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"Une productivité horaire record en France"..., éternel argument !

Productivité horaire ET chômage records en France...

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dimanche 20 mai 2012.
 
Auteur(s) et leurs articles

Bien évidemment, le record de chômage dont nous parlons vise le taux avant les dernières crises en Europe, qui touche particulièrement les pays du Sud comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal.

Cet article est donc un ’coup de gueule’, au sujet de ce sempiternel argument de "productivité horaire record en France". Il est vrai que cette productivité horaire est très élevée en France, et qu’elle est une des plus importantes au monde, même devant l’Allemagne. [1]

Et si nous parlions "productivité par habitant" ?

Mais pour comparer avec les pays dont l’économie est prospère (Allemagne, Pays Bas), où le taux de chômage est très faible, il faut se concentrer sur la richesse produite en France, par habitant, c’est-à-dire la productivité par habitant. Et là le record s’effondre, et l’argument habituel avec lui :
-  Par rapport aux autres pays, il y a beaucoup moins de personnes qui travaillent en France, notamment entre 55-64 ans, seulement un tiers au lieu de la moitié ou des deux tiers dans d’autres pays européens.
-  Par exemple, la productivité horaire en 2006 des travailleurs français était pratiquement égale à celle des travailleurs des Etats-Unis, mais comme l’utilisation de la main-d’œuvre y était aussi nettement plus élevée aux États-Unis (de 25,5 %), le PIB/habitant pour la France était inférieur de 26 % à celui des États-Unis. [2]
-  D’autant que la statistique selon laquelle la productivité horaire en France est plus élevée que dans les autres pays est sujette à caution, du fait que les nombreuses heures travaillées par les cadres, ou les travailleurs indépendants, ne sont pas comptabilisées.
-  Enfin, la difficulté d’accès à l’emploi des actifs les moins productifs (qui est une des causes du chômage en France) biaise vers le haut les statistiques de productivité. Alors que c’est justement un des maux français...

Si donc l’on croise les deux critères (taux d’emploi et productivité horaire), on obtient le tableau suivant [3], avec 4 cases. Où heureusement la France ne se situe pas dans le cas le plus défavorable (taux d’emploi faible et productivité horaire faible). Au passage, remarquez que la Grèce se trouve justement dans cette case, depuis de nombreuses années :

(JPEG)
Taux d’emploi et productivité horaire.

De son côté, après ses efforts considérables liés à la réunification, depuis 20 ans, et après les réformes d’ampleur sous Schröder, l’Allemagne a retrouvé un taux d’emploi fort, alors qu’elle avait depuis longtemps une productivité horaire élevée. L’Allemagne a donc rejoint les pays scandinaves, et les Pays Bas.

Des charges sociales très élevées qui pèsent sur les coûts de production, et donc empêchent d’embaucher

Et pour en revenir à la France : cette productivité horaire est élevée en partie parce que les charges sociales (patronales + salariales) sont parmi les plus élevées au monde. La seule manière de s’y retrouver, pour une entreprise, est donc d’exiger une productivité horaire élevée. Avec au passage un stress parmi aussi les plus élevé au monde. Et aussi indirectement un taux de chômage élevé. Voir par exemple notre article "Pourquoi les charges sociales élevées pénalisent l’économie française.". