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30 succès d’affilée, 18 tirs réussis (version ECA), 9 lancements réussis en 12 mois.

Ariane 5, ses succès et la concurrence internationale

Mise à jour du 15 mai 2009. Complément du 24 novembre 2011.
[ ]
jeudi 1er mai 2008.
 
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Suite de notre article "Ariane et le lancement de l’ATV, les vols habités, Galileo..."

Ariane 5 poursuit sur la lancée d’"Ariane 4", qui, avec 116 vols, obtint un taux de fiabilité supérieur à 97 % (3 échecs), et créa en mars 1995 le record, inégalé depuis, de 73 tirs réussis d’affilée. [1]. La famille Ariane 4 avait été un succès technologique et commercial pour l’Europe.

Débuts d’Ariane 5, idées de base

Sur le site CNES : Dès 1973, Charles Hanin, Président de la conférence spatiale européenne affirmait : « Ariane est un symbole fort de ce que l’Europe est capable de réaliser lorsqu’elle est unie ». Le constat est toujours d’actualité.
La réussite technique, industrielle et commerciale des lanceurs Ariane, références mondiales en matière de transport spatial, constitue la preuve des capacités exceptionnelles de l’Europe dans le cadre d’une politique spatiale commune.
Ce lanceur s’inscrit dans la continuité de la filière, gage de succès depuis 1979. Le programme est décidé en 1987 par les ministres européens des affaires spatiales. [2]

Bien avant la fin de son exploitation commerciale, l’Agence spatiale européenne a décidé, en 1987 [3] de développer un nouveau lanceur plus puissant, plus fiable et capable de conforter la première place d’Arianespace sur le marché des lancements commerciaux, si bien que les études exploratoires ont débuté dès 1977. [4]

Ariane 5 a été développée pour franchir un saut qualitatif. C’est un lanceur complètement nouveau dans sa conception à l’architecture simplifiée et conçu pour constituer la base d’une famille évolutive, de performances pouvant être augmentées progressivement [5] pour rester pleinement opérationnelle au moins jusqu’en 2020 [6], tout en réduisant significativement le coût du lanceur [7] :

-  Ariane 5 G (générique, jusqu’à 6 tonnes de charge), un des lanceurs les plus puissants au monde : entre le moteur d’Ariane 4 et le moteur Vulcain, développé par la Snecma pour Ariane 5, on est passé de 6 à 100 tonnes de poussée dans le vide.
-  Ariane 5 G+, ayant un second étage amélioré, avec une charge possible de 6,950 tonnes.
-  Ariane 5 GS, ayant les mêmes EAP que l’Ariane 5 ECA et un premier étage modifié avec un moteur Vulcain 1B.
-  Ariane 5 ECA [8] (10 t en orbite de transfert), avec le moteur Vulcain2, et un nouvel Etage Supérieur Cryotechnique "A", moteur HM7B (non réallumable).
-  Ariane 5 ECB (12 t en orbite de transfert géostationnaire, pour 2 satellites de 6 t), avec Vulcain2, et un Etage Supérieur Cryotechnique "B", avec moteur Vinci. Version non développée pour le moment. [9]
-  Ariane 5 ES : Ariane 5 Générique équipée d’un étage supérieur réallumable à propergol stockable (EPS), moteur Aestus, réallumable deux fois [10]  [11] ; et une case à équipement VEB renforcée pour l’ATV (20 tonnes).

Tableau récapitulatif des versions successives d’Ariane 5

Version d’Ariane 5 GS ES pour ATV
et pour 4
satellites Galileo
ECA ECB
(non développée)
Partie basse
Boosters
EAP EAP EAP EAP
Partie basse
Composite inférieure
EPC
Vulcain 1B Vulcain2 Vulcain2 Vulcain2
Partie haute
Composite supérieure EPS
Moteur Aestus Moteur Aestus réallumable 2 fois Moteur HM7B,
non réallumable
Vinci réallumable (en développement), voir ci-dessous
Case à équipement lancement simple :
6,1 t en orbite GTO
VEB renforcée pour l’ATV (20 tonnes orbite basse) lancement double avec Sylda (9 t orbite GTO) lancement multiple avec Speltra (12 t orbite GTO)

