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L’accord franco-britannique de 2010 perd sa disposition la plus forte : des porte-avions communs.

L’entente ’formidable’ victime du fiasco du F-35

L’interopérabilité des porte-avions français et britanniques bien mal partie. Complément au 4 et 13 mai, 13 juillet et 3 octobre 2012.
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dimanche 29 avril 2012.
 
Auteur(s) et leurs articles

L’accord entre Londres et Paris de fin 2010 (qualifié "d’entente formidable") visait à rendre compatible un des deux futurs porte-avions britanniques, le "Prince of Wales" (sortie prévue en 2019), avec le "Charles de Gaulle" français, pour assurer la présence en mer d’au moins l’un des deux. [1] [2]

Un accord franco-britannique
bien mal en point,
malgré ses avantages escomptés

Car chaque porte-avion ne peut en effet rester disponible en mer qu’environ 60% du temps, pour permettre la maintenance de tous les équipements, et les restrictions budgétaires en France et au Royaume-Uni ne permettent pas de financer ou maintenir en mer un 2e porte-avion national.

L’installation d’un nouveau système américain EMALS de catapultes (électromagnétique) et de brins d’arrêt sur le "Prince of Wales" devait permettre l’appontage des avions britanniques (futurs F-35C), français (Rafale notamment) et américains (F-18 Hornet ou Super Hornet et F-35C notamment [3]), ainsi que les avions Awacs et de guerre électronique, alors que ce porte-avion britannique était prévu initialement pour n’accueillir que des futurs avions F-35B à décollage court et atterrissage vertical.

En période de restrictions budgétaires drastiques, du fait de la crise ayant des effets majeurs au Royaume-Uni, cela avait aussi plusieurs autres avantages :
-  les F-35B à atterrissage vertical étaient le maillon le plus faible du programme F-35 JSF, car le plus complexe et délicat à réaliser, et sujets à risques élevés
-  ces F-35B sont aussi nettement plus chers que les F-35C plus conventionnels
-  enfin, ces F-35B offrent moins d’autonomie, et moins d’emport que les F-35C.

Les bénéfices de cette décision étaient donc nombreux (sans compter la possibilité d’accueillir aussi des avions Awacs et de guerre électronique, ainsi que de futurs drônes) [4] malgré l’obligation de tirer un trait sur un des deux porte-avions, le "Queen Elizabeth" dont la construction était apparemment trop avancée (sortie prévue en 2016) pour permettre l’installation de catapultes.

Un programme F-35 vraiment hors contrôle

Mais les dernières péripéties [5] du programme JSF F-35, le plus coûteux de l’histoire, auront peut-être raison de cette décision : plusieurs tests d’appontage du F-35C ont montré l’impossibilité, pour le moment, de cet avion de poser sur un porte-avion... [6] Le problème est grave, il n’est pas sûr qu’il puisse être réglé, et il ne sera pas de toute façon avant 2025 [7] ; ce qui reporterait la mise en service du "Prince of Wales" d’au moins 6 ans, et qui a provoqué cette volte-face des amiraux britanniques, en faveur du F-35B. Qui n’envisageaient pas avec un grand enthousiasme l’appontage de F-18 américains, ou de Rafale français, en attendant la résolution, non garantie, du problème F-35C.

Mais quelle est donc cette dernière péripétie de la version navale du F35 ? La crosse d’appontage (pour accrocher les brins d’arrêt sur la piste du porte-avions) est tout simplement très mal placée, du fait de la position du radar, et un nouveau dessin de l’avion pourrait remettre en cause la furtivité de l’appareil, sa supposée invisibilité pour les radars ennemis : la forme de l’avion joue en effet un rôle essentiel dans la diminution des échos radars.

Une furtivité du F-35 trop ambitieuse ? En tout cas très contraignante, et très coûteuse

Or cette furtivité est l’atout majeur du F35, c’est elle qui en ferait un avion révolutionnaire, au point que de nombreuses fonctionnalités ont été sacrifiées pour assurer cette invisibilité radar ! Ce qui tranche d’ailleurs avec les choix faits pour tous les autres avions (furtifs russes et probablement chinois, ou discrets européens Eurofighter, Gripen et Rafale) : la "signature électromagnétique" y est certes fortement réduite, mais sans mettre en cause des fonctionnalités habituelles (emport, communication avec d’autres avion, etc.), puisque les progrès futurs dans les radars risquent fort de venir à bout, dans 10 ou 20 ans, de cette invisibilité.

Au passage, certains de ces sacrifices pourraient même s’avérer très risqués pour la ’survivabilité’ de l’avion : pour qu’ils n’aient pas d’écho radar, les missiles sont placés dans une soute interne, et le temps nécessaire pour ouvrir la soute pourrait suffire à tirer trop tard ces missile d’attaque mais aussi d’auto-défense...

En tout cas, ce qui est sûr c’est que les coûts de ce programme F-35, très (trop ?) ambitieux ne sont pas sous contrôle [8] [9], faute de précaution élémentaire [10], et que le prix de vente unitaire de cet avion, qui devait être bon marché, devrait dépasser les 100 millions de dollars, si ce n’est 150 millions, malgré sa vente à 3000 exemplaires. Et ce n’est pas prêt de baisser, puisque les pays partenaires se mettent tous [11] [12] à réduire le nombre commandé [13], ce qui renchérira mécaniquement les coûts unitaires de développement, de production et de maintenance. Sans d’ailleurs que les pays partenaires en tirent le bénéfice escompté. [14] [15]

« Après plus de neuf ans de développement et quatre de production, le programme JSF n’a pas totalement démontré que le design de l’avion est stable, que les process de production sont matures, et que le système général est fiable », s’alarmait la Cour des Comptes étatsunienne (GAO) le 19 mai 2011, soulignant que seuls « 4% des capacités du JSF ont été validées par les tests en vols ou en laboratoire ». [16]

Du coup, la dernière estimation américaine [17] est de 1510 milliards de dollars [18] (qui n’inclut même pas les coûts de cette dernière péripétie du F-35C, qui n’est pas minime, puisqu’il n’est pas sûr qu’elle puisse être résolue !), sur 55 ans, pour 2443 avions US, soit quand même 11 millions de dollars par an et par appareil...

Et pour le montant de l’acquisition (395 milliards de dollars), une augmentation de 162 milliards de dollars, entre 2001 et 2011, soit + 75%, sans compter que le montant en 2001 correspondait à 2866 avions [19], soit encore 17% de plus ! L’américain Philip Ewing fait une comparaison intéressante entre l’avion italien Spartan, d’Alenia, qui vole et ne coûte que 2 milliards de dollars, et dont l’acquisition vient d’être interrompue, et le F-35 qui rencontre beaucoup de difficultés, et dont l’estimation actuelle des coûts est de 395 milliards, et ce n’est pas fini... [20]. Puisque seuls 20% des tests sont réalisés (fin prévue en 2019), et qu’il faudra modifier les centaines d’avions fabriqués entre temps. [21]

Le F-35 n’est pas seulement coûteux à l’achat, mais serait aussi très cher à l’utilisation, selon un rapport de la Cour des Comptes Australienne "Management of Australia’s Air Combat Capability- F-35A Joint Strike Fighter Acquisition" : "Chaque F-35A devrait coûter 35 500 dollars (australiens ?) par heure de vol" [22] estimation qui est :
-  bien plus élevée que les coûts d’heure de vol programmés du Rafale, qui devraient "selon le ministère de la Défense, diminuer à 10 000 euros pour les Rafale C et B, et à 7 000 euros pour le Rafale M en 2012" [23],
-  et 3 fois plus élevée que les pourtant vieillissants F-18 australiens (11 770 dollars (australiens)/heure).

Et ceci bien que le F-35 soit mono-moteur, au contraire des bi-réacteurs Rafale et F-18 [24], et qu’il s’agit ici de la version la plus simple (F-35A) de cet avion ’le plus cher de l’histoire’.

