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Colloque "Un nouvel élan pour l’Europe " - 13 mai 06

L‘Europe aujourd’hui : état des lieux

[ Sur le site UDF ]
mercredi 23 août 2006.
 

Présidence : Anne-Marie Comparini, député du Rhône.

Philippe Arraou, Président du mouvement européen en Pyrénées-Atlantiques, revient tout d’abord sur le "non" au référendum : un an après, dit-il, il nous fait toujours aussi mal, parce que nous sommes persuadés que c’est une erreur historique, mais ... "si tu perds, ne perds pas la leçon". Il y a des enseignements à en tirer.

En premier lieu, la mondialisation : Pour beaucoup de Français, elle fait peur, elle signifie délocalisation, avec la perte de travail en France. Cela conduit à :
-  Une crainte sociale, une insécurité économique, une demande d’assurance, de protection.
-  Un rejet de la classe gouvernante par la France d’en bas, qui pense "Europe = international = mondialisation = libéralisme", donc "Europe = libéralisme". Ce n’était pas facile d’expliquer d’un côté l’ouverture à l’Est, en refusant de l’autre l’ouverture aux importations de Chine ou à la délocalisation. La directive Bolkestein ne nous a pas rendu service !

En second lieu, sur le projet européen : où allons-nous ? vers quelle Europe ?
-  L’élargissement a été mal vécu, il n’a pas été commenté, il n’a pas été célébré. Une bonne pédagogie aurait parlé de "réunification" plus que d’élargissement.
-  Le sujet "Turquie" a beaucoup pesé dans le débat, plus de 70% des Français étant opposés à son entrée dans l’Union. La question des frontières se pose. Les Français ont besoin de comprendre la destination. Troisièmement, la campagne du "non" a été faite de beaucoup de mensonges, des choses honteuses et des choses populistes ont été dites, s’appuyant sur ce climat d’insécurité, qui est toujours présent aujourd’hui. Mais il y a aussi une leçon à en retenir sur l’utilisation d’internet, l’impact qu’il a eu : il faut en tirer les conclusions pour les campagnes à venir.

Les camps se sont opposés au nom des mêmes causes : ceux des intérêts de la France contre ceux de la mondialisation, et des valeurs humanistes. Mais la voie pour les atteindre était, selon les uns le "non", selon les autres le "oui" !

Le problème est resté entier et sensible. Un traumatisme ne se surpasse que par le dialogue, et par un climat qui n’existe pas encore à ce jour. La prochaine campagne devrait être l’occasion de reprendre le sujet : la France ne peut pas ne pas avoir de politique européenne. Il faut proposer aux Français notre vision de l’Europe.

Philippe Arraou conclut : "le sujet devrait illustrer le projet présidentiel de 2007, je pense, cher François, qu’il faut une vision claire à proposer aux Français".

Dominique Reynié, directeur de l’OIP (Observatoire interrégional du politique), Professeur en Sciences Politiques à l’IEP de Paris, commence son intervention en estimant que son engagement pro-européen lui est parfois reproché, "et même je suis pro-turc ! Je préfère l’annoncer au début, pour plus de transparence".

La situation est historique, dit-il : dans l’offre politique française, il n’y a plus qu’un parti, l’UDF, qui soit en mesure de proposer sur l’Europe un discours plein et entier.

Je vous invite à demander des comptes aux autres formations politiques sur l’Europe ! En particulier à la gauche du "non", à laquelle j’ai consacrée un livre ("Le vertige social-nationaliste. La gauche du « non »", Paris, 2005), et à la gauche du « oui » !

Cette xénophobie en train d’imprégner la société française, qui monte comme une force terrible, est l’expression compréhensible d’une angoisse devant un monde "globalisé" - globalisé selon une norme que nous n’avons pas choisie, contrairement à celle du siècle précédent. Le Brésil a les biotechnologies, la Chine les industries, l’Inde les services, et nous, qu’avons-nous ?

Au plan démographique, les Européens sont de moins en moins nombreux au regard du reste du monde : peut-on affronter un monde aussi nouveau avec un peuple aussi âgé ? Et l’on ne veut pas non plus d’immigration, comme si on voulait s’effacer, "continuez la mondialisation sans nous !".

Les Européens ont peur ; en 2-3 ans, ils sont passés de l’espérance à l’angoisse.

Selon l’enquête Eurobaromètre (publiée en mars 2006, enquêtes réalisées en janvier) :

* 47% considèrent la mondialisation comme une menace pour la situation nationale de l’emploi (une peur particulièrement présente en France et en Grèce -72%-), tandis que 37% ont une opinion opposée (77% au Danemark).

* Mais l’Union européenne est perçue comme démocratique (67%), moderne (67%) et protectrice (54%). La paix entre les Etats membres (60% des réponses) et le marché unique sont les réalisations les plus positives de l’unification européenne. 55% des Européens considèrent que l’élargissement de l’UE est quelque chose de positif. Pour 61% d’entre eux, cela signifie l’augmentation de l’influence de l’UE dans le monde.

* Toutefois, près d’une personne interrogée sur deux considère l’Union technocratique (49%) et inefficace (43%).

* L’élément perçu le plus important pour l’avenir de l’Europe est, de loin, parvenir à des niveaux de vie comparables (51%), suivi de l’introduction de l’euro dans tous les Etats membres (26%) et d’une Constitution commune (25%). Ce dernier point est également vrai pour 29% des Français et 32% des Néerlandais.

* Les éléments qui pourraient le plus renforcer le sentiment d’être Européen sont « un système européen de protection sociale » (32%) , une Constitution européenne (27%) et le droit de vote à toutes les élections dans l’Etat membre où les citoyens vivent (21%).

* Dans différents domaines liés à des questions sociales, environnementales, politiques et de sécurité, une majorité d’Européens appellent à davantage de prise de décision au niveau européen. Les domaines où l’UE a déjà de bons résultats devraient être renforcés (par exemple la promotion de la démocratie et de la paix dans le monde, la coopération dans la recherche et l’innovation). Le manque d’intégration culturelle et politique au niveau européen est critiqué.

J’ai été surpris par ces résultats qui contrastent avec l’euro-dépression de nos élites.

Nous sommes devant une alternative : Ou bien il y aura dans chaque nation une élite politique véritablement européenne, capable de construire l’Europe demandée par les Européens, celle que j’ai évoquée, Ou il n’y aura pas cette offre politique, et l’avenir de l’Europe sera le nationalisme et le populisme. En Europe nous savons ce que c’est, et c’est pour ça que nous avons inventé l’Europe. On peut qualifier l’Europe de "démocratique" : elle a la seule assemblée transnationale au suffrage universel direct de l’histoire de l’humanité. Mais pouvons-nous citer dans l’histoire une organisation politique non tyrannique, qui ait été légitime sans donner aux gouvernés ce qu’ils attendent des gouvernants ?

Maria Stefanova, médecin-chercheur à Chiron Biopharmaticeuticals à Londres, commence par une note d’espoir et d’optimisme : en Russie on fête l’Europe, on discute, il y a des concerts ... À Sofia, on vient de fêter pendant une semaine entière votre "journée de l’Europe" ... Mais à Londres, j’ai voulu fêter l’Europe, et tout ce que j’ai trouvé, c’est un colloque sur le travail des immigrés, et le café obligatoire. Mes collègues, tous bien éduqués, en industrie mondialisée, ne savaient pas que c’était la journée de l’Europe. Ce qui se passe à Sofia, c’est un enthousiasme énorme : pas un drapeau bulgare sans un drapeau européen. Et pourtant on a envoyé des troupes en Irak, on est pour le libéralisme, le rêve américain domine, celui d’un idéal de prospérité.

Il y a urgence de retrouver un inconscient collectif européen, pour bâtir l’Europe le plus vite possible. Carl Jung décrivait l’inconscient collectif des peuples, ce vécu invisible fait de notre histoire, nos traditions ; l’Europe politique établie a ainsi son "subconscient", une Europe dynamique mais très mal connue.

Maria Stefanova témoigne, à partir de son expérience, de la culture de la nouvelle Europe : Que signifie le mot "brigades" pour vous ? Pour nous, il désigne l’exploitation des jeunes : j’ai passé plus de 2 ans de ma vie, les plus belles et productives, à ramasser des raisins, des poivrons et des tomates. L’été y était consacré, une bonne partie de nos vies était consacrée au travail forcé. Aucun travail ne nous fait plus peur ! En Bulgarie, on ne comprend même pas comment, en France, avec 10% de population au chômage, il y a un demi million de postes non pourvus ! Comment un pays qui a les Assedic et la Sécurité sociale dans le rouge peut se payer cela ? Sofia a été 8 mois sans eau. L’hiver de 1990 était terrible : il n’y avait rien à manger, ni à acheter exceptées quelques malheureuses conserves. Les gens survivaient, faisaient des queues en plein hiver à 4 heures du matin : je suis devenue végétarienne du jour au lendemain. Autre exemple en 1996, il n’y avait plus de pain dans les magasins après 10 h du matin.

Pendant les entretiens d’embauche, on me félicite pour mon adaptabilité : je réponds que j’aurais préféré ne pas avoir eu à l’acquérir.

On s’intègre à l’Europe non par nécessité, mais par passion, par l’idéal d’appartenir à cette Europe plus développée. Il y a dans les Balkans comme partout en Europe de l’Est, une ivresse démocratique, un intérêt pour le politique. Ce n’est pas perçu comme fait pour les élites, ça touche votre vie, celle de vos enfants. On en parle, on achète les journaux, on écoute les radios.

L’influence majoritaire vient des médias anglo-saxons. La France n’est pas présente.

Par rapport à cette vision de l’Europe comme un idéal, ce qu’elle veut dire pour les nouveaux entrants, le désenchantement eut lieu car les réalités sont toujours plus dures. On nous avait bien lavé les cerveaux : quand le mur est tombé, j’ai cru que si l’économie marchait, la démocratie viendrait toute seule. Mais ça prend du temps d’oublier le passé.

Ce qui peut nous sauver : c’est la culture commune que nous avions intégrée. Dans les lycées, on a étudié Molière, Balzac, Shakespeare, Pouchkine, Lermontov, j’ai vu le théâtre shakespearien. A New York, faisant partie d’un groupe francophone, j’ai compris comment nous étions tous semblables, les Européens, de l’Est comme de l’Ouest, de Suisse ... ; il existe bel et bien un subconscient collectif européen.

Il y a une possibilité de bâtir notre belle UE : il faut rassembler toujours plus. Il faut réunir le courage de réformer des pays de l’Est, avec la vision de la démocratie de l’Europe des pays fondateurs. Pour arriver, je crois à ce rêve, à une Europe fédérale, proche, fière de soi.

Sylvie Goulard, chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales (CERI), professeur à Sciences Politiques à Paris et au collège d’Europe de Bruges, dédramatise tout d’abord le "non" et l’ "exercice de déprime collectif" qui a suivi : "Ne hurlons pas avec les loups eurosceptiques. Des crises, on en a vu d’autres en Europe. Les Français surestiment l’impact de leur "non". À Madrid, on me dit "On finira par avancer sans vous ". Tout le monde n’a pas notre ivresse du bras d’honneur !". Avec qui faire l’Europe ? Tout le monde ne considère pas que la présence des Français soit indispensable. On n’est pas le nombril de l’Europe. On se comporte avec les Belges et les Estoniens comme les Américains avec nous !

Que doit devenir le processus de ratification ? Selon Sylvie Goulard, cela aurait eu un sens que tout le monde se prononce, que le processus se poursuive pour voir l’avis de tous, mais certains ne le feront pas (Royaume-Uni, Pologne), s’installant confortablement dans le non-dit. Cela étant, l’idée d’arriver à 20 "pour que le Conseil s’en saisisse" est une blague : il peut s’en saisir quel que soit le nombre de ratifications.