EAP : Etage d’Accélération à Poudre
EPC : Etage Principal Cryotechnique
EPS : Etage à propergol Stockable

Ariane 5 aujourd’hui : les lanceurs Ariane 5 ECA, et ES

Aujourd’hui Ariane 5 est le lanceur n°1 dans le monde sur le plan de la fiabilité et disponibilité, il permet à Arianespace d’avoir plus de 60 % du marché mondial des satellites commerciaux.

Depuis quelques années, Ariane 5 est lancée seulement dans sa version ECA. Car contrairement à un avion, une fusée ne réalise pas de vol d’essai, elle doit être fiable dès le premier et unique tir. D’où l’idée de ne plus « customiser Ariane » comme ce fut le cas avec la version 4.

« Cela revenait à gérer 4 à 5 versions du lanceur. Désormais, nous travaillons avec la même version d’Ariane 5 Eca. Il nous fallait donner un sens industriel à Ariane. Il ne faut donc pas changer de lanceur à chaque fois. Ce qui n’empêche pas de faire évoluer la fusée comme un constructeur automobile fait évoluer un modèle. Ainsi Renault avec sa Clio », observe Alain Charmeau, directeur général d’Astrium Space Transportation chez EADS Astrium.

Désormais, avec 14 succès d’affilée depuis le 1er février 2005, la fiabilité est de 93,8% (15 sur 16), ou 94,1% (16 sur 17) au 14 aout 2008, si l’on tient compte du lancement Ariane 5 ES (version dérivée de Ariane 5 ECA).

Jean-Yves Le Gall, PDG d’Arianespace : "Nos clients qui nous demandent de ne pas changer notre lanceur qui est aujourd’hui le plus fiable au monde. Ce qu’ils veulent, c’est un lancement à l’heure et réussi."  [12]

L’échec cuisant, le 11 décembre 2002, du lancement d’une Ariane 5 ECA (la fusée européenne était détruite en vol à la suite de la défaillance d’une tuyère du moteur) a été salutaire. Du coup, les 10 pays membres de l’Agence spatiale européenne (ESA) se réunissent et trouvent un accord industriel et financier. Un nouveau partage du travail est réalisé entre EADS Astrium, le fabricant de la fusée, Safran, celui du moteur Vulcain, et Arianespace, la société de marketing et de commercialisation.

Astrium devient le maître d’oeuvre et est le seul habilité à passer les contrats auprès des 86 sous-traitants du lanceur. « Auparavant, chaque pays membre de l’ESA passait des contrats à plusieurs fournisseurs. Désormais, Astrium est le patron d’une fusée complète », insiste Alain Charmeau. De son côté, Arianespace achète les fusées, négocie avec les opérateurs de satellites qui lui achètent un tir et une orbite et achève la pose finale du satellite sur la fusée à Kourou.

Et le lanceur Ariane 5 connaît une nouvelle vie depuis 2003. Auparavant, "14 lancements et 4 échecs. Depuis, 23 lancements [13], autant de succès, qui proviennent :
-  d’une simplification de l’organisation industrielle, avec la fabrication du lanceur confiée à un seul responsable, Astrium, tandis qu’Arianespace s’occupe des lancements, de la signature des contrats à la livraison du satellite en orbite.
-  Mais aussi de la stabilisation technique du lanceur, avec deux versions, Ariane 5 ECA pour l’orbite géostationnaire, Ariane 5 ES pour les orbites basses et moyennes.

Nous avons en fabrication 55 Ariane 5, ce qui nous mène jusqu’en 2015."

Et cette fiabilité d’Ariane 5 est reconnue par les assureurs, depuis deux ans : les contrats diffèrent notamment en fonction de la réussite des lanceurs.

Alors qu’auparavant toutes les primes étaient analogues, représentant de 8 à 9 % de la valeur du satellite à lancer, elles sont aujourd’hui de quelque 6 % pour un départ avec Ariane, atteignent 7 % ou 8 % avec Sea Launch et oscillent entre 10 % et 12 % avec Proton. [14]

La version ECB d’Ariane 5 se profile, à l’horizon 2016

Les décisions prises à Berlin en 2005 permettaient de relancer la version 12 tonnes d’Ariane 5 (ECB). Dernière évolution qui prévoit l’utilisation d’un nouvel étage supérieur cryotechnique et réallumable, grâce à un nouveau moteur, Vinci, en développement chez Snecma (Safran), en remplacement du moteur HM7B non réallumable en vol.

Ariane 5 ECB serait alors capable de lancer jusqu’à 12 tonnes en orbite de transfert géostationnaire (GTO).

Lors de sa conférence de 2008, le Conseil ministériel de l’Agence spatiale européenne a finalement adopté ce programme d’évolution d’Ariane 5, en deux étapes :
-  un premier programme d’études de 340 millions d’euros lancé aujourd’hui
-  suivi d’un programme de développement, estimé à environ 1,5 milliard d’euros, qui sera décidé à la prochaine réunion du conseil ministériel de l’agence, prévue en 2011.

Ces nouveaux engagements et les programmes adoptés pour le maintien en conditions opérationnelles du lanceur actuel, visent à assurer la pérennité et la fiabilité de la filière Ariane, sur le court, le moyen et le long terme. Face à une concurrence qui reste vive.

Car le prochain Vol 189 (juin 2009) "va mettre en lumière le talon d’Achille d’Ariane 5 " : si Ariane peut rester concurrentielle, alors que le coût d’un lancement est de 150 millions d’euros, c’est grâce à sa capacité d’emporter deux satellites, de 4 à 5 tonnes.

Cet atout disparaît si la masse des satellites atteint ou dépasse 6 tonnes, ce qui est la cas avec TerreStar-1 (6,7 tonnes au lancement !), que seule Ariane est capable d’envoyer sur orbite de transfert géostationnaire, pour le moment. Mais à un coût double, par rapport aux autres lancements (doubles).

La Proton-M d’ILS et la Zenit-3 de Sea Launch peuvent placer jusqu’à 6,1 tonnes en orbite, mais pour seulement 100 millions de dollars ! [15]

Une deuxième vulnérabilité d’Ariane 5 ECA est l’impossibilité de réallumer le dernier étage. [16] Cette lacune (par rapport aux lanceurs Zenit et Proton, qui utilisent cette technologie depuis plusieurs décennies), devient cruciale, elle vient de causer le lancement d’un satellite militaire italien (Sicral-1B, 3,0 tonnes) par un lanceur russo-ukrainien Zenit-3, le 20 avril 2009, et non par la fusée européenne.

Ariane 5 n’aurait pu mettre directement ce satellite sur son orbite géostationnaire (GEO), mais seulement sur l’orbite de transfert (GTO), comme d’habitude. Sicral-1B aurait donc dû utiliser ses propres moteurs pour rejoindre l’orbite définitive mais, ne disposant pas de réservoirs très conséquents, sa durée de vie aurait été réduite de 13 ans à seulement 10 ans.

"Dans ce domaine, il ne s’agit donc pas de conserver une avance, mais de combler un retard dont les conséquences se feront de plus en plus sentir." [17]

Une concurrence internationale
qui s’est épuisée en cassant les prix

-  Ces dernières années, le principal concurrent d’Ariane V, c’était le lanceur Proton, clairement devenu « une arme de guerre » contre Arianespace, une arme maniée par son compétiteur américain, Lockheed Martin, qui exploitait, pour cela, le savoir-faire russe. Et, surtout, leurs lanceurs bon marché.

Car le premier atout de Proton, c’est son prix. Cette fusée est construite par des Russes, en Russie, où tout se paie en roubles, une monnaie très dévaluée. Le taux de change rend ses lancements particulièrement séduisants du point de vue financier.

