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Pour 35 milliards de dollars !

Le nouveau succès d’EADS / Airbus, aux Etats Unis, pour l’US Air Force !

Mise à jour du 11 juillet 2008
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dimanche 16 mars 2008.
 
Auteur(s) et leurs articles

Le 29 février 2008 sera une date historique pour l’aéronautique européenne, et même mondiale : Le Pentagone a choisi Northtrop - Grumman - EADS pour fournir l’US Air Force, pour remplacer 179 avions ravitailleurs Boeing (à base de l’antique 707), et malgré la proposition de Boeing (à partir de B767).

Contrat du siècle ?

La décision est historique, puisque le contrat est militaire et le montant exceptionnel : on a parlé de contrat du siècle : 35 milliards de dollars. Déjà l’armée américaine avait acheté des hélicoptères européens (352 UH-145, version militaire du EC-145), mais le montant se limitait à 2 milliards de dollars.

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Ravitailleur KC135, conçu en même temps que le Boeing 707 civil

Cette annonce du choix d’Airbus par l’US Air Force pour cette première phase de l’appel d’offres a surpris bon nombre d’observateurs, tant les habitudes protectionnistes américaines dans le domaine de la défense sont prégnantes, et tant la position de Boeing est forte au Pentagone.

Il s’agit de l’un des trois plus gros contrats jamais alloués par le Pentagone, et la première tranche d’un marché dont la valeur totale est estimée à plus de 100 milliards de dollars sur 30 ans. [1]

Carlos Suárez, Président d’EADS CASA et Directeur de la Division Avions de Transport Militaire (MTA) d’EADS : « Cette sélection est un prodigieux accomplissement car elle consacre l’A330 MRTT comme la référence mondiale des systèmes de ravitaillement en vol de nouvelle génération. La plate-forme A330 MRTT remporte là sa cinquième compétition internationale d’affilée et s’impose sans conteste comme le ravitailleur stratégique par excellence ».

(JPEG)
Ravitaillement

Protestations du Congrès américain, plainte de Boeing, sérénité d’Airbus-EADS...

Cette annonce a entrainé des protestations du Congrès américain, ainsi que des réserves chez les syndicats de l’avionneur. Bien que 58% de la valeur des matériels, sous-systèmes et services de support sera produite aux Etats Unis, le marché aéronautique étant "mondialisé" depuis longtemps [2]. Et alors que le 767 fait parallèlement l’objet d’une collaboration de Boeing avec l’industrie aéronautique japonaise, et que la société d’Etat Italienne Alenia travaille avec McDonnell-Douglas (avant son rachat par Boeing) depuis les programmes MD95 et MD11.  [3] Raisons pour lesquelles le Japon et l’Italie sont les deux seuls pays à avoir commandé des ravitailleurs KC-767.

Le remplacement des moteurs bruyants et gourmands des Boeing KC 135 par des réacteurs General Electric-Snecma avait déjà donné lieu à une bataille homérique. [4]

Et Boeing, qui ne s’attendait pas à cet échec, a déposé une plainte auprès de la Cour des Comptes américaines (le GAO (Government Accountability Office)) [5]. Plainte qui suspend pour 3 mois le contrat signé, et qui ne permet pas pour le moment d’être tout à fait sûr de cette commande.

Cinq appels d’offre, tous remportés par Airbus-EADS

Cependant, les appels d’offre lancés récemment dans plusieurs pays avaient tous été remportés par EADS, contre Boeing, ce qui explique la sérénité de Louis Gallois par rapport à cette plainte : "Nous avons vu que Boeing va porter plainte, c’est sa responsabilité. Nous avons le sentiment que le processus de sélection était exceptionnellement transparent, professionnel et juste et nous avons le sentiment que nous avons le meilleur produit", a déclaré M. Gallois, lors de la conférence de presse annuelle de EADS à Paris." [6]

La démarche de l’US Air Force semble en tout cas très régulière, et les cinq raisons du choix, énoncées par Sue Payton, responsable des acquisitions de l’armée de l’Air américaine, très objectives. Parmi celles-ci, l’emport de plus de kérosène, de plus de passagers, l’autonomie plus grande, concernent l’A330 par rapport au Boeing B767.

L’équipe Northrop Grumman-EADS "avait clairement la meilleure offre pour le gouvernement", a déclaré Sue Payton, lors d’une conférence de presse [7] et [8]

"Les arguments avancés par Boeing justifiés ni sur le fond ni sur la forme ; et déposés hors des délais prévus"

L’US Ar Force avance de nombreux raisons justifiant le rejet des récriminations de Boeing.