L’idée que 25 pays se prononcent à des dates différentes et seulement s’ils le veulent, c’était extrêmement compliqué.

Mais je crois qu’il faut retrouver un esprit positif. Ces choses ne sont pas nouvelles du tout.

Les raisons du "non" se trouvent déjà au XVIIIe siècle, avec Tocqueville, avec une égalité venant avant la liberté.

La création de la CEE, le traité de Rome, c’est un miracle ! La majorité de la fonction publique française était souverainiste et protectionniste, il a fallu la crise de Suez pour que Guy Mollet fasse passer le traité de Rome. Il y a toujours (en France) l’idée que de l’extérieur ne vient que le mal.

Il faut dans ce pays des gens qui défendent un libéralisme intelligent, que ce pays balaye devant sa porte sur la question de la place de la liberté.

Les demandes des Européens ne suffisent pas à faire l’Europe, rappelle Sylvie Goulard : ça ne suffit pas que des sondages disent "80% des Européens veulent la défense commune", pour la faire : tout ça on le sait ! Si on fait la pierre tombale de l’Europe, on pourra écrire "Et pourtant ils savaient !".

Depuis Maastricht, on n’a pas fait l’Europe, on a fait un ersatz. L’Europe communautaire était une avancée, et des bons esprits français ont inventé l’idée géniale de mettre sous le même toit une PESC inexistante, une autre politique qui n’existait pas, et de baptiser ça Europe. Les progrès étaient minuscules par rapport aux enjeux.

Je suis pour les procédures lourdes, parce que sans garanties juridiques, un système comme l’Europe se casse la figure.

Ainsi, la croissance de la zone euro est un problème majeur, et on essaie de le régler avec une méthode qui va faire rire un enfant de 5 ans : réunir des gens autour d’une table, "comme l’Europe n’est pas chrétienne on ne peut même pas espérer que l’Esprit vienne sur eux !".

Après la 2e Guerre Mondiale, des gens ont tiré la leçon de ce qui n’avait pas marché : la SDN, l’intergouvernemental. Mais depuis 15 ans, des escrocs nous disent que tout ira mieux si on revient à ce qui ne marchait pas avant la Communauté !

Ce qu’il advient de la partie III du traité constitutionnel est anecdotique : ce n’est pas par une petite astuce qu’on s’en sortira, c’est un problème de pédagogie. Peut-être l’année prochaine, où l’on fêtera les 50 ans du traité de Rome en même temps que les présidentielles ?

Dans le débat qui suit, un adhérent de Seine-et-Marne demande à Dominique Reynié : "pourquoi êtes-vous pro-turc ?" Dominique Reynié rappelle qu’un processus s’était engagé, que des conditions étaient posées pour qu’il y ait l’adhésion. Selon lui, "si nous n’avons pas la Turquie nous aurons besoin de l’immigration turque, alors autant européaniser la Turquie. Refuser la Turquie c’est un message terrible pour les 20 millions d’Européens musulmans, c’est laisser un risque considérable de fragmentation. Les guerres de religion, les guerres civiles, sont notre spécialité européenne. Les Américains essayent de démocratiser le Proche et le Moyen-Orient avec leur technique, je ne suis pas sûr que ce soit définitivement une catastrophe, mais pour l’instant c’est catastrophique. Une intégration réussie de la Turquie donnerait à l’Europe une dimension tout à fait différente.

On le doit à Israël aussi. On a chassé les Juifs d’Europe, on ne peut pas les confiner dans un monde hostile. On le doit, je le dis aussi en Turquie, aux Arméniens, les 50 000 Arméniens de Turquie demandent qu’on les laisse entrer en Europe, je pense aussi aux Chrétiens d’Orient. Si on évoque la dimension judéo-chrétienne, c’est bien en Orient que nous allons !"

Dominique Reynié ne "reconnait pas l’argument géographique : nous avons des frontières avec le Brésil." Mais il reconnait "l’argument politique", le droit de dire "stop, on ne peut plus grossir, c’est déjà trop compliqué".