Ensuite, elle bénéficiait de la garantie américaine. C’est en effet une société américaine, ILS (International Launch Services), dont font partie Lockheed Martin et le russe Khrunichev, qui commercialisait Proton.

« ILS a été créé pour contrer Arianespace », affirme Rachel Villain. Et cela marche, comme l’explique Jean-Yves Le Gall, président d’Arianespace : « Grosso modo, nous prenons la moitié du marché et Proton l’autre moitié ».

Mais les lancements de cette fusée russe se font depuis la steppe désertique du Kazakhstan dans des conditions très relatives de confort pour les hommes et les satellites, ce qui peut rebuter les clients. D’autant que les Russes n’ont pas toujours montré leur capacité à adopter les critères occidentaux en matière de suivi qualité.

À cela s’ajoutent les difficultés qu’éprouvait ILS à commercialiser la nouvelle version, dite « M », du lanceur, désormais capable de placer 5,5 tonnes sur orbite contre 4,8 à son prédécesseur, la fusée Proton « K » [18]. Les clients sont en effet de plus en plus allergiques à la prise de risque et, donc, à la nouveauté.

Et puis, comme l’explique Jean-Yves Le Gall, ILS n’avait pas « réussi à égaler le niveau de service offert par Arianespace à ses clients ». Avec notamment la recherche de financements pour le lancement, d’assurances de la charge utile à bon prix, de suivi du satellite à toutes les étapes de sa construction pour s’assurer de sa complète compatibilité avec le lanceur. [19]

Et l’accord de commercialisation des fusées Proton qu’avait signé Lockheed-Martin au sein d’International Launch Services (ILS) a été dénoncé en septembre 2006 par la firme américaine. [20]

-  Boeing envisage de son côté de se retirer de "Sea Launch", qui gère les tirs de la fusée Zenit. Ils ont entaché sa crédibilité. Le 1er février 2007, avant même la fin du compte à rebours, la fusée russo-ukrainienne Zenit-3SL, qui devait placer sur orbite un satellite de télécommunications, s’enfonçait sur son pas de tir, puis explosait.

Le russo-ukraino-américain Sea Launch a repris ses tirs cette année 2008 (le 15 janvier (pour le satellite Thuraya-3, de 5,2 tonnes), le 19 mars (pour DirecTV-11, 5,9 t), le 21 mai (Galaxy 18, 4,6 t), le 16 juillet (EchoStar XI, 5,5 t), le 24 septembre (Galaxy 19, 4,7 t), et en 2009, le 20 avril dernier (Sicral 1B, 3,0 t, satellite italien, voir ci-dessus),

ainsi que le 28 avril 2008 pour un lancement terrestre du satellite israélien AMOS-3, via sa filiale "Land Launch", avec le lanceur modifié Zenit-3SLB, depuis le Cosmodrome de Baikonur).

La fiabilité de ces lancements (Sea Launch) est forte : 27,5 réussites sur 30 soit 91,6%, depuis 1999, avec des charges utiles atteignant 6 tonnes (par exemple Inmarsat 4-F2 ou Spaceway-1).

-  Mais les Américains Boeing et Lockheed-Martin semblent avoir décidé de concentrer efforts sur leurs fusées respectives, Delta 4 et Atlas V, et sur les tirs militaires, plus lucratifs et plus nombreux. Car chaque année, les lancements des "satellites gouvernementaux" de par le monde représentent près des 3/4 de l’activité du secteur.

"Ils ont jeté l’éponge. Ils ont abandonné le marché commercial et ils se réservent les confortables contrats gouvernementaux, puisque le département de la Défense américain paye ses lancements 2 à 3 fois le prix du marché. Les Russes connaissent des difficultés techniques et économiques. Les Chinois pointent le bout du nez... sans plus.

-  En 2007, Arianespace a lancé 12 des 17 satellites commerciaux de télécoms. Notre souci vient du bas niveau du dollar, puisque nos coûts sont en euros, ce qui est un désavantage que nous essayons de compenser en améliorant le service rendu à nos clients.

