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Les sondages sont-ils fiables ?

Deux sondages en France contradictoires, après le NON irlandais...

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mardi 24 juin 2008.
 
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Extrait de l’article "Kyrielle de sondages à la veille de la PFUE" sur le site de "Toute l’Europe" :

"A quelques jours du début de la Présidence française de l’UE, les sondages d’opinion sur l’Europe se multiplient dans la presse française. Deux enquêtes réalisées à la suite du "non" irlandais au traité de Lisbonne apportent des résultats contradictoires sur le vote des Français en cas de référendum.

Selon un sondage CSA pour "Le Parisien-Aujourd’hui en France", si le traité de Lisbonne avait été soumis à référendum en France, le "oui" l’aurait emporté avec 56 % des suffrages. Néanmoins, près d’une personne sur deux (46 %) s’abstiendrait de voter. La proportion de "oui" a chuté de 12 points par rapport à l’enquête réalisée par le même institut en octobre 2007, selon lequel 68 % des personnes interrogées auraient voté "oui". La question posée était la suivante : "Vous savez que les 27 pays européens ont signé à la fin de l’année 2007 un traité simplifié, le traité de Lisbonne, sur les institutions de l’Union européenne. Si ce traité simplifié était soumis à un référendum en France, comme ce fut le cas en Irlande la semaine dernière, voteriez-vous oui ou non ?"

Le même jour, "Sud Ouest Dimanche" publie une enquête d’Ifop qui donne un tout autre résultat : une majorité de Français voterait "non" (53 % des sondés) si un référendum était organisé sur le traité de Lisbonne. Mais cette fois-ci la, question était : "Vous savez que les Irlandais viennent de voter non lors du référendum sur l’adoption du Traité européen de Lisbonne. Si un tel référendum était organisé en France" que voteriez-vous ? A noter : 33 % des personnes interrogées choisiraient de s’abstenir.".

Notre commentaire

Evidemment, un tel écart est troublant et serait de nature à remettre en question la fiabilité des sondages : la marge d’erreur, qui ne peut être nulle, est de l’ordre de 3%, pas 9% !

Un petit calcul, tenant compte des abstentions très différentes dans les deux cas, pourrait expliquer cette différence :

-  Le premier sondage (CSA) fait état de 46% d’abstentions, donc 54% de votants, qui se répartissent en 30,2% OUI, et 23,8% NON.

-  Le 2e sondage (IFOP) fait état de beaucoup moins (33%) d’abstentions, soit 67% de votants, qui se répartissent en 31,5% OUI, et 35,5% NON.

Le nombre de votants "oui" est du même ordre dans les deux cas, la différence (1,3%) étant très inférieure à la marge d’erreur.

Reste à expliquer un énorme écart de 11,7%, en faveur du vote "non" : la première interprétation serait que 13 parmi les 46 personnes qui s’abstiennent dans la première enquête donneraient un choix dans la 2e, et pour le NON pour 90% d’entre eux (11,7), et pour le OUI pour seulement 10%...

Les méthodes des deux instituts semblent comparables : par téléphone, échantillons du même ordre de grandeur, quotas, etc.).

Les êtres humains sont sensibles aux influences...

Comme ces deux enquêtes ont été réalisées par téléphone, un tel écart résulterait de deux faits :
-  la question posée est différente : le NON irlandais n’est pas rappelé dans la première enquête ; dans la deuxième, ce rappel peut influencer les personnes hésitantes en faveur du NON, ce qui pourrait expliquer au moins une partie de l’écart.
-  en effet, les êtres humains sont réputés se comporter comme des "êtres sociaux" : ils sont sensibles aux influences, et par exemple à la "pression de groupe". De nombreuses expériences ont montré qu’un individu tend à se conformer aux réponses des autres (par mimétisme) : quand il lui demandé de répondre à des questions très simples, il tend à ne pas choisir la réponse qui s’impose rationnellement, quand il constate que les autres répondent autrement (même quand il est absolument sûr que la réponse donnée par les autres est fausse).

Selon les situations, on parle "d’influence normative" ou "d’influence informative".

Les résultats des sondages et des votes sont très sensibles aux sondages antérieurs...

Dans notre cas, il est hautement probable que les personnes qui posaient la question n’avaient pas une attitude neutre. Ce qui renforcerait l’influence en direction d’un résultat récent (le Non irlandais, à 53%, qui rappelle le non français à 55% il y a 3 ans).

Et comme les sondages influent sur les personnes, il n’est pas étonnant de constater des "dynamiques" en faveur du vote "qui monte"... Par exemple du vote Non en 2005, en France et aux Pays Bas, ou récemment en Irlande. Dans ces trois cas le vote OUI était donné gagnant plusieurs mois en avance.

Dynamique qui se constate aussi d’un pays à l’autre : quand le Non augmentait en France, en avril mai 2007, il augmentait également aux Pays-Bas.

D’ailleurs il est un fait connu que lorsqu’une inversion se produit dans un seul sondage, avant une élection ou un référendum, elle a tendance à s’imposer dans les autres sondages.

La vigilance s’impose donc, par rapport aux sondages : à leur qualité et à leur interprétation

Il faut donc être très vigilant avec ces informations, et donc aussi :
-  avec la qualité des sondages. Peut-être certains (ceux qui réalisent les sondages, qui les achètent ou qui les utilisent) auraient-ils oublié des précautions élémentaires ? Les personnes posant les questions sont-elles expérimentées dans cette pratique ? S’assurent-elles de rester neutres dans leur intonation ?
-  avec la formulation des questions, dont on sait bien qu’elle a une grande influence sur les réponses. Ce qui invite le lecteur à être très attentif aux questions posées, lorsqu’il lit le résultat d’un sondage !

En tout cas il est probable que nous entendrons parler de ces deux sondages : il est rare de constater un tél écart, heureusement ! Souhaitons que nous en saurons plus dans quelque temps.


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