Sylvie Goulard note que le Parlement européen a pris en mars une décision majeure : celle de vérifier la capacité d’assimilation de l’Union. C’est une chose que nous avons, dit-elle, ressuscitée depuis 2 ans, au départ on nous prenait pour des fous, quand j’ai sorti mon livre : « Le grand Turc et la République de Venise » (Paris, 2004). La Commission est invitée à proposer d’ici décembre des frontières : "je lui souhaite bien du plaisir".

La question est pour moi close par la décision du président de la République de soumettre à ratification par référendum toute nouvelle adhésion après les actuels candidats (recours au référendum que, comme Sylvie Goulard, Dominique Reynié désapprouve).

Maria Stefanova dénonce "l’hypocrisie bien-pensante de la Commission européenne" : les gouvernements ne reflètent pas l’opinion des peuples. Ceux-ci étaient contre la guerre en Irak, ils sont probablement contre l’intégration de la Turquie. "Qu’on pense aux autres !", demande-t-elle : "Notre intégration, elle est où ? Quand on devra supporter économiquement 100 millions de personnes de plus, quand la Commission refuse les moyens à des pays de 10 millions d’habitants ? Il faut vraiment écouter le peuple."

Henri Quatrain rappelle les questions principales aux yeux des Européens, citées par Dominique Reynié : sécurité alimentaire, protection sociale, niveau de vie comparable.

Ce qui me manque dans ce programme [le programme actuel de l’Europe institutionnelle], c’est qu’il s’agit d’une Europe des professeurs et des managers, sans les travailleurs. Seuls les centres des villes ont voté oui. Ce sont les paysans, ouvriers, retraités, artisans-commerçants, ruraux qui ont voté non. Nous ne sommes pas populaires [si] on ne touche pas ces catégories-là.

François Bayrou "aimerait bien" que soit juste l’interprétation de Jean-Claude Juncker "Les Français ont voté contre le contexte", mais ne le pense pas. "Ils ont voté contre ce qu’ils ressentaient du projet européen. Ça n’a pas été un vote pro ou anti-Chirac. Ils ont traité le sujet, hélas. Et qu’en ont-ils dit ? Il me semble qu’ils ont dit : * On ne veut pas que notre destin soit décidé par d’autres que par nous. C’est une revendication politique. * Le projet de société que tout cela apporte, ne nous va pas.

C’est un crève-cœur pour nous, militants européens, qui avons [justement] inventé l’Europe pour pouvoir réellement décider de notre destin, et construire notre projet de société qui ne soit pas celui inventé par d’autres !

Mais nous avons dérivé au cours du temps : nous avons une Europe opaque, illisible, même pour des professeurs de sciences politiques ! Nous-mêmes ne connaissons pas l’agenda européen : les députés français ne le reçoivent pas ! Comment voulez-vous que les citoyens le sachent ? Ça a délimité deux France, celle qui se sent en phase avec l’évolution des choses, les centres-villes, et celle qui se sent en déphasage. À Paris, les scores "oui" sont massifs. Et c’est vrai en Dordogne, comme chez de Villiers.

La fonction publique se sent en déphasage. Elle a été le lieu où l’on était consacré, elle est maintenant le lieu où l’on est contesté. Le Premier ministre, hier après-midi, naturellement il n’a pas réfléchi, ... lui qui est un homme de la fonction publique, de la garantie de l’emploi, dit “Vous êtes comme des fonctionnaires, des moules accrochées au rocher ! ".

Quant aux paysans c’est extrêmement simple, ils sont dans l’orbite de la décision européenne depuis longtemps, et se sentent complètement en déphasage avec les temps : ils étaient des indépendants, et des amis de la nature, les connaisseurs, la référence pour connaître les arbres et les animaux. En vingt ans, ils sont devenus dépendants, et accusés d’être les fossoyeurs de la nature. Ils ont le sentiment que c’est l’Europe qui les a conduit là.

Le résultat du référendum n’est pas aberrant, il est éclairant sur la crise de la façon dont les gens vivent la modernité, parce que l’Europe c’est la modernité."


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