"L’Armée de l’Air a fourni suffisamment d’éléments pour démontrer que les arguments avancés par Boeing ne sont justifiés ni sur le fond ni sur la forme et qu’ils ont été déposés hors des délais prévus", ajoutent les avocats de l’US Air Force.

"C’est pourquoi, les arguments invoqués ci-dessus doivent être écartés immédiatement afin de faciliter un règlement efficace des autres questions en suspens." [9]

Les juristes de l’US Air demande au Government Accountability Office (GAO) de se prononcer sur leur argumentaire avant qu’il ne rende son avis sur l’ensemble des saisines de Boeing, le 16 avril 2008.

De meilleures performances pour le KC-30

Richard Shelby, sénateur de l’Alabama, dénonce une polémique « basée sur des mensonges, plutôt que sur la logique et le raisonnement ».

L’argumentaire du sénateur suit une logique simple : l’objectif de la manœuvre, pour l’armée de l’air américaine, était de faire l’acquisition du meilleur appareil de ravitaillement pour celle-ci. Le Pentagone, au terme d’une compétition ouverte, a déterminé que le KC-30 était supérieur au KC-767 de Boeing en termes de performances.

« Affirmer que notre armée ne va pas bénéficier du meilleur avion uniquement parce que le contrat n’a pas été accordé à Boeing est illogique et ne tient pas compte des faits », souligne le politicien. M. Shelby rappelle, en outre, que l’appareil d’Airbus a obtenu de meilleures notes que celui de Boeing selon chacun des onze critères de l’Air Force. [10]

Avant-dernière péripétie : les recommandations de la Cour des Comptes donnent raison à Boeing

Le GAO vient donc de recommander à l’Armée de l’Air de revoir sa procédure de sélection, suite à plusieurs erreurs détectées dans le dépuillement des réponses reçues de Boeing et de Northrop-Grumman.

L’avenir dira ce que l’US Air Force répondra. Cependant la décision en faveur de Northrop-Grumman/Eads semble bien compromise, d’autant que nous sommes en pleine campagne électorale, sur fond de protectionnisme (notamment dans le camp démocrate).

Et ceci malgré le fait que EADS a remporté tous les appels d’offre d’avions ravitailleurs, même dans des pays non européens...

Dernière décision : la Défense américaine remet le contrat des Tankers en jeu

Le 9 juillet 2008, après lecture des conclusions du GAO, le Département de la Défense américain a décidé de rouvrir la compétition pour le renouvellement de la flotte de ravitailleurs KC-135. Le nouvel appel d’offres devrait être publié rapidement, avant la fin juillet, avec quelques modifications.

Cette décision fait suite à la découverte par le GAO d’irrégularités dans le processus d’évaluation des propositions des deux concurrents, Boeing et Northrop Grumman / EADS. Celles-ci auraient affecté le choix de l’armée de l’air d’attribuer le contrat de 35 milliards de dollars au consortium le 29 février.

Northrop Grumman et EADS ont donc reçu l’ordre d’interrompre leur travail sur le KC-45A, adapté de l’Airbus A330 MRTT (photo).

Mais le Président d’EADS, Louis Gallois, a plutôt bien pris la nouvelle : le processus ne sera pas repris du début et l’amendement à l’appel d’offres ne portera que sur les 7 points litigieux identifiés par le GAO. [11]

Extraits du Nouvel Observateur, du 10 juillet 2008, EADS repart pour un nouvel appel d’offres sur les ravitailleurs  :

EADS espère en effet remporter la nouvelle bataille qui l’oppose à son rival Boeing dans ce dossier, mais ne repart pas de zéro.

Le GAO avait fait état de huit failles dans les méthodes de sélection de l’armée de l’air, essentiellement sur des détails du cahier des charges et sur les critères de comparaison à retenir entre les offres.

Le processus de sélection sera désormais supervisé par John Young, sous-secrétaire à la Défense chargé des acquisitions et non plus par l’US Air Force, a précisé Robert Gates.

Il a espéré que l’appel d’offres serait attribué d’ici à la fin de l’année. De son côté, John Young a souligné que le Pentagone prévoyait toujours de retenir un seul type d’avion lors de cet appel d’offres qui porte sur 179 exemplaires.

Boeing et EADS-Northrop n’ont donc, à ce stade, pas besoin de revoir leur copie, même si Boeing a récemment fait savoir qu’il avait pensé à proposer un nouvel appareil dérivé cette fois du 777.

"Sur le plan technique, le consortium EADS-Northrop a clairement remporté la compétition. Sur le terrain politique, le succès est nettement du côté de Boeing, d’autant que l’affaire est sortie du cadre du seul Pentagone pour se trouver aujourd’hui sur le bureau du secrétaire de la Défense", fait valoir un analyste de CM-CIC Securities.

