des lettres de soutien reçus des syndicats européens, et allemands en particulier. Mais les autres pays européens ont presque tous entrepris des réformes courageuses, et 80% des allemands ont voté à l’automne pour ces réformes difficiles mais nécessaires ; et tous les pays qui ont fait ces réformes ont baissé leur taux de chômage, entre autres effets positifs...

Un étonnement du même ordre était constaté chez les syndicalistes en mars 2005 lors de la visite à Paris du Comité des Jeux Olympiques, pour évaluer la candidature française aux JO de 2012 (voir "JO 2012, la France et son "modèle" en panne d’attractivité ?". Ces syndicalistes, voulant maintenir coûte que coûte leur journée de grève à ce moment précis, assuraient que cela ne pouvait avoir d’effet négatif sur la délégation du CIO... La délégation française à Hong Kong était du coup la seule à compter des syndicalistes (le ridicule ne tue pas) pour rassurer le CIO. Cela n’a évidemment pas favorisé une décision favorable aux Jeux à Paris en 2012 ! Le plus fort reste que la gauche, empêtrée dans ses dogmes, ne se rende pas compte du ridicule de la situation.

Dans le même genre ridicule et pathétique, la réaction de Robert Hue (PCF) au moment du référendum sur le TCE, à propose de l’industrie européenne et de l’aéronautique : Robert Hue souhaitait que Airbus soit protégée de la concurrence internationale, et demandait que les avions achetés en Europe soient seulement européens (Voir "L’expérience de 1981-1983 n’a pas suffi : la France a voté NON, tentée par un repli faussement salvateur". Quelle ignorance du fonctionnement des marchés, des avantages de la concurrence, et aussi des atouts européens : ce n’est pas par une protection abusive que Airbus est devenu leader mondial, face à un concurrent en position largement dominante, mais bien par une détermination très pragmatique, une prise en compte pleine et entière de la concurrence et des réalités, une mobilisation des intelligences européennes, et une capacité à relever ensemble les défis !

Heureusement de plus en plus de Français se rendent compte que "trop de protection tue la protection", et les informations nous venant des pays étrangers, y compris européens, nous montrent bien que plus de flexibilité est très positif et permet de (enfin) faire baisser le chômage, et de contribuer à un cercle vertueux : plus d’emplois, moins de charges sociales, meilleure santé de l’économie, meilleure compétitivité des entreprises françaises, plus de croissance, donc plus d’emplois...

[1] également auteur de "Cultures et mondialisation" (Seuil, 1998), "Le Tiers-Monde qui réussit" (Odile Jacob, 2003), "L’étrangeté française" (Seuil, 2006)

[2] Voir par exemple l’interview dans la revue Sciences Humaines en 1991 et la fiche de lecture : En France existe une logique de l’honneur, "aussi exigeante dans les devoirs qu’elle prescrit que dans les privilèges qu’elle permet de défendre".

[3] Voir aussi, sur les spécificités françaises : "Vous avez dit "Libéral" ? Typologie des différents pays (Europe et monde)"

[4] Cette approche du changement correspond aussi à une vision étroite. Le changement est décidé au sommet, parfois soutenu par des conseils extérieurs hostiles aux suggestions d’aménagement, toute nuance d’appréciation étant perçue comme une contestation à combattre. ...

Cette attitude, justifiée par un souci d’efficacité, peut être interprétée comme une forme d’arrogance. Outre le fait que de telles pratiques conduisent à se priver d’une énergie, d’idées susceptibles d’enrichir et d’affiner un projet de changement dans l’entreprise, elle ignore aussi « la logique de l’honneur », selon l’expression du sociologue Philippe d’Iribarne. Il est pourtant indispensable d’en tenir compte pour comprendre la dynamique d’un corps social.


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