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Historique du nouveau succès d’EADS / Airbus, aux Etats Unis, pour l’US Air Force

Mise à jour du 20 juin 2008
[ ]
mercredi 26 mars 2008.
 
Auteur(s) et leurs articles

Suite de l’article :
-  Le nouveau succès d’EADS / Airbus, aux Etats Unis, pour l’US Air Force, s’il vous plait !
-  et Quelques raisons du choix de l’US Air Force en faveur des ravitailleurs A330 MRTT :

EADS vient d’être sélectionné, avec la société américaine Northrop-Grumman qui est le titulaire du marché, par l’US Air Force, pour remplacer 179 de ses 540 avions ravitailleurs Boeing KC-135.

Cet article détaille l’historique de ce nouveau succès de l’avionneur européen.

La compétition avec Boeing, acteur dominant dans le secteur militaire

Airbus intervient depuis peu (1993, date du lancement de l’A400M, avion de transport nécessaire à la projection de forces) dans le secteur des avions militaires [1], alors que c’est une des spécialités de Boeing dès l’origine, l’avionneur américain ayant fourni des cargos lors des deux conflits mondiaux.

Boeing est donc un acteur majeur de ce marché, d’autant qu’une consolidation importante du secteur aéronautique militaire s’est faite depuis la chute du mur de Berlin, notamment à son bénéfice. Mais Boeing doit depuis peu compter avec ce nouveau concurrent qu’est Airbus, notamment dans le domaine des avions ravitailleurs.

La compétition avec Boeing est très nette dans le domaine des ravitailleurs, qui traditionnellement sont dérivés d’avions civils, comme le Boeing 707. Elle a donné lieu à des manœuvres de Boeing pour emporter le marché face à Airbus, et même à un procès, perdu par Boeing en octobre 2004, condamné pour trafic d’influence.

Boeing s’appuie sur son importante expérience dans le domaine. Le KC-135, conçu en même temps que le Boeing 707 civil (mais avec un fuselage plus étroit, de 10 cm) [2], est généralement considéré comme le ravitailleur le plus réussi jamais produit. Il emporte 92 tonnes de kérozène.
-  Le principal produit actuel de Boeing est une version du 767. Il s’agit d’un remplaçant honnête pour les KC-135 (qui ont plus de 40 ans). Il a été vendu au Japon et à l’Italie (4 exemplaires chacun) [3]
-  Un ravitailleur basé sur le Boeing 777 est envisagé comme solution alternative, mais beaucoup plus lourde, et chère.

(JPEG)
A310 MRTT de l’amée de l’air allemande

De son côté Airbus a plus tardivement converti des A310 en A310 MRTT, avions polyvalents pouvant effectuer également du ravitaillement en vol.

Ces A310 MRTT sont employés par les armées de l’air de l’Allemagne (Luftwaffe) et du Canada, depuis 2004, et offrent des capacités similaires au Boeing KC-135R en ravitailleur, et supérieures en cargo.

Pour le 1er appel d’offre de l’US Air Force, Boeing est choisi... puis condamné en 2004 pour trafic d’influence

Mais Airbus a souhaité aller plus loin, en répondant à l’appel d’offre de l’US Air Force, pour remplacer une centaine de ses ravitailleurs KC-135 dérivés de Boeing 707.

Cette réponse, faite (en septembre 2005 [4]) avec Northrop Grumman sous le nom de KC-30, prévoyait la transformation de A330 en A330 MRTT. Une telle modification, similaire à celle des A310, présente de nombreux avantages :
-  elle bénéficie de capacité d’emport supérieure de l’A330
-  la polyvalence des avions en est ainsi renforcée
-  le A330 MRTT utilise la voilure du quadriréacteur A340, et les deux emplacements réacteurs libres conviennent parfaitement pour adapter des points de ravitaillement. L’avion s’est ainsi révélé très facile à convertir en ravitailleur[43]

Boeing a été choisi en 2002  : l’accord signé prévoyait la location de 100 KC-767 (version spécialisée du B767) sur 20 ans (2013-2033).

Mais John McCain veille. Averti d’irrégularités, il obtient l’ouverture d’une commission d’enquête pour « concussion », obtient des documents et met au jour un pacte de corruption entre Boeing et le ministère de la Défense : embauchée par Boeing, une responsable des achats (Darleen Druyun) de l’US Air Force avait fourni à ses supérieurs des détails sur l’offre d’EADS. Des échanges de courriels témoignaient d’une collusion entre les dirigeants de Boeing et ceux de l’armée.

Clairement, le marché avait été truqué. Pour éviter les poursuites, Boeing a même dû payer une amende transactionnelle de 615 millions de dollars. Son président, Phil Condit, a été poussé à la démission, ainsi que le secrétaire à l’Armée de l’air, tandis que le directeur financier de Boeing et le responsable du dossier à l’US Air Force étaient condamnés à des peines de prison [5] .

Et, en 2004, le Congrès a fini par voter l’annulation du contrat, pour plusieurs raisons : favoritisme (la compétition contre l’alternative Airbus avait été écourtée), conditions financières trop avantageuses pour le constructeur, et même l’idée de louer des avions.

Et Boeing a été condamné en octobre 2004 pour trafic d’influence, et Darleen Druyun Pentagone qui avait entamé la négociation d’un emploi chez Boeing qu’elle avait par la suite concrétisé, à 9 mois de prison.

