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Le Non irlandais encourage les forces centrifuges...

La construction européenne paie le prix de décennies de démagogie. Et d’un déficit démocratique, en partie résolu par le traité de Lisbonne...

Le Président Polonais a déclaré refuser, pour le moment, de ratifier le traité.
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mardi 1er juillet 2008.
 
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Le traité de Lisbonne est déjà une sortie de crise, laborieuse, mais crédible

Il n’y a pas de plan B, pas plus qu’il n’y en avait en 2005. S’il y a bien eu un accord à 27 pour un nouveau traité, de Lisbonne, c’est après deux ans et demi de crise de l’Europe, et sur un texte en retrait par rapport au TCE : ce traité, très proche du TCE par ailleurs, n’a en effet pas la portée d’une Constitution.

Le traité de Lisbonne est donc bien une réponse aux Non français et néerlandais de 2005, contrairement à ce que les nonistes français continuent de clamer partout, défiant toute logique. Il est par exemple une réponse à ceux, "de gauche" en France, qui ne voulaient pas "graver dans le marbre" l’intérêt de la concurrence et la partie III du TCE, et aux "souverainistes", notamment britanniques, qui ne voulaient pas de drapeau européen, ni de symbole faisant apparaître une dimension politique à l’Union.

Non, un accord plus large, sur un autre traité, n’est pas possible !

Après trois années perdues depuis ce double Non, il n’est donc aucunement utile de retarder davantage un processus qui vise essentiellement à faciliter le fonctionnement de l’Union Européenne et la prise de décision.

Seuls ceux qui ne savent pas ce qu’une négociation (à 27 !) osent encore prétendre qu’un autre accord est possible. Ils ont en fait raison... sauf que plus le temps passe, et plus la liste des points d’accord se restreint... Les derniers exemples viennent :
-  d’Irlande, où les raisons principales de s’opposer au traité sont exactement contradictoires avec les raisons de la majorité des nonistes français en 2005 : en affirmant la volonté de garder une fiscalité attractive, en refusant une Europe parlant d’une seule voix, ou même craignant une légalisation de l’avortement dans leur pays
-  de Pologne, où le Président a montré sa mauvaise volonté, en affirmant mardi 1er juillet ne pas vouloir ratifier le traité de Lisbonne qu’il avait finalement approuvé, après avoir pourtant arraché des concessions très importantes en 2007. [1]
-  de République Thèque, dont le président Vaclav Klaus soutient la décision de son homologue polonais Lech Kaczynski de ne pas ratifier le traité européen de Lisbonne . [2]

Le plan B introuvable : la démagogie apparaît au grand jour

On est donc loin d’un nouvel accord, plus large, appelé de leurs voeux par ces nonistes, dont une bonne partie ont simplement fait ou continuent de faire de la démagogie.

Certains se sont rendus compte, Fabius en tête, qu’ils avaient lancé une dynamique négative qu’il est bien difficile d’arrêter. Ce leader d’opposition espérait corriger son image de "social-libéral" en apparaissant "véritablement de gauche", et devenir ainsi le candidat du PS pour la Présidentielle de 2007.

Si Fabius refusa de s’engager avant le référendum irlandais, en faveur du Oui ou du Non, c’est qu’il a enfin compris qu’en cautionnant ce Non en 2004-2005, sur des motifs très souvent fallacieux, il n’avait fait que compliquer les progrès de l’Europe... et au premier chef "l’Europe sociale" qu’il affirmait vouloir.

Cette prise de conscience d’un dirigeant socialiste n’empêche cependant pas la démagogie "de gauche" de perdurer, notamment, au P.S. : quelques semaines après avoir modifié, à l’unanimité !, leur credo général, pour abandonner les références au marxisme et reconnaître une "économie sociale et écologique de marché", la plupart des candidats au poste de premier secrétaire s’affichent tenants d’une orthodoxie d’avant 1981, et 1983...

