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La sagesse : accorder à l’Irlande des dérogations et un 2e référendum... et relever les vrais défis !

Eurobaromètre, juin 2008 : les vraies raisons du Non en Irlande, enfin !

Pourquoi empêcher 25, et même 27, pays de mieux fonctionner dans l’Union ?
[ Eurobaromètre n°245 - Post referendum survey in Ireland - Preleminary results. ]
mardi 24 juin 2008.
 
Auteur(s) et leurs articles

L’enquête Eurobaromètre réalisée au lendemain du référendum [1] est très instructive. Elle n’est malheureusement pas encore disponible en français, c’est pourquoi nous en traduisons l’essentiel ci-dessous.

L’enquête corrige de nombreuses idées reçues, illusions et approximations, issues du débat pré référendum, et plus encore les interprétations abusives faites de ce résultat dans les médias, et tout particulièrement par les partisans du NON au traité de Lisbonne, ex opposants au TCE. [2]

L’enseignement essentiel est qu’une mauvaise compréhension du traité est à l’origine d’une abstention très importante (52% n’avaient pas pleinement compris les enjeux).

Et qu’un manque d’information est la première motivation (22%) du NON irlandais...

Et que 76% des votants "non" pensaient que ce "non" mettrait l’Irlande en position de force pour négocier des dérogations au traité, qu’il autoriserait l’Irlande à maintenir sa neutralité (83%) ou à garder son système fiscal spécifique (79%).

Bien sûr l’appartenance à l’Union ne fait pas de doute, pour les habitants d’un pays qui a su bénéficier pleinement de 50 milliards de subventions, et les exploiter de façon intelligente pour devenir le pays le plus riche de l’UE, après le Luxembourg, par habitant.

Voilà qui est très différent de ce qui est dit partout, y compris dans les médias, et bien sûr par les tenants "de gauche" d’une "Europe sociale"...

Tout dans cette enquête va dans le sens d’une négociation de dérogations spécifiques, plus pour rassurer davantage (ni la neutralité, ni le système fiscal de l’Irlande ne sont en danger avec le traité de Lisbonne) que pour changer véritablement le traité. Des clauses spécifiques autres pourraient éventuellement compléter de rassurer les Irlandais et "protéger l’identité irlandaise", 2e motivation du "non" (12%), loin devant les autres motivations du vote Non, à 6%.

Et rien dans les résultats de cette enquête ne va dans le sens d’une sortie de l’Irlande de l’Union, ni d’une volonté significative des votants NON d’empêcher les autres pays d’approfondir l’Union : moins d’un "non" sur dix s’exprimait pour éviter une "Europe unifiée" (5%), ou que l’Union parle d’une seule voix (4%). Et seulement 6% des "non" pour vouloir garder un Commissaire irlandais dans la Commission Européenne.

Rien non plus de significatif pour se faire l’écho, en Irlande, des Non français et néerlandais en 2005 au TCE...

Et contrairement à ce qui est dit dans les médias, y compris par des "spécialistes de l’Europe", rien pour empêcher une Europe de la Défense : il suffirait de clarifier ce point dans une annexe au traité, à soumettre à nouveau à l’Irlande. Par référendum puisque cela est peut-être nécessaire (même si le Danemark n’a pas eu à le faire, alors qu’il est soumis aux mêmes contraintes que l’Irlande, au niveau de sa constitution).

Cela ne serait d’ailleurs que la deuxième fois en Irlande, qui avait rejeté le traité de Nice en 2001, avant de donner son accord, avec des dérogations qui ne sont dramatiques ni pour l’Union, ni pour les européens. (Ce qui est bien différent de la dérogation obtenue par Margaret Thatcher ("I want my money back"), pour éviter à la Grande Bretagne d’être ou devenir contributeur de l’Union).

L’Irlande ne fait pas non plus partie de l’Espace Schengen  [3], ce qui explique peut-être pourquoi les questions relatives à l’immigration sont si faiblement présentes dans cette enquête.