Les succès d’Airbus avec ses A330 MRTT ravitailleurs en vol et mutirôles

Airbus continue sa prospection et en 2004, est sélectionné par les forces armées australiennes pour livrer cinq A330 MRTT, ravitailleurs en vol conçus à partir des A330 (version passagers ; cette version convertie peut emporter 111 tonnes de kérozène), pour un premier contrat de 1,48 milliard d’euros.

Puis fin février 2005, le consortium Air Tanker (EADS, Thales, Rolls-Royce, Cobham et VT Group), est désigné soumissionnaire préféré par le ministère britannique de la défense pour le programme de ravitailleurs de la Royal Air Force. Contrat de 18,8 milliards d’euros, sur 27 ans.

En février 2007, les Émirats arabes unis ont annoncé à leur tour avoir signé avec Airbus pour trois ravitailleurs A330[45].

Le 12 février 2007, l’Arabie saoudite a signé un accord avec le gouvernement français pour acheter deux ravitailleurs A330 MRTT, qui seront convertis à EADS Casa, Getafe (Espagne) pour être livrés fin 2009.

Et à terme, la France devrait en avoir une quinzaine, pour remplacer ses KC-135 ou C-160 Transall.

Ces premiers succès, récurrents, d’Airbus face à Boeing, dont trois hors Europe, ont donc mis l’avionneur européen en bonne position dans le nouvel appel d’offres (programme KC-45) de l’US Air Force relatif au remplacement d’une partie (179) de ses 540 avions ravitailleurs KC-135, à partir de 2013.

EADS avait d’ailleurs déclaré être prêt à investir aux États-Unis s’il était sélectionné. Le groupe a parlé de l’ouverture d’un nouveau bureau d’études, en plus de celui d’Airbus à Wichita (Kansas), ainsi que d’une ligne d’assemblage[50].

L’alliance avec Northrop-Grumman, deuxième fournisseur de l’aviation américaine après Lockheed Martin, a très probablement fortement augmenté les chances de remporter le contrat : EADS a mis en clause la "délocalisation" vers les Etats-Unis de l’assemblage du KC-30 destiné aux américains. De plus EADS et son partenaire Northrop Grumman se sont associés avec des entreprises américaines, telles que associé General Electric, General Dynamics, Honeywell ainsi que d’autres... [6]

Ces avions seront donc assemblés en Alabama aux États Unis en coopération avec Northrop Grumman qui est le titulaire du marché.

Dernier rebondissement dans cette affaire : les recommandations de la Cour des Comptes

Sauf si, bien sûr, l’Armée de l’Air américaine devait en décider autrement, suite aux remarques du GAO (juin 2008, suite à la plainte de Boeing) : la Cour des Comptes états-unienne signale plusieurs erreurs dans la procédure de sélection des réponses à l’appel d’offre, et demande à l’US Air Force d’y répondre.

L’armée de l’air pourrait se limiter à répondre aux remarques faites, en justifiant son choix, si elle le maintenait), mais les recommandations de la Cour des Comptes sont généralement appliquées (est-ce le cas en France ?), et la procédure serait alors annulée pour "vice de forme".

L’affaire se complique du fait :
-  de la démission récente de deux patrons de l’Armée de l’Air américaine, dont Robert Gates
-  du caractère urgent du remplacement de ces avions ravitailleurs, la moyenne d’âge étant de 47 ans... L’affaire a déjà pris beaucoup de retard, à cause des péripéties antérieures : corruption par Boeing
-  et, pour couronner le tout, de la campagne électorale actuelle ; Barack Obama, candidat démocrate, ayant clairement manifesté sa préférence pour Boeing, plus américain que l’alliance Northrop-Gruman / Eads ; et John McCain ayant été à l’origine de la dénonciation de la corruption et du montant excessif demandé par Boeing pour le remplacement de ces ravitailleurs.

[1] Mais EADS, maison-mère d’Airbus, ou ses anciennes parties prenantes française, allemande, britanique, espagnole (respectivement Aérospatiale Matra, Dasa, British Aerospace, Casa), était déjà présente sur ces marchés. CASA est par exemple leader mondial sur le marché des avions de transport militaire de petite et moyenne capacité : avions EADS CASA C-212, CN-235 et C-295, dont 700 appareils sont en service auprès de 100 opérateurs dans le monde.

L’Armée de l’air espagnole et les forces armées polonaises ont commandé le nouveau C-295 (17 unités), et la Marine des Emirats Arabes Unis a retenu le C-295 ASW avec le système de mission EADS CASA FITS pour son programme d’avions de patrouille maritime.

Le système FITS a par ailleurs été choisi par l’Armée de l’air espagnole pour moderniser ses P-3 Orion et par la Marine du Mexique pour moderniser ses avions C-212 de surveillance maritime.

[2] Le Boeing 707 sur Wikipedia et le Boeing C-135

[3] Site DGA - MRTT (avion multirôle de ravitaillement en vol et de transport).

[4] Le Dossier du Week-End de Radin Rue EADS s’installe sur le marché américain avec un contrat en or.

[5] Challenges 6 mars 2008 Comment EADS a décroché le contrat du siècle.

[6] Radin Rue EADS s’installe sur le marché américain avec un contrat en or.


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