Cette situation exige que l’Europe continue de soutenir cette activité qui emploie 7 500 ingénieurs et techniciens de haut niveau. Nos comptes sont équilibrés depuis 5 ans avec environ 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires.", déclare Jean-Yves Le Gall. [21]

Le 7 juillet 2008, Ariane 5 a réussi son 26e vol d’affilée, qui était aussi le quinzième tir réussi de la version ECA (fiabilité de 93,8%). "Ariane 5-ECA (la version lourde désormais la seule utilisée) allie puissance et fiabilité", s’est réjoui le Pdg d’Arianespace Jean-Yves Le Gall après le lancement, soulignant que 8 lancements avaient eu lieu au cours des 11 derniers mois. [22]

La concurrence pourrait venir d’Asie :
Japon, Chine, et même Inde !

Actuellement, le marché du lancement de satellites est partagé entre les Etats-Unis (mais qui se concentrent sur les satellites militaires américains), l’Agence spatiale européenne, la Russie et l’Ukraine.

La Chine, l’Inde et le Brésil font de gros efforts mais ne devraient pas gêner les acteurs actuels avant une quinzaine d’années. Les Brésiliens ont dû revoir tout leur programme après l’explosion de leur fusée lors de l’assemblage final sur le pas de tir. [23]

Aujourd’hui, "Ariane a retrouvé sa part de marché de 50 %, celle qu’elle avait atteinte avant le ralentissement du début des années 2000", constate Rachel Villain, directrice espace et communications de la société d’études spécialisée d’Euroconsult.

Toujours selon Euroconsult, cette activité devrait représenter un chiffre d’affaires de 145 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années, contre 116 milliards lors de la dernière décennie.

-  Le Japon développe une version lourde de son lanceur actuel H-2A (jusqu’à 6 tonnes en GTO), le H-2B (8 tonnes en GTO), avec un premier tir de qualification prévu en 2009. Vers septembre 2009. [24]

La H-2B est d’abord destinée à envoyer vers la station internationale un "véhicule de transport" (HTV), l’équivalent en quelque sorte de l’ATV européen. Avec une capacité de 16,5 tonnes pour le largage du HTV dans l’espace à 300 km de la Terre, elle pourra emporter jusqu’à 8 tonnes de charge utile en orbite de transfert dans le cas de satellites.

"Ces aptitudes sont nécessaires pour faire bonne figure dans la compétition internationale", souligne M. Nakamura. [25]. Et pour parvenir à remporter quelques contrats face aux deux géants Arianespace et ILS. [26]. Les deux premiers vols (10 septembre 2009 et 22 janvier 2011) ont été des succès, transportant deux "véhicules de transport" HTV vers la station spatiale internationale (ISS), également développés aussi par la Jaxa.

-  La Chine met au point son lanceur lourd Longue Marche 5, qui devrait être "très moderne, modulaire et peu chère", et prête dans les trois ans. [27].

Les versions actuelles (Longue Marche 3B notamment, 5,2 tonnes en GTO) sont déjà potentiellement dangereuses pour Ariane 5. [28]

Surtout, "la Chine renforce ses capacités de lancement et envisage de se doter d’un nouveau lanceur (Longue Marche 5D) capable de lancer 10 tonnes en orbite de transfert géostationnaire (GTO). Une performance similaire à celle de l’Ariane 5 ECA d’Arianespace." Et même mieux, puisqu’il aurait une capacité de plusieurs réallumages, que n’a pas Ariane 5 ECA.

Le premier vol est prévu en 2014. [29]

-  Une autre concurrence sérieuse pourrait venir d’Inde, qui ambitionne de se tailler une place enviable au sein du marché mondial, avec des prix de 30 à 40 % moins élevés que ceux de la concurrence.

L’Inde a confirmé et concrétisé cette ambition technologique et stratégique, en envoyant avec succès le 28 avril 2008 10 satellites sur orbite, dont 8 appartenant à des nations ou des organisations étrangères (Vol PSLV C9).