Le plombier polonais... Démagogie anti-libérale, et anti-mondialisation

La prégnance en France de discours politiques totalement dépassés, à gauche (communisme, courants "anti-libéraux"), à droite (colbertisme, jacobinisme) et anti-mondialisation, explique en grande partie pourquoi :
-  les Français ont si peu confiance en l’avenir (ils sont les plus moroses dans les enquêtes d’opinion régulièrement menées dans les pays européens)
-  les Français ont des attentes totalement décalées par rapport à ce qu’il est possible d’obtenir de la politique française, et de la politique européenne
-  les Français ne peuvent alors qu’être déçus de l’Europe, et être craintifs par rapport à la mondialisation.

Alors que cette mondialisation a déjà apporté énormément à la France, à son économie et donc aux Français.

Tout le monde a notamment pu constater que le fameux "plombier polonais" n’avait pas envahi la France, et que l’économie française ne s’était pas écroulée de ce fait ! Et que le plombier polonais n’avait pas non plus colonisé, ni fragilisé les pays qui avaient ouvert largement leurs frontières aux travailleurs des anciens pays de l’Est.

Cette démagogie, dévastatrice pour l’Europe, n’est d’ailleurs pas toujours payante pour ses auteurs

La démagogie ne paie cependant pas toujours :

-  En France : Fabius n’a pas été le candidat du PS aux élections présidentielles de 2007. De même, aucun candidat dépassant 10% des voix à ces présidentielles n’avait voté "Non" au Traité Constitutionnel Européen, les trois candidats principaux (Royal, Sarkozy, Bayrou) ayant tous fait campagne pour le "Oui". Et le camp du Non, même à gauche, n’a pas été capable de se mettre d’accord sur une seule candidature aux présidentielles, montrant bien, s’il en était besoin, l’incompatibilité de leurs votes "non". Et Nicolas Sarkozy a été élu, alors qu’il avait affirmé haut et fort ratifier le futur traité par la voie parlementaire.

-  En Pologne : les frères jumeaux Polonais ont perdu les élections en 2007, alors qu’ils s’étaient faits les défenseurs d’une Pologne forte, refusant jusqu’à la dernière minute de signer le traité de Lisbonne simplement parce qu’il donnait moins de voix à la Pologne que le traité de Nice.

Confortable à court terme pour ses auteurs, cette démagogie ne date pas d’hier

Si le Non irlandais pose actuellement problème, c’est que nous payons le prix d’une démagogie lancinante. Portée par nombre de nos hommes politiques : "quand c’est bien, c’est grâce à moi, quand c’est moins bien, c’est la faute à l’Europe"...

Et ce discours, très présent en France, n’est malheureusement pas spécifique à notre beau pays : dans nombre de pays, les dirigeants politiques se sont réfugiés derrière ces arguments faciles, mais totalement fallacieux : les décisions prises à Bruxelles nécessitaient l’accord des représentants nationaux. D’autant que le vote à l’unanimité était la règle...

Et en France la gauche n’a malheureusement pas le monopole du populisme : cette démagogie anti-Europe était particulièrement visible "à droite". Et cela ne date pas d’hier.

Si les dirigeants politiques français ont tellement tardé pour transposer des directives européennes, jusqu’à des décennies !, c’est par crainte d’affronter les réalités en face, et par refus d’oser "parler vrai" devant les catégories sociales ou corporations concernées.

Le meilleur exemple est probablement le non respect des nappes phréatiques, en tolérant la pollution par le lisier de porcs. Ou l’utilisation massive des engrais azotés (nitrates), qui finissent par se retrouver dans l’eau des rivières, dans les canalisations d’eau qui n’est alors plus potable, et en mer, où ces nitrates favorisent l’apparition d’algues vertes sur les plages de Bretagne.

Et les agences de bassin, excellente invention française et à l’origine de progrès décisifs sur la qualité de l’eau, continuent cependant à ne faire payer le vrai prix de l’eau qu’aux particuliers et à l’industrie : les agriculteurs paient un prix très inférieur et ne sont donc pas encouragés à développer des pratiques plus respectueuses de l’environnement.

Très peu d’information sérieuse sur l’Europe

Parallèlement, les hommes politiques n’ont pas non plus expliqué, depuis 15 ans au moins, ce qu’a apporté l’Europe.

Et l’éducation à l’école en France ne prévoit toujours pas une sensibilisation à la construction européenne, et aux aspects qui concernent cependant tous les citoyens.

Les médias ne sont pas en reste : les informations télévisées n’abordent que peu ces questions (avec le faux argument "qu’on ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure" [3]) et très rares, et très tardives sont les émissions qui parlent vraiment d’Europe.

Déficit d’information lié au déficit démocratique de l’Union. Constaté dès 1984 et 1992 !

Ces déficits d’explications, et d’information, expliquent largement la distance grandissante des citoyens par rapport à une construction européenne qui est nécessairement complexe. Et qui suppose des accords techniques difficiles à comprendre si on manque d’information valable.

Cette distance a été constatée depuis longtemps, dès 1992 : le traité de Maastricht n’a été ratifié en France, par référendum, que de justesse : à 52%. Et rien de sérieux n’a été fait depuis sur ces questions d’explications, et d’information.

Comment s’étonner alors du vote Non dans trois pays, deux pays fondateurs, et trois pays de l’euro ? Comment s’étonner aussi de la participation de plus en plus faible des citoyens aux élections européennes, et ceci régulièrement depuis la deuxième élection au suffrage universel en 1984, après celle de 1979 ?

Au milieu du gué... il nous faut continuer !

Ce qui est paradoxal, c’est que ces déficits d’information et d’explication sont très directement connectés à un rôle insuffisant du Parlement Européen, causant un authentique déficit démocratique.

Et que le travail de la Convention, aboutissant au TCE et indirectement au traité de Lisbonne, visait justement à répondre à ce déficit démocratique. En augmentant nettement le rôle du Parlement et la visibilité de l’Union Européenne, avec un Président pour 2 ans et demi, et un Ministre des Affaires Etrangères.

C’est d’ailleurs ce que vient d’affirmer Angela Merkel, suite à l’annonce du Président Polonais de ne pas ratifier le traité : "Le traité de Lisbonne rend l’UE plus démocratique et renforce les opportunités de tous les membres. Je vais donc tout faire, en coopération avec la présidence française (de l’Union européenne), pour faire avancer le processus de ratification". [4]

Et c’est pourquoi il ne faut pas s’arrêter aux arguments fallacieux développés par les semeurs de peur injustifiée. Oui le monde moderne n’est pas facile, oui il nous faut relever des défis, et dont relever nos manches...

Mais oui aussi il faut faire confiance, et non se replier frileusement sur ses frontières : l’histoire, y compris récente (20e siècle), montre que le repli national et les idéologies sont à l’origine de dizaines de millions de morts...

D’autant que les solutions du côté des Non, français, néerlandais ou irlandais, sont totalement incompatibles entre elles...

Alors que la mondialisation crée de multiples opportunités, dont s’emparent la plupart des pays !

[1] Pour Marek Safjan, président de la cour constitutionnelle polonaise, il n’a pourtant pas le choix : "Cela m’inquiète beaucoup que nous puissions atterrir dans une impasse si jamais le processus de ratification était remis en question. Je le dis et je le répète : le président, après la décision du parlement, n’a plus le droit de refuser la ratification. Sauf s’il a des doutes quant à sa constitutionnalité, auquel cas il faudrait qu’il se tourne vers la cour constitutionnelle. Mais comme il ne le fait pas, il devrait juste signer très vite". Le président polonais rejette le traité de Lisbonne

[2] Pour sa part, le ministre tchèque aux Affaires européennes, Alexandr Vondra, a déclaré qu’il considérait l’annonce de M. Kaczynski comme "tactique" et s’inscrivant dans le cadre des débats politiques intérieurs polonais, et qu’en conséquence il ne voyait pas de raison de la commenter davantage. Traité de Lisbonne : le président tchèque soutient le "non" du président polonais .

[3] C’est un argument totalement fallacieux, puisque :
-  la ponctualité des trains intéresse vraiment les Français
-  et les mesures prises pour assurer cette ponctualité les concernent au premier chef

[4] Le Point.fr, 1er juillet 2008, "Anglea Merkel veut "faire avancer le processus de ratification" du traité de Lisbonne".


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