Et comme le rappelait M. Yves-Thibaut de Silguy, interviewé sur France Inter [4] sur cette difficulté irlandaise, l’euro aussi a été décidé à quelques uns, et élargi à d’autres pays par la suite. Pourquoi imposer à tous de participer à l’Europe de la Défense ? Il n’était de toute façon pas prévu d’imposer cette Europe de la Défense à tous les 27, puisque quatre pays veulent rester neutres. Et le Parlement Irlandais a même voté un amendement (n°28) à sa constitution pour rendre compatible le traité de Lisbonne avec cette neutralité... (il n’était donc pas nécessaire de voter "Non" pour cette raison...)

Pourquoi donc faire un tel drame de ce rejet supplémentaire, qui peut être géré comme pour le précédent vote NON irlandais, en 2001 ?

Il n’y a donc pas lieu d’interrompre, ni de retarder le processus de ratification, qui devrait se poursuivre sans encombre dans au moins 6 pays supplémentaires. Elle est plus délicate en République Tchèque qui, s’il le fallait vraiment, pourrait aussi faire l’objet de quelques dérogations.

Il n’y a pas non plus lieu de changer quoi que ce soit aux priorités de la Présidence Française, parmi lesquelles le "paquet" énergie-climat, l’Europe de la défense et l’Union pour la Méditerranée.

Valéry Giscard d’Estaing, commentant cette enquête et donnant son point de vue après le Non Irlandais

Pour information, l’interview (vidéo) de Valéry Giscard d’Estaing sur France Inter, ce 24 juin 2008 à 8h20 est très intéressante ; avec ses commentaires, notamment sur les résultats de cette enquête Eurobaromètre.


Valery Giscard d’Estaing sur franceinter

Pour VGE, il ne fait pas de doute que le Traité de Lisbonne entrera en vigueur (il est déjà adopté à la majorité qualifiée, puisque 19 pays sur 27 (70%) l’ont ratifié, constitués de 70% de la population de l’Union) ; l’ancien Président de la Convention insiste, comme nous, sur le fait que la volonté massive des opposants Irlandais (76%) est de renégocier, c’est-à-dire d’obtenir des dérogations au traité ratifié par les autres. [5]

La réponse aux questions (audio) des auditeurs, par Valéry Giscard d’Estaing, entre 8h40 et 8h55 était également intéressante "Interactiv".

Voir aussi l’excellente interview de VGE, par Christophe Barbier, dans l’Express : ’’Il faut adopter le traité de Lisbonne’.

Dont voici quelques extraits : "Depuis des années, c’est la vie institutionnelle qui paralyse l’Europe ; ce n’est pas ce que l’Union décide qui pose un problème, mais le fait qu’elle n’arrive pas à décider. Or les dirigeants brouillent sans cesse le projet politique européen depuis les années 1990 et la fin du couple Mitterrand-Kohl, qui exerçait encore un vrai leadership. Après eux, il n’y a plus eu de vision de l’Europe, mais seulement des visions nationales par rapport à l’Europe : "L’Europe ne fait pas assez pour nous" ou "L’Europe se mêle de ce qui ne la regarde pas"."

... "Il eût fallu alors une génération ayant la volonté d’organiser politiquement l’Europe avant son élargissement, en prévenant les nouveaux membres qu’ils allaient entrer dans une Europe réformée. Or, on les a accueillis avec des traités inadaptés et un déficit de gouvernance qui a remis en position de force les postures nationales."

... "Le système actuel est hors d’état de produire de vraies décisions : 27 dirigeants qui se réunissent quatre fois par an en commençant par un tour de table sur l’ordre du jour, cela ne peut pas marcher. La clef est démocratique : la désignation de responsables et les grandes décisions doivent se faire par des processus démocratiques."

Comment l’Europe peut-elle "survivre" au non irlandais ?

"Essayons de comprendre ses motifs. D’abord, les Irlandais nous disent : « On ne peut pas voter pour un texte qu’on ne comprend pas. » Alors que la Constitution était lisible, du moins dans ses deux premières parties, le traité de Lisbonne a été rédigé, par des juristes, d’une manière qui ne permet pas de le comprendre."

... "On ne peut faire grief aux Irlandais d’avoir voté Non. Ils ont dit que ce traité ne leur convenait pas. Ils ont, en même temps, empêché les autres de l’appliquer. Sur le premier point, il y a eu un déficit d’explication, car ce traité répond à un grand nombre de leurs demandes. Ainsi, il définit les compétences de l’Union et ce dont elle ne doit pas s’occuper.

Un exemple : il y a en préparation à Bruxelles un texte sur l’égalité hommes-femmes, alors que cela regarde non l’Union, mais les Etats membres ! Avec le traité, ce ne sera plus possible. L’Europe ne doit traiter que les sujets pour lesquels chacun de nos pays est trop petit. Le commerce international, la monnaie, la concurrence, les grands problèmes d’environnement, la défense du continent européen, c’est pour l’Europe. Le reste, non ! Il faut d’ailleurs un gardien du système : ce sera le président du Conseil, qui écartera les propositions hors compétences de l’Union. C’est essentiel."

Les principaux enseignements de l’Eurobaromètre

-  plus de la moitié de ceux qui ne sont pas allés voter disent que c’était dû à un manque de compréhension des enjeux ; les plus jeunes ont deux fois moins participé que les plus anciens.

-  pour ceux qui ont voté "oui", la première motivation (fournie comme réponse spontanée, à une question ouverte, pour 32%) était le sentiment que le traité de Lisbonne était dans le meilleur intérêt de l’Irlande ; les raisons mentionnées étaient principalement uni-dimensionnelles, centrées sur à quel point l’Irlande a bénéficié de l’UE. Bien moins citées : le traité rendrait l’UE plus efficace dans sa prise de décision (5%), et plus présente sur la scène international (4%).

-  ceux qui ont voté "non", présentent un plus large spectre de raisons pour expliquer leur préférence, très multi-dimensionnelles, avec comme première raison un déficit d’information (22% des votants Non).

-  les plus jeunes, les femmes et les personnes ne travaillant pas ont été les principaux supporters du vote "non" ; la majorité des professionnels, des cadres et des retraités étaient dans la campagne du "oui".

-  dans le camp du "non", 76% pensaient que ce "non" mettrait l’Irlande en position de force pour renégocier des dérogations au traité (contre 38% des votants "oui")

-  4 sur 5 des votants "non" pensaient que le non autoriserait l’Irlande à maintenir sa neutralité (83%) ou à garder son système fiscal (79%). [On est loin de la volonté d’une "Europe sociale" présentée comme une raison importante du "non" irlandais...]

-  une large majorité des votants (68%) ont affirmé que la campagne du "non" était plus convaincante ; ce qui est vrai même pour une majorité de ceux qui ont voté "oui" (57%). [Probablement avec le slogan simple, fort et facile à mémoriser "If you don’t know, don’t vote. Or vote NO".]

-  malgré cette appréciation de l’efficacité de la campagne du "non", parmi le camp du "oui" on trouve plus de personnes qui ont changé d’avis (25% des votants oui, contre 17% des votants non). Quelle qu’en soit la raison, la campagne du "oui" a été plus convaincante pour faire changer d’avis.

-  42% des votants "oui" pensaient qu’un "non" bloquerait les institutions de l’UE, contre 33% des votants "non".

-  la moitié des votants pensaient qu’un vote "non" bloquerait une évolution vers une Europe plus fédérale (52% des "non", 48% des "oui").

-  64% des votants "oui" pensaient qu’un "non" diminuerait l’influence de l’Irlande dans l’UE, contre 24% des votants "non". 39% des "non" pensaient au contraire que cela renforcerait la position de l’Irlande, contre 19% des "oui".

-  89% des votants ("oui" ou "non") pensaient que ce vote ne serait pas une façon de sortir de l’UE.

-  80% des votants "non" soutenaient l’appartenance de l’Irlande à l’Union, comme 98% des votants "oui". Ce qui renforce l’opinion générale d’une acceptation de cette appartenance, sauf pour un faible minorité du camp "non".

Les principaux résultats détaillés

Les raisons de l’abstention

-  52% n’avaient pas pleinement compris les enjeux, 42% n’avaient pas été assez informés sur les enjeux, 37% pensaient qu’ils n’avaient pas été informés du contenu.