Un bémol, temporaire, cependant : la charge totale mise cette fois sur orbite est de l’ordre de 800 kg, très inférieure aux 9 tonnes d’Ariane 5, aux 3 tonnes de Soyouz (quand ce lanceur sera tiré depuis Kourou, à partir de 2009). Les tirs précédents emportaient une charge allant jusqu’à 1560 kg (5 mai 2005, PSLV C6) équivalente à celle (1,5 tonne) du prochain lanceur Vega, qui sera lui aussi utilisé par Arianespace à Kourou très prochainement (et à 1,7 tonne pour Ariane 1, en 1979 [30]).

Mais le gouvernement indien est bien décidé à s’engager dans un programme spatial ambitieux, avec 60 missions d’ici 2013. Y compris l’envoi de sondes automatiques vers la Lune et Mars, avant de tenter l’envoi d’hommes dans l’espace. [31]

Et l’Inde développe actuellement un troisième étage cryotechnique, pour constituer son lanceur GSLV (Mk II) et envoyer des satellites géostationnaires. Le premier vol devait avoir lieu en 2008. [32]

Des investissements très lourds, des prix en hausse,
avant la crise financière internationale...

Au niveau des prix et des coûts, trois informations essentielles :
-  les lancements Ariane 5 sont facturés environ 150 millions d’euros  [33], pour deux satellites généralement. Contre 50 millions de dollars pour le russe Proton et l’ukrainien Zenith  [34]
-  La reprise du marché des satellites depuis peu s’est accompagnée d’une flambée des tarifs, les Russes les ayant doublés en trois ans. Arianespace a suivi, affichant même des tarifs supérieurs de 10 % à 20 %, mais sans perdre de clients. "Sur un marché porteur, les clients sont prêts à payer pour un service de qualité, incluant des lancements dans les délais", confirme Rachel Villain.
-  les principaux développements d’Ariane 5 ont coûté 8 milliards d’euros. [35]

Ce qui montre l’ampleur des investissements nécessaires : le seul amortissement de ces dépenses sur 80 lancements (au 8 juillet 2008, 40 réalisés, soit la moitié) représente encore 100 millions d’euros (et bien plus de dollars, au taux de change actuel...) à comparer à 150 millions d’euros pour un lancement d’Ariane 5, et à 50 millions de dollars pour un lancement russe ou ukrainien !

S’il en était besoin, cela confirme que le ticket d’entrée sur ce marché est très élevé ! (Même si les coûts de personnel en Inde ou en Chine sont très inférieurs à ceux d’Europe, des Etats Unis ou du Japon).

L’interrogation porte désormais sur l’impact de la crise financière sur les nouveaux projets des utilisateurs de satellites. Seront-ils maintenus, simplement reportés ou, pire, parfois annulés ? [36]

[1] Sur Wikipedia : Ariane 5.

[2] Site CNES Ariane 5, le lanceur lourd européen.

[3] Extrait de Air&Cosmos n°1870 20 décembre 2002, n°1876 du 7 février 2003 et n°1880 du 7 mars 2003 Ariane

[4] Flashespace "La famille Ariane 5".

[5] CapCom Espace Les évolutions d’ Ariane 5.

[6] Notes d’information ESA N° 10-2003 : Accès à l’espace aujourd’hui et demain : quels sont les besoins de l’Europe ?.

[7] Site CNES Histoire d’Ariane 5.

[8] FlashEspace Le lanceur Ariane 5 ECA.

[9] Flashespace, 24 mai 2005 Ariane 5 : EADS veut geler le développement de la version 12 tonnes.

[10] Cnes Une Ariane 5 spéciale pour lancer l’ATV.

[11] Notre article Ariane et l’ATV : le lancement de l’ATV, les lanceurs Ariane 5, les vols habités, Galileo...l’ATV.

[12] La Tribune, 7 mars 2008 "Kourou entre dans le club fermé des centres spatiaux desservant la station internationale".

[13] Au 8 juillet 2008 : 26 lancements réussis d’affilée

[14] Le Monde 30 mai 2008 Lanceurs spatiaux civils : la suprématie européenne.