Hors furtivité, un F-35 bien pâle face au F16 et au Rafale

Alors que le F-35 devait être, pour remplacer le F-16, vendu à 4500 exemplaires, un avion à bas prix : les Etats-Unis prévoyaient au total d’en fabriquer 6.000 exemplaires environ, dont la moitié à l’export pour un prix officiellement annoncé en 2002, compris entre 31 et 35 millions de dollars (en dollars 2002). [25]

Et alors que ses qualités hors furtivité (aérodynamisme, manoeuvrabilité, rapport puissance/poids, etc.) en font un bien piètre compétiteur, face au Mig 29, à l’Eurofighter, ou au Rafale. Et même au F-16, qu’il est censé remplacer, et qui date de 40 ans !

"Inabordable médiocrité" [26], le programme F-35 fait l’objet de pressions au Congrès pour en baisser le budget. [27] "Médiocre au mieux" [28], au Canada il fait l’objet ces dernières semaines de vives polémiques, pour ses dérives de coûts" [29].

Au passage, on ne peut que constater les différences considérables chez Lockheed Martin (qui avait racheté General Dynamics en 1993) entre le programme F-16, lancé il y a 40 ans, et ce programme F-35 qui ne bénéficie manifestement pas des mêmes compétences en matière de gestion de projet et de conception d’avion !

General Dynamics, petit poucet dans l’aéronautique américaine, avait su relever le défi lancé en 1971 par le Pentagone, et avait gagné contre tous les autres avionneurs US, mettant au point le démonstrateur très novateur YF-16 qui donnera naissance au F-16. General Dynamics, bien aidé par la puissance des Etats-Unis, en a fait un succès planétaire, et exemplaire [30]. Y a t il un lien, les dirigeants de General Dynamics se seraient-ils inspirés du rapport Rand Corporation (1973), toujours est-il que le premier YF-16 sortit d’usine à la fin de l’année 1973, et que le "contrat du siècle" fut signé en 1975 (Belgique, Danemark, Pays-Bas et Norvège), contre Dassault qui proposait son Mirage F1-E...

Étant donné la très mauvaise gestion du programme F35, et les très gros problèmes rencontrés et mal arbitrés apparemment, il faut croire que les excellents concepteurs du F-16 sont depuis partis à la retraite, sans avoir pu intervenir dans la conception du cet avion, et sans avoir rappelé les conclusions du rapport Rand Corporation... [31].

Et au sujet de la comparaison Rafale F35, sur les blogs britanniques du site "Flight International", l’ancien pilote Peter Collins de la RAF, très élogieux dans son témoignage sur le Rafale, et les rédacteurs en rajoutent, notamment dans un article intitulé : « Rafale beats F-35 & F-22 in Flight International » qui fait débat avec plusieurs dizaines de commentaires.

Le F-35 et le F-22, de "5ème génération", sont jugés, à cause de leur furtivité, et par rapport au Rafale, trop coûteux et pas assez armés. Le Rafale, comme appareil de 4ème génération, est alors un excellent concurrent, selon le site britannique :
-  C’est la crise et les dépenses du Royaume doivent être revues à la baisse
-  C’est le seul appareil européen à être proposé en version embarquée également
-  Le Rafale a gagné sa définition d’appareil « omnirôle »
-  Le Rafale est « en Europe, le véritable multiplicateur de force » par excellence.

Mais là n’est pas le point de vue officiel outre Manche.

Les choses se corsent, les Etats-Unis veulent dissuader le revirement britannique

Officiellement le dernier revirement britannique serait lié à une hausse importante des coûts de l’installation des catapultes sur le porte-avion "Prince of Wales" [32], passant de 400 millions de livres à 1,8 milliard.

Ce que s’est empressé de démentir Sean J Stackley, assistant secretary of the US Navy, à la mi mars 2012, parlant de coût de £ 400 + 458 millions (au lieu de 2 milliards au moins). Mais Stackley a aussi clairement réaffirmé le souhait américain que le porte-avions britannique puisse accueillir des F35C américains, et même en héberger un escadron (avec des locaux du Porte-avions réservés aux américains), sous-entendant que le F35-B pourrait être abandonné par le Pentagone, du fait de problèmes technologiques... [33]

Bref, les difficultés sont sérieuses, et si bras de fer il devait y avoir (public ou opaque) entre les britanniques et les américains, il n’est pas sûr que les britanniques l’emportent : le programme F-35 est à la fois si coûteux et si stratégique, que les Américains pourraient décider de sacrifier la version F-35B à atterrissage vertical, commandé à seulement 350 exemplaires, pour sauver la version F-35C porte-avions, commandée en bien plus grand nombre, même au prix d’un report à 2025. Ce faisant, ils obligeraient le Royaume Uni à utiliser pendant au moins 6 ans des F-18 et/ou des Rafale sur leur porte-avions dans l’attente de F-35C, ou bien à n’avoir aucun avion sur leurs porte-aéronefs si la version F-35B était abandonnée ...

La rivalité Rafale - Eurofighter en arrière plan ?

Certains britanniques suspectent d’ailleurs BAE de faire pression en faveur d’un retour au F-35B, notamment du fait de sa position de monopole au Royaume Uni, et de fournisseur à la fois d’avions et de navires. [34] [35] Il est en effet aisé pour BAE de prétexter des coûts d’adaptation énormes, alors qu’ils seraient artificiellement gonflés pour faire pencher la balance dans le sens des intérêts de BAE (constructeur de F-35, mais aussi de l’Eurofighter, et donc intéressé de vendre les évolutions (air-sol) de l’EF à horizon 2018, alors que le F18 et le Rafale offrent déjà, à moindres coûts, ces possibilités.

Bien sûr les britanniques opposeront des raisons stratégiques inverses à celles des Etats-Unis (le F-35 est également très stratégique pour le R.U., mais on l’a vu, ce serait son volet F-35B qui le serait le plus), mais peuvent-ils faire le poids, même si BAE est le seul contractant de rang 1 dans le programme F-35 ?

N’oublions pas non plus que BAE n’est pas le seul acteur industriel à profiter d’un revirement en faveur du F-35B : depuis la décision américaine, pour faire des économies de développement, de ne plus offrir le choix des réacteurs Rolls-Royce pour les F-35A et C, la seule façon pour le motoriste britannique de continuer à fournir ce programme F-35 est que la version F-35B soit maintenue. Le revirement de Cameron vise donc aussi à préserver et défendre les intérêts de Rolls-Royce.

En toute hypothèse la volonté de Londres n’est pas d’accueillir des Rafale sur leur(s) porte-avions, même à titre temporaire. Déjà le 17 février 2012, le communiqué commun Cameron - Sarkozy, pour faire le point sur la poursuite de la coopération dans le domaine militaire entre Paris et Londres était revenu sur cet aspect : la France et le Royaume-Uni se donnent comme objectif de disposer d’un groupe aéronaval conjoint intégré d’ici 2020, « comprenant des bâtiments appartenant aux deux pays ». En clair, il n’est pas question de voir des Rafale sur un porte-avions britannique, ni de F-35C sur le Charles de Gaulle. [36]

Comme il était apparu que le F-35C ne pouvait être utilisé sur le Charles de Gaulle (trop lourd [37] apparemment, pour décoller et/ou apponter, ou du fait des surpoids du F-35 ?), la nécessaire réciprocité aurait supposé que des avions britanniques autres puissent le faire, et ce ne pouvait être que des F-18 ou des Rafale... Depuis la sélection du Rafale en Inde en janvier 2012, c’était too much...

Et de toute façon, "on avait beaucoup exagéré les possibilités de rapprochement en la matière. En effet, poser un avion sur un porte-avions est une chose, le mettre en oeuvre en est une autre. On a vu des Rafale se poser sur des porte-avions américains et participer à quelques exercices, mais imaginer que les avions français ou britanniques puissent être mis en oeuvre, de manière opérationnelle, à partir de porte-avions de l’un ou l’autre pays est une pure vue de l’esprit. Ne serait-ce que parce qu’il faut tout le soutien mécanique et l’armement des avions : il faut beaucoup de place et beaucoup de monde pour s’en occuper. Où les mettrait-on ?" [38]

Remarquons aussi au passage, pour ceux des Français qui sont tellement aptes à l’auto-dénigrement, que les choix techniques français n’ont pas été vers un splendide isolement, mais au contraire en faveur d’une interopérabilité maximale. Et que cette interopérabilité avec les porte-avions américains était la meilleure chance d’une éventuelle interopérabilité future avec les porte-avions alliés, notamment britanniques et italiens. Les choix initiaux (F-35B) de ces deux pays n’ont pas été dans le même sens et les récents rebondissements du F-35, F-35 C en l’occurrence, (et probablement pas les derniers) auront apparemment raison d’une interopérabilité plus grande entre au moins deux pays européens. Si la version F-35B est bien préservée.