-  Ou bien le référendum n’était pas assez important pour eux : près de la moitié (45%) se disait trop occupés, et 38% avaient quelque chose de plus important à faire que d’aller voter [Les Irlandais votaient un jour de semaine].

-  34% avaient été énervés par la campagne du référendum.

-  30% pensaient que voter à ce référendum ne changerait strictement rien.

Un large spectre de raisons de voter "non"

Allant du manque d’information à une façon de protester contre la politique du gouvernement.

Un manque d’information sur le traité était la raison principale (22%), suivie par le désir de protéger l’identité irlandaise (12%).

Loin derrière, deux raisons (total de 7%) : "parce que les grands pays décident de ce qui est important" (4%), "pour protéger l’influence des petits pays" (3%)

Et plusieurs raisons, chacune à 6% : "un manque de confiance envers les hommes politiques", "un souhait de garder la neutralité irlandaise en matière de sécurité et de défense", le désir de "conserver un Commissaire Irlandais dans la Commission", le besoin de protéger le système fiscal irlandais.

Ou un vote contre une "Europe unifiée" (5%), ou pour éviter que l’Union parle d’une seule voix (4%).

En fin de liste, seulement 1% pour éviter un afflux d’immigrants ou pour dire que les traités actuels n’avaient pas besoin d’être modifiés, qu’ils étaient adaptés.

Mal informés ?

-  Un quart des votants "non" et un sixième des votants "oui" ne savaient pas si le traité de Lisbonne serait bon ou mauvais pour l’Irlande.[Il est clair qu’un document juridique de 300 pages, présentant les modifications des traités antérieurs, n’est pas spécialement lisible ni compréhensible pour le citoyen normal. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles un référendum n’est pas approprié, dans ce cas très précis.]

-  42% des votants "non" pensaient que le référendum n’était pas important pour la future place de l’Irlande dans l’UE ; à comparer à seulement 5% des votants "oui".

-  83% des "non" pensaient que le résultat signifiait que l’Irlande pourrait garder sa neutralité, contre 51% des "oui". [Alors que le 28ème amendement voté par le Parlement Irlandais pour autoriser la ratification stipule clairement que l’Irlande resterait neutre [6], même si une décision prise contre un vote de l’Irlande était en faveur d’un engagement quelconque.]

-  79% des "non" pensaient que le résultat signifiait que l’Irlande pourrait garder son système fiscal, contre 50% des "oui". [Alors qu’une éventuelle harmonisation fiscale continuera, avec le traité de Lisbonne, à faire partie des décisions prises à l’unanimité...]

-  36% des votants "non" pensaient que le "non" faciliterait les négociations sur le changement climatique, contre 23% des votants "oui" [Alors que le traité traite explicitement de ce sujet, à la différence du TCE, et qu’il permettra justement des décisions dans ce domaine].

[1] Eurobaromètre Flash n°245, 18 juin 2008 Post referendum survey in Ireland.

[2] Au passage, rappelons que si le traité de Lisbonne est très proche du traité constitutionnel européen (TCE), il n’a plus les caractéristiques d’une Constitution, qui faisaient si peur aux nonistes français, et aux eurosceptiques britanniques. Ce qui rendait d’ailleurs très incertaine la ratification par la Grande Bretagne, par référendum. Donc il est faux de dire qu’il n’a pas été tenu compte des Non français et néerlandais de 2005.

[3] Pour un graphique montrant la situation des pays par rapport à l’euro, à la convention de Schengen et à la ratification du traité de Lisbonne, lire "Les pays de l’Union et la construction européenne. Et si le NON l’emporte ?"

[4] Yves-Thibaut de Silguy, dans l’excellente émission "La France va présider et l’Union s’inquiète" de "Rue des Entrepreneurs" du 21 juin 2008,

[5] On ne voit pas comment une nouvelle négociation à 27 serait possible, l’accord de tous étant toujours très problématique à obtenir. Rappelons que 3 ans se sont déjà écoulés depuis les double Non français et néerlandais de 2005...

[6] Sur Wikipédia : Référendum constitutionnel irlandais (2008).


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