[15] Aeroplans, 5 mars 2009, Le prochain Vol 189 va mettre en lumière le talon d’Achille d’Ariane 5

[16] Les nouveaux habits d’Ariane - Ariane 5 ME, le renouveau, 10 décembre 2008.

[17] Aeroplans, 1er Mai 2009, Pourquoi Sicral s’est retrouvé sur Zenit.

[18] www.astronautix.com,Proton.

[19] Succès d’Ariane 5 ECA la guerre des lanceurs relancée ? Proton : le Russo-Américain qui ratisse large

[20] Le Monde 30 mai 2008 Lanceurs spatiaux civils : la suprématie européenne.

[21] Libération, 10 mars 2008 Nous avons en fabrication 55 "Ariane 5".

[22] AFP, 8 juillet 2008 : 26e lancement réussi d’affilée pour une fusée Ariane 5.

[23] Sélection Spyworld, d’après un article du Figaro, du 9 mars 2007. Ariane en impose aux Américains et aux Russes.

[24] Spaceflight Now, 22 avril 2009. New Japanese rocket conducts longer engine firing.

[25] France 24, 17 février 2009. La nouvelle fusée japonaise H-2B bientôt prête à décoller

[26] Le premier lanceur japonais réellement opérationnel était le H-II, qui n’offrait pas de performances suffisamment intéressantes pour concurrencer Ariane.

La version H-IIA a commencé sa carrière en 2001, et n’a jusque là connu qu’un échec. Un partenariat avait même été signé avec Arianespace et Sea Launch, permettant à chacun des trois opérateurs de remplacer un autre si il est incapable d’honorer un contrat dans les temps, et si le client le souhaite.

Mais l’accord n’a jamais profité au Japonais Mitsubishi, car le H-IIA n’a jamais été produit en nombre suffisamment important pour assurer une réduction des coûts autorisant une entrée sur le marché. Avec le H-IIB, le Japon espère inverser cette tendance, et parvenir enfin à remporter quelques contrats face aux deux géants Arianespace et ILS.

Aeroplans, 17 septembre 2009 : Immense succès japonais, petit raté chinois.

[27] Christophe Bonnal, CNES, Latitude 5, n°71, janvier 2006 La concurrence s’engage à l’Est.

[28] Le 7 octobre 2011, la fusée chinoise Longue Marche a placé en orbite géostationnaire (à 36.000 km de la Terre) le satellite W3C (réalisé par Thales Alenia Space, sans composant américain "Itar") pour le compte d’Eutelsat, premier opérateur européen et troisième mondial.

Et Longue Marche veut conquérir entre 10 et 15% du marché commercial d’ici à 2015. Mais la fusée chinoise « aura à gérer le problème ITAR. Ce n’est pas demain la veille qu’un nouveau satellite ITAR-free lui sera confié », se rassure-t-on en Europe. ... Le Figaro, 12 octobre 2011 Ariane concurrencée par des fusées russe et chinoise.

[29] Flashespace.com, 14 avril 2009 Nouveau lanceur pour la Chine

[30] Site CNES Ariane 1 à 4, les premiers modèles de la filière Ariane.

[31] Futura-Sciences, 29 avril 2008 Un lanceur PSLV indien place 10 satellites en orbite !.

[32] Le vol du 15 avril 2010 s’avéra cependant être un échec, comme d’ailleurs 3 autres échecs et un échec partiel du GSLV Mk I, dont les deux succès remontent à 2003 et 2004, pour des charges utiles légèrement inférieures à 2 tonnes. Wikipedia - Geosynchronous Satellite Launch Vehicle.

[33] Jean-Yves Le Gall, PDG d’Arianespace, Challenges, 29 Mai 2008 La fiabilité est au coeur de la réussite d’Ariane 5.

[34] EuropeAgenda2010 Eclatants succès pour Arianespace et EADS.

[35] Jean-Yves Le Gall : "Kourou entre dans le club fermé des centres spatiaux desservant la station internationale".

[36] Le Monde 30 mai 2008 Lanceurs spatiaux civils : la suprématie européenne.


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