Et quid des drônes franco-britanniques et éventuellement allemands ?

Car toute la question est donc : avec ce programme F-35 totalement hors normes par ses ambitions probablement démesurées, et au moins financièrement hors contrôle, si ce n’est techniquement, la version F-35B pourra-t-elle être maintenue, malgré ses risques technologiques [39] et ses surcoûts ? Alors que la version F-35C plus stratégique pour les Etats Unis se révèle à son tour très problématique, à la fois en coûts et en délais ?

La Grande Bretagne qui veut absolument défendre l’Eurofighter, en perte de vitesse sensible depuis la sélection du Rafale par l’Inde, va tout tenter pour éviter la très probable éviction du marché de son avion de combat, à la fois moins polyvalent, moins performant et plus cher que le Rafale. Il est cependant peu probable que l’Eurofighter parviendra désormais à remporter, sans corruption, des compétitions d’importance significative face au Rafale, et au F-35 comme au Japon récemment, d’autant que les 4 pays partenaires sont en panne de financements pour les capacités air-sol souhaitées pour 2018 par le Royaume Uni (excepté l’Allemagne qui est moins demandeur).

Auquel cas le Royaume-Uni paierait cher, très cher, 30 ans plus tard, et les autres pays du Tornado à sa suite (Allemagne, Italie puis Espagne), le forcing britannique, quasi-obsessionnel, fait face à la France pour imposer une version dérivée du moteur Rolls Royce RB199 du Tornado de pénétration (pour faire d’une pierre deux coups et remotoriser les Tornados britanniques d’interception "asthmatiques"). Plutôt qu’une version plus légère étudiée alors par Snecma, et qui deviendra le M88 du Rafale. Ceci si l’on en croit Germain Chambost [40], qui attribue à ce point particulier et décisif l’échec des négociations entre les pays souhaitant un EFA (avion de combat européen) et le final cavalier seul de la France. Il se pourrait bien cependant que la volonté britannique d’obtenir un nouveau moteur pour les Tornado n’était qu’une version officielle pour appuyer leur demande que Rolls Royce soit le motoriste du nouvel avion, et non Snecma. [41] [42]

Souhaitons simplement que ces nouvelles péripéties n’empêcheront pas la résolution des rivalités sur les futurs drônes, entre les deux projets Royaume Uni + France (BAE+Dassault) et Allemagne (Eads Talarion) : n’est-il pas temps de trouver enfin un accord pour éviter ces guerres fratricides ?!

En attendant, la décision britannique récente de revenir au F-35B, pour la Royal Air Force et la Royal Navy, suscite des critiques vigoureuses outre Manche, dont celle de James Bosbotinis, spécialiste des questions maritimes et stratégiques, doctorant au King’s college et associé au centre Corbett pour les études de politique maritime, pour qui ce choix a des "implications désastreuses pour la puissance aérienne britannique". Pour plusieurs raisons : la capacité limitée du F-35B, son coût non négligeable, l’absence de réflexion à long terme, la perte de profondeur stratégique ou la remise en question de la valeur ajoutée de l’aviation britannique vis-à-vis des autres alliés... [43]

Notons aussi que la sélection du Rafale par l’Inde a fait des dégâts : "BAE cogne à bras raccourci sur le consortium Rafale en Inde après la sélection du chasseur français par New Delhi. « On n’a jamais vu une telle violence », assure un proche du consortium".

Y compris dans la coopération BAE-Dassault : "le projet de drone franco-britannique, pour parler clairement, est au point mort : le Royaume-Uni apparaît peu motivé, au point d’envisager de lancer une compétition impliquant aussi le Talarion d’EADS et l’Avenger (successeur du Reaper) de l’américain General Atomics". [44]

Messieurs les journalistes, ne tirez pas sur l’ambulance britannique !

Quoi de plus ’naturel’ pour des équipes qui avaient été confortées longtemps dans leurs convictions (l’Eurofighter est un avion exceptionnel, et bien meilleur que le Rafale) par quelques ventes export !

Qu’au moins une partie de ces succès export soit due à la revente à l’Autriche d’appareils allemands de la première "Tranche", et à l’Arabie Séoudite des avions initialement commandés par le Royaume Uni ne les avait pas effleurées. Et le retour à la réalité fait d’autant plus mal.

Dans l’accompagnement des changements, la première étape est le déni, la deuxième la colère, et c’est bien dans cette phase que les équipes de BAE et du Gouvernement britannique se trouvent.

Viendra ensuite (quand ?) la phase de marchandage ("dites docteur, je vais garder un dixième à un oeil, non ?" [45]), puis une profonde tristesse, avant la phase d’acceptation de la réalité (oui le Rafale est un excellent avion, et ses qualités vont le faire remporter d’autres compétitions).

Cette dernière phase permettra de revenir à une coopération efficace. Souhaitons simplement que des décisions aberrantes n’auront pas été prises entre temps, qui limiteraient par la suite l’ampleur de la coopération.

Pour cela, il convient à tous, y compris aux journalistes, de ne pas jeter de l’huile sur le feu ("coup de poignard britannique", "La trahison britannique‎"), avec des déclarations incendiaires à l’endroit de nos amis britanniques : n’y a t il pas assez de problèmes à résoudre, en cette période de crise ?

De toute façon, la santé financière de notre pays, aujourd’hui et dans les prochains années, peut-elle nous autoriser à faire les malins ?

[1] Pour rappel : "Mer et marine", 9 janvier 2012 "Rapprochement américano-britannique autour des porte-avions", et 2 avril 2006 "Petits réglages « entre amis » pour Londres et Washington", le programme F-35 fait décidément l’objet de nombreuses péripéties

[2] Bonne synthèse, en anglais, sur ces questions : The Guardian, 9 mai 2012 "Government forced into U-turn over Royal Navy fighter jets", et qui confirme ce que nous annoncions fin avril 2012.

[3] A l’exclusion cependant des F18 E/F, Super Hornet, selon les informations de Jean-Dominique Merchet, ("La Royal Navy s’intéresse au Rafale"), puisque les F-18 E/F seraient trop lourds pour le pont du porte-avions britannique. Il faudrait donc renforcer sa structure, utiliser des anciens F/A-18 C/D Hornet... ou acheter des Rafale.

[4] Bruxelles2, 13 juillet 2012 "Le choix du F-35B : couteux, désastreux (expert UK)",

[5] Ces péripéties semblent tellement nombreuses pour le Pentagone, qu’il a récemment changé les critères de test pour permettre au F-35 de les réussir... pour que l’"avion de combat furtif en sur-poids, en sur-coût, en très fort retard, puisse éviter un nouveau scancale bien embarrassant" "Pentagon Helps New Stealth Fighter Cheat on Key Performance Test"

[6] az-aviation.com 17 janvier 2012 "... Un audit du F-35 effectué par le ministère américain de la défense et remis le 29 novembre dernier, a identifié 13 problèmes de conception du “Joint Strike Fighter” (toutes versions confondues) et a remis en cause la décision de lancer la production en masse du chasseur avant que le programme d’essai ait été terminé. ..." "Le F-35 version “porte-avions” ne peut pas apponter"

[7] Et cette impossibilité d’appontage, pendant quelque temps, a probablement incité Leon Panetta, successeur de Robert Gates au Pentagone, à décider en janvier 2012 que les progrès accomplis par le F-35B ont été assez satisfaisants pour annoncer la fin de cette période probatoire du F-35B... opex360.com, 23 janvier 2012 "Quelques bonnes nouvelles pour le programme F-35"

[8] Defense-aerospace.com, 12 mars 2012 "ANALYSIS : F-35 LRIP 5 Contracts : Unit Cost Tops $200M for First Time"

[9] Bruxelles2, 27 avril 2012 "JSF / F35 : un prix qui s’envole, un rapport canadien qui décoiffe"

[10] "Au milieu des années 1990, les États-Unis ont souhaité regrouper au sein d’un même programme plusieurs projets de remplacement d’avions de combat,cherchant à concevoir et produire un « avion de combat universel ». À la fin de l’année 1994, le concept d’avion de combat interarmées (ACI) est validé, son caractère interarmées devant faciliter la production et réduire les coûts, d’autant que le programme était ouvert à des partenaires étrangers et permettre ainsi la production de plusieurs milliers d’appareils. Contrairement aux programmes antérieurs, le prix final devait être un élément fixe : en cas de besoin supplémentaire, seuls les autres paramètres (calendrier de livraison, versions,nombre d’appareils commandés...) seraient corrigés.

La phase de démonstration engagée en 1996 s’est terminée en 2001 après de très importantes difficultés techniques, l’avion de Boeing (X-32) n’ayant par exemple pas réussi à satisfaire tous les critères. Les problèmes rencontrés lors de la phase de démonstration auraient dû inciter à beaucoup de prudence. Pourtant, comme le souligne le rapport du directeur parlementaire du budget du Canada, « aucun examen officiel n’a été entrepris pour évaluer les résultats de la [phase de démonstration du concept] et déterminer si les objectifs fixés pour l’ACI pouvaient être atteints, ou bien si d’autres solutions pourraient s’avérer plus rentables pour assurer le remplacement d’avions de combat ». De surcroît, ... le prix est redevenu un élément variable." Rapport Assemblée Nationale, 2011.

[11] Au Canada, une polémique persistante, sur les coûts sous-estimés du programme, 3 avril 2012 "F-35 : un rapport accablant"

[12] Avia news, 28 mars 2012 "F-35 : on souffle le chaud et le froid !"

[13] Aux dernières nouvelles, la Belgique rejoindrait le club JSF en Europe, pour aider les Pays Bas à "se débarrasser" d’une partie de ses coûteux 80 F-35 commandés... "Le Benelux existe, le JSF l’a requinqué"

[14] "Le JSF/F-35 en Europe : le prix du pragmatisme, 2006", et en version diapositives Powerpoint.

[15] Metro Montréal, 4 mai 2012 "F-35 : Industrie Canada cherche plus de retombées"

[16] Blog "Supersonique", 19 juillet 2011 "F-35 / JSF : chronique d’un échec annoncé".

[17] "Un accroissement de rien moins que 450 milliards sur une seule année dont seul un tiers est attribuable à l’inflation..." DSI "Mauvaise surprise pour le programme F-35 : le coût total s’accroît de près de 50 % en un an"

[18] Mer et Marine, 12 avril 2012 "Bataille de chiffres autour du coût du programme F-35"

[19] sur "Slate.fr", 7 mai 2012 "Le F-35, la ruine du Pentagone", la traduction de l’article de "Foreign Policy, 26 avril 2012 The Jet That Ate the Pentagon"

[20] DoDbuzz, 30 avril 2012 "A tale of two airplanes".

[21] "Foreign Policy, 26 avril 2012 The Jet That Ate the Pentagon"

[22] Blog Eric Palmer, 28 septembre 2012 "Using American dollars, each F-35 is expected to cost $35,500 per flying hour."

[23] "Les avantages indéniables du Rafale vs l’Eurofighter"

[24] Le coût de l’heure de vol est très lié à celui du coût d’entretien du ou des moteurs.

[25] La Tribune, 4 mai 2012, excellente synthèse. "Le F-35, grandeur et décadence du programme militaire vedette américain"

[26] "Foreign Policy, 26 avril 2012. Article qui détaille l’histoire de cet avion, qui explique les errements de ce programme si mal conçu et géré The F-35 is a boondoggle. It’s time to throw it in the trash bin..

[27] Los Angeles Times, 19 avril 2012 "F-35 fighter jet’s escalating costs are on Washington’s radar"

[28] "F-35 Tale of the Tape"

[29] La Presse Canadienne, le jeudi 26 avril 2012 Fiasco des F-35 : le gouvernement a-t-il été dupé ou a-t-il participé sciemment ?"

[30] General Dynamics et Dassault ont d’ailleurs été comparés par certains, et en tout cas le rapport du think tank Rand Corporation pour le compte de l’US Air Force, publié en 1973, concluait à "l’excellence et à la singularité de Dassault, malgré une taille sans commune mesure avec celle des firmes américaines". Suggérant "aux décideurs américains en matière d’avions de combat de ne point répugner à s’inspirer de l’exemple Dassault" dans ce domaine. Voir "Rafale, la véritable histoire", Germain Chambost, Le cherche midi, 2007.

[31] Sur le rapport Rand Corporation, 1973, lire le très instructif commentaire de F.Boizard "Un peu de culture industrielle : la réussite de Dassault Aviation vue par les Américains".

[32] L’Express, 4 mars 2012 "L’accord Paris-Londres sur les porte-avions communs menacé"

[33] The Telegraph, 24 mars 2012 "Aircraft carrier costs will be half what you think, US tells ministers"

[34] Lire notamment l’article très instructif et très documenté "The register", 18 avril 2012 "US carrier kit would be really expensive ... says BAE" "... But the catapult carriers are pure poison for BAE nonetheless. Once the UK has a catapult carrier, there will naturally be a push to put some planes on it. No matter what the British government says, there’s no realistic prospect of any serious number of F-35Cs being available for much of the ship’s early life at the very least. The 2010 SDSR documents projected that Britain would field an air group of just twelve F-35Cs in the early 2020s, and this is almost certainly an overestimate : the F-35C has suffered cost increases and delays since then.

Realistically, on current plans HMS Prince of Wales will arrive in service with catapults all complete in just a few years’ time, and barely a handful of British F-35Cs - if any at all - will be available to fill her vast hangars, able to hold 40 planes with ease.

So the only combat planes able to fly from Britain’s new flagship will be F-18 Hornets as operated by the US Navy, or Rafales as used by the French. US and French jets were always expected to be visitors to Britain’s carriers, of course : but nobody thought they’d be the majority - or only - users."

[35] Lire aussi "F-35 : BAE Systems faces turbulent times over carriers", "Hammond ’still considering carrier options’", "Aircraft carriers will not be reconfigured for French" et "MoD takes flak over aircraft carrier".

[36] Opex360.com, 17 février 2012 "La coopération franco-britannique en matière de défense avance"

[37] Daily Mail, 16 avril 2012 "Cameron in humiliating u-turn on future of Britain’s aircraft carriers with return of jump jet"

[38] Secret Défense, Marianne2, 13 mai 2012 "F 35 britanniques : what a mess ! (actualisé)"

[39] Defence Talk, 24 avril 2012 "Will The Navy Find A New Aircraft That Can Replace JSFail ?"

[40] "Rafale, la véritable histoire", pages 75 à 77 en particulier.

[41] Voir "Pourquoi la France a eu raison de développer son Rafale"

[42] Ces deux versions des faits sont cohérentes avec ce qui a été écrit ici et là, mais les détails donnés expliquent de façon convaincante l’importance accordée par Londres à son soutien de Rolls Royce ; surtout si l’on se souvient que RR avait frôlé la faillite quelques années auparavant, ce qui avait obligé Airbus (A300) à se rabattre sur un moteur moins puissant (GE finalement, RR ayant quitté le consortium Airbus), et donc un avion significativement moins grand : le véritable projet A300 ("300" passagers) se concrétisera 20 ans plus tard, avec l’A330 et le superbe succès que l’on connait, et qui ne se dément pas.

[43] Bruxelles 2, 13 juillet 2012 "Le choix du F-35B : couteux, désastreux (expert UK)"

[44] Supersonique, 11 mai 2012 "F-35 : le coup de poignard britannique"

[45] Phrase que peut prononcer une personne à qui le médecin avait annoncé qu’elle allait devenir complètement aveugle. Ici le marchandage pourrait se traduire par des tentatives désespérées pour s’assurer que l’Eurofighter est effectivement meilleur que le Rafale, en essayant de l’emporter dans un autre marché export, même petit, en cassant les prix par exemple.


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