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Les ministres européens chargés des activités spatiales invités les 20, 21 et 22 juillet 2008, au Centre spatial guyanais à Kourou

Présidence Française du Conseil européen. Réunions des ministres pour construire la politique spatiale de demain.

L’avenir d’Ariane 5 sera-t-il évoqué, et la version 12 tonnes rapidement assurée ?
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samedi 19 juillet 2008.
 
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« 2010 : de plus en plus d’espace dans notre vie » par georgosgil

Selon un communiqué du CNES (16/07/2008), la France a invité les 20, 21 et 22 juillet prochains ses partenaires européens à se réunir au Centre spatial guyannais à Kourou.

Dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne qui a débuté le 1er juillet, tous les ministres européens chargés des activités spatiales y sont conviés. Au programme, des visites des installations du Centre spatial guyannais, mais surtout des réunions de travail pour construire la politique spatiale de demain.

"J’ai invité nos partenaires européens à se retrouver au Centre spatial de Guyane [...], un centre spatial dont nous avons décidé de consacrer le rôle de port spatial européen", déclarait il y a quelques jours Valérie Pécresse, ministre de la Recherche, à l’ouverture d’un colloque sur "L’espace au service des citoyens européens" à l’Assemblée Nationale. [1]

La ministre a lancé par ailleurs l’idée de la création d’un "Centre européen de recherche sur le changement climatique" pour exploiter toutes les données concernant ce domaine. "Nous devons mener une politique ambitieuse pour l’observation spatiale, seul outil capable de mesurer le changement climatique de manière globale".

Parmi les pistes que la France proposera à ses partenaires d’explorer tout au long de sa présidence, Valérie Pécresse a par ailleurs appelé à "un programme commun de surveillance de l’espace, gage de sécurité pour tous les habitants de notre continent", et "une Europe décidée à encourager la naissance de nouveaux services, qui uniraient télécommunications, géopositionnement et observation de la Terre".

En février, le président Nicolas Sarkozy avait plaidé en Guyane en faveur d’une "stratégie spatiale raisonnée et cohérente" de l’Europe, proposant de mettre le centre de Kourou à la disposition d’une politique spatiale européenne.

"Il nous faut encore consolider notre politique spatiale européenne, qui permettra enfin à l’Europe de devenir à part entière la deuxième puissance spatiale au monde", a affirmé la ministre de la Recherche.

A Kourou dès dimanche 20 juillet, 29 pays seront représentés : les 27 de l’Union Européenne, la Suisse et la Norvège, membres de l’ESA, ainsi que des représentants de la Commission européenne.

Mutualiser les coûts du Centre Spatial Guyannais
pour assurer l’avenir d’Ariane ?

Nul doute que les aspects budgétaires seront abordés, notamment l’ampleur de la contribution de l’Union au fonctionnement du Centre Spatial guyannais (actuellement environ 2/3 des frais fixes, soit 423 M€ sur 617,1 M€ pour la période 2002-2006 [2]). Nicolas Sarkozy demandant que cette contribution augmente et passe à 100%.

Cette augmentation, si elle était acceptée (environ 200 millions d’euros), permettrait-elle, indirectement, de décider le financer le développement du moteur "Vinci", pour autoriser une version 12 tonnes à la fusée Ariane 5 ? [3]

Le lanceur Ariane est en effet limité actuellement -dans sa version ECA- à 10 tonnes, c’est-à-dire 2 satellites d’environ 5 tonnes en orbite GTO (orbite de transfert pour orbite géostationnaire)

L’ordre de grandeur du développement du moteur Vinci est de 500 M€, à comparer à l’ampleur des investissements consentis jusqu’à présent pour mettre au point Ariane 5, jusqu’à sa version ECA : 8 milliards d’euros !

La sagesse n’impose-t-elle pas d’assurer la validité de ces investissements et leur rentabilité plutôt que d’essayer d’économiser quelques pourcents de cette somme ?

