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vendredi 6 mai 2005

"L’utopie révolutionnaire est en train de tuer l’utopie européenne"

Propos recueillis par Béatrice Gurrey
[ Site "Oui à la constitution" ]
vendredi 4 août 2006.
 
Auteur(s) et leurs articles

Le non au référendum du 29 mai sur le traité constitutionnel européen est-il solidement ancré dans l’opinion ?

Cela me paraît l’évidence. Sans accorder aux sondages plus de crédit qu’ils n’en méritent - car ils sont parfois discordants -, leur convergence est tout de même impressionnante. Le non est très fortement enraciné : surtout, il a progressé. Peut-être a-t-il fait le plein. Un retournement n’est pas exclu. Mais le résultat est aléatoire et il est vraisemblable qu’il sera négatif.

Pour quelles raisons ?

Le débat ne parvient pas à se centrer. Il ne porte pas sur l’objet propre du référendum. Il n’y a pas lieu de s’en étonner : la politique mêle toujours les sujets. On peut regretter que l’on ne se polarise pas sur le texte. On fait autant le procès de la mondialisation que de l’Europe. On ne distingue pas le texte du contexte. L’opinion comprend mal ce qu’est une Constitution et lui fait porter la responsabilité des politiques à venir. Ce n’est pas nouveau. En 1958 déjà, lors de l’adoption de notre propre Constitution, on disait qu’elle était faite pour le général de Gaulle et qu’elle interdirait à la gauche de gouverner. La suite a démontré l’erreur de cette interprétation.

De même, cela n’a pas de sens de dire qu’elle est gravée dans le marbre pour 50 ans. Ceux qui disent le contraire ne sont pas honnêtes. Le choix est entre ce texte ou la situation antérieure. Est-il meilleur que le traité de Nice ? Si la réponse est positive, le oui doit l’emporter. Mais ce n’est pas ainsi que le problème est posé !

Y a-t-il des raisons plus directement politiques ?

Un secteur de l’opinion n’a pas fait son deuil de la défaite du communisme. Le Parti communiste a toujours été hostile à l’Europe et a surfé sur le nationalisme. Il faut aussi tenir compte de la progression des trotskystes dans les appareils syndicaux. SUD a érodé les organisations traditionnelles. La CFDT a subi une crise grave après avoir signé l’accord sur les retraites, et Bernard Thibault, qui engageait la CGT dans la voie d’un syndicalisme responsable, a subi un revers.

Le Parti socialiste file entre les mains de François Hollande. Cet échec de la tentative de construire une gauche sociale et réformiste touche aussi les hommes politiques. La gauche est reprise par une tentation révolutionnaire, mâtinée d’un réveil du gauchisme. L’utopie révolutionnaire est en train de tuer l’utopie européenne.

Enfin, depuis plusieurs années, une double perte de confiance touche le monde politique : les hommes et l’action qu’ils conduisent. On doute qu’ils aient prise sur la réalité et qu’ils puissent modifier le quotidien des gens. On doute aussi de leur honnêteté, et toute occasion est bonne pour envoyer un coup de semonce. Le référendum s’y prête.

Y a-t-il un Non de droite et un Non de gauche ?

Le populisme est à gauche actuellement. Certains arguments du non ont des relents xénophobes. Nous sommes dans une discussion boutiquière où l’on en est à défendre son bout de gras. Alors que l’Europe était au départ une idée généreuse.

Il serait désolant que l’Europe devienne un thème de droite contre la gauche. Il est paradoxal que le mot libéral soit devenu une injure. Tout le monde est attaché à la protection sociale, à la régulation par le droit, à l’intervention de l’Etat. Il n’y a pas de vraie menace mais on a fait du libéralisme un épouvantail.

Faut-il craindre l’abstention ?

Si elle est forte, ce sera plus une abstention d’incertitude que d’indifférence. L’opinion entend tellement de choses qu’elle ne sait plus parfois quoi choisir. D’ailleurs je m’étonne que certains politiques tiennent un discours réactionnaire sur le suffrage universel : "C’est trop compliqué, on ne peut pas lire les centaines d’articles de la Constitution." Il y a pourtant de grandes idées qui émergent.

Lesquelles ?

La Constitution énonce des valeurs européennes qui sont autant de gauche que de droite. C’est la première fois que le continent entier s’accorde sur des valeurs. Le pays qui s’en écarterait serait exclu. L’Europe s’est faite par le droit autant que par l’économie. On ne le dit pas assez. La Constitution garantit les individus contre l’arbitraire.

Elle simplifie et harmonise l’organisation européenne. Au total, le dessin est plus lisible, on voit qui fera la loi. On ne pourra plus dire que l’Europe est une technocratie.

Quant à la répartition des compétences, les Etats n’ont rien à craindre de l’Europe. Celle-ci a besoin d’Etats forts pour fonctionner. La souveraineté, c’est l’évolution du monde qui la réduit, ce n’est pas l’Europe. Le traité donne une personnalité à l’Europe où la conception française a largement prévalu. L’Europe n’est faite que des parcelles de souveraineté que les Etats ont décidé de gérer de concert.

Que voterez-vous le 29 mai ?

Je n’ai pas d’hésitation. Je trouve toutes les raisons de voter oui. LaConstitution valide largement notre modèle. C’est un moment historique. Et je suis sûr que le non nous brouillerait avec les Allemands et donnerait les clés de l’Europe à la Grande-Bretagne.


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