"EADS a peu de marge de manoeuvre car Northrop est le ’prime contractor’ mais le temps peut jouer en faveur des deux groupes car l’armée de l’air a des besoins pressants et une décision doit être prise avant la fin de l’année", ajoute-t-il.

"Nous accueillons favorablement l’annonce du secrétaire à la Défense et sommes prêts à soutenir totalement notre partenaire Northrop Grumman pour répondre rapidement aux besoins de notre client", a pour sa part déclaré Louis Gallois

Les deux compétiteurs doivent fournir des éléments sur huit points mis en avant par le GAO d’ici au début du mois d’août.

Le calendrier a toutes les chances de jouer un rôle crucial dans les prochains développements de l’affaire. L’élection présidentielle américaine, traditionnellement de nature à retarder un certain nombre d’initiatives, est programmée pour début novembre tandis que l’investiture du nouveau président n’interviendra que début janvier.

Pour l’administration américaine, désireuse de clore le dossier en décembre, la fenêtre de tir est mince.


Extraits de Challenges, "EADS peut gagner à nouveau les ravitailleurs" : Pour beaucoup, la messe est dite : Boeing a vaincu, son lobbying est trop puissant, EADS n’est pas de taille. Haro sur Louis Gallois et toute sa clique sur le thème "on vous l’avait bien dit". Erreur. Grave erreur. Oui, le groupe européen peut encore gagner. En poussant le bouchon un peu plus loin, on pourrait même dire qu’il est favori de cette course contre la montre qui se terminera fin décembre, avec le choix définitif du secrétariat américain à la Défense.

Pourquoi ? D’abord, parce que l’appel d’offres, contrairement à ce qui se répète en boucle depuis hier soir, ne va pas repartir de zéro. La Cour des comptes américaine (GAO) avait identifié 7 problèmes parmi les 111 griefs exposés par Boeing dans sa plainte. C’est sur ces 7 points, et seulement sur eux, que vont se poursuivre les discussions.

Rappelons ensuite une évidence : Northtrop-EADS a le meilleur avion. Ce n’est pas Airbus qui le dit, c’est le marché. Quatre appels d’offres récents ont opposé le ravitailleur A330-MRTT d’Airbus au 767 modifié de Boeing : quatre victoires, au Royaume-Uni, en Australie, aux Emirats arabes unis et en Arabie Saoudite. Même sur les -rares- contrats qu’il a remportés, comme en Italie, l’avionneur américain est embourbé dans des problèmes d’aérodynamique qui en retardent la livraison depuis 2005, et ont motivé le rapatriement d’une bonne partie de la production de l’Italie vers les Etats-Unis. Que penser alors du 767 proposé aux Américains, qui nécessite encore des modifications importantes, dont rien ne dit qu’elles pourront être effectives en temps et en heure ?

... En privé, beaucoup d’officiers américains soutiennent clairement l’offre d’EADS-Northrop. Pour eux aussi, le temps presse : l’armée américaine ravitaille encore ses chasseurs avec des KC-135 Stratotanker, des coucous qui datent parfois du temps d’Eisenhower -qui lui coûtent une fortune en entretien et en kérosène, et sont régulièrement cloués au sol pour réparation.

Le seul problème d’EADS dans cette affaire, c’est finalement que la supériorité technique ne suffit pas. Qu’elle n’a jamais suffi, surtout aux Etats-Unis où le culte du made in America est toujours solidement ancrée dans les esprits. ...

Suite de l’article :
-  Quelques raisons du choix de l’US Air Force en faveur des ravitailleurs A330 MRTT
-  Historique du nouveau succès d’EADS / Airbus, aux Etats Unis, pour l’US Air Force

[1] Extrait de l’article "Airbus vole la vedette à Boeing"

[2] Sur le site de Northrop-Grumman The KC-45 Tanker : Overview.

[3] Le droit de l’OMC dans le sillage du commerce des aéronefs civils

[4] Extrait de l’article du Nouvel Observateur, du 6 mars 2008 "Airbus s’américanise".

[5] Boeing dépose sa plainte dans l’affaire des ravitailleurs

[6] Ravitailleurs : EADS serein face au choix de Boeing de porter plainte.

[7] Avions ravitailleurs : EADS décroche un méga-contrat avec le Pentagone

[8] The facts about the KC-45. sur le site de Northrop-Grumman

[9] Les arguments de Boeing sur les tankers sont venus trop tard

[10] EADS : le contrat américain gagné dans les règles

[11] Aérocontact, La Défense américaine remet le contrat des Tanker en jeu


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