Rappelons également que :
-  la France est le 1er contributeur au financement de l’ESA (env. 28%), devant l’Allemagne (22%), l’Italie (14%), le Royaume Uni (8,6%), la Belgique et l’Espagne (env. 6% chacune) ; soit environ 800 M€ pour un budget annuel total de l’ESA de l’ordre de 3 milliards d’euros
-  la France a financé 60% du financement (344 M€) du programme "lancement Soyouz depuis Kourou" (dont 121 pour l’amélioration de Soyouz, et 223 pour l’Ensemble de Lancement Soyouz).

Cette totale mutualisation des coûts de la base européenne pourrait s’accompagner d’une européanisation d’Arianespace.

Mutualisation du CSG Kourou, contre transformation d’Arianespace en société vraiment européenne ?

Cette transformation de la société commercialisant le lanceur européen est en tout cas le souhait de trois « pères » français du lanceur Ariane, auxquels se sont joints trois Allemands, un Belge, un Italien, un Suédois, un Suisse qui ont œuvré pour son succès dans les années 70 et 80.

Ils avaient adressé une lettre ouverte le 20 janvier 2008 au Directeur Général de l’Agence Spatiale Européenne et aux membres de son Conseil et de son Comité Directeur Lanceurs. Cette lettre évoquait les aspects technico-commerciaux détaillés plus loin ainsi que ce souhait de transformer Arianespace et le CNES, après des décennies de fonctionnement.

Arianespace a été conçue à la fin du développement d’Ariane 1 comme une structure européenne destinée à
-  assurer une commercialisation efficace du lanceur
-  et à motiver sur cet objectif les industriels participant au programme.

La première partie de cette mission est aujourd’hui raisonnablement remplie, mais la seconde l’est beaucoup moins, la société apparaissant à beaucoup de Partenaires comme trop française. Force est en effet de constater que la structure de la société a évolué vers une situation dans la quelle la quasi-totalité de son état-major et de son personnel est de nationalité française.

La motivation et la solidarité de l’ensemble des acteurs impliqués ont constitué un élément important de la réussite du programme et, dans une période où elle ont perdu de leur élan, des initiatives visant à les relancer doivent être recherchées.

Dans cet esprit le moment paraît venu de rechercher une meilleure européanisation d’Arianespace en menant parallèlement deux actions :
-  la cession des actions détenues par le CNES à l’Agence, ce qui supposerait qu’une formule juridique adéquate soit activement recherchée, et/ou à certains partenaires industriels minoritaires
-  l’introduction progressive aux divers échelons de son organigramme de personnels de nationalité non française.

Cette double démarche serait cohérente avec le transfert du CNES à l’Agence Spatiale Européenne des compétences techniques existant dans le domaine des lanceurs.

Ariane déclassée d’ici peu, si on n’engage pas les investissements nécessaires fin 2008

Revenons à la question du passage à Ariane 5 ECB : après les déboires rencontrés avec les premiers exemplaires de la version actuelle Ariane 5 ECA [4], l’Agence Spatiale Européenne a décidé il y a plusieurs années de suspendre les développements du moteur Vinci réallumable.

Avec le risque que la fusée Ariane ne soit plus capable dans quelques années d’envoyer les satellites deux par deux, du fait de l’augmentation régulière de la masse des satellites (moyenne observée de croissance : 125 kg par an sur les 25 dernières années). [5]

C’est pourquoi les dix dirigeants cités plus haut ont écrit cette lettre ouverte en janvier 2008.

Des satellites de plus en plus lourds

L’étude d’Euroconsult qu’ils citent dans cette lettre donne des éléments très intéressants à ce sujet. Parmi les 68 satellites recensés et accessibles à Ariane 5 dans la période 2011-2014, dont 57 de plus de 2,5 tonnes GTO :
-  43 sont éligibles pour Ariane (plus de 3,5 tonnes GTO) [6]
-  dont 4 sont entre 6,5 et 7,5 tonnes GTO.

Donc près de 10% des satellites (4 sur 43) nécessiteraient un vol simple Ariane 5 ECA dès ces prochaines années. [7]

Cette proportion augmentera les années ultérieures. Si la même tendance à l’alourdissement des satellites se poursuit, à un rythme plus faible (+100kg/an) sur les 5 années ultérieures (2015-2019), et si le nombre de satellites total n’augmente pas, alors les chiffres précédents deviennent 57 satellites de plus de 3 t GTO, dont :
-  14 satellites entre 3 et 4 t
-  13 satellites entre 4 et 5 t
-  15 satellites entre 5 et 6 t
-  11 satellites entre 6 et 7 t
-  4 satellites de plus de 7 t

Les satellites entre 4 et 5 t pourraient être appariés deux à deux, et ceux entre 5 et 6 t pourraient être appariés avec ceux entre 3 et 4 t.

Restent alors 15 satellites de plus de 6 tonnes, sur 57, qui nécessiteraient un vol simple sur Ariane 5 ECA. Soit 26% (4 fois plus que dans les 5 ans précédents...), pour lesquels les tarifs de la concurrence seront nécessairement plus attractifs.

Le risque serait donc de laisser échapper les plus rentables des satellites...

Une concurrence à venir tous azimuts, notamment asiatique

Cette concurrence est notamment chinoise (Longue Marche 5 prévue en 2014, 1,5 à 14 tonnes GTO), japonaise (H-2B) ou même indienne (GSLV et PSLV), pour des lanceurs de plus en plus lourds.

La possibilité d’envoyer deux (gros) satellites est en effet un atout constant pour le lanceur Ariane, depuis des décennies. C’est un atout essentiel pour faire face à la concurrence russe, et à l’émergence d’une concurrence chinoise, indienne, brésilienne, qui n’ont pas du tout les mêmes coûts... Et aussi pour résister à la concurrence des lanceurs américains, qui bénéficient de lancements étatiques nombreux, à des coûts bien plus élevés que ceux d’Ariane.

Il est également essentiel de rappeler :
-  le chiffre d’affaires annuel d’Arianespace (1 milliard d’euros, pour 7 lancements, 14 satellites)
-  le CA global des activités spatiales européennes : 3 milliards d’euros par an,
-  le montant de l’accès à l’espace (EGAS) : 960 M€ pour la période 200-2009 [8],

ce qui donne une idée de l’ordre de grandeur des enjeux et de garder en mémoire que :
-  il faut 5 à 8 ans pour développer un nouveau lanceur
-  le développement du moteur Vinci pourrait être fini en 2015 au mieux
-  le niveau de l’euro par rapport au dollar (1,60 actuellement !) rend de plus en plus difficile la résistance par rapport à la concurrence asiatique, pour ne parler que de celle-ci.

Le mot des 10 anciens dirigeants et/ou pères d’Ariane sonne donc juste : maintien du leadership ou déclin !

[1] Intervention de Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, pour l’ouverture du colloque « L’Espace au service des citoyens européens », Jeudi 5 juin 2008, Assemblée nationale.

[2] Hors frais ELA (Ensemble de Lancement Ariane) mis à disposition d’Arianespace par l’ESA, et hors frais variables, pris en charge par Arianespace.

[3] L’avenir d’Ariane en question.

[4] Le gel du financement (315 M€) de ce moteur Vinci, destiné à Ariane 5 ECB, avait été décidé le 27 mai 2003, suite aux décisions de consolidation du lanceur Ariane 5 ECA.

[5] Ariane : LEADERSHIP OU DECLIN.

[6] 14 satellites étant entre 2,5 et 3,5 tonnes GTO ce qui les rend lançables par Soyouz depuis le CSG de Kourou, dès 2009, jusqu’à 3,2 tonnes GTO

[7] Inquiétudes pour l’avenir du transport spatial européen, manifestées par dix pionniers du programme Ariane. et Blog Ariane Demain.

[8] accordés pour financer une partie importante des coûts fixes d’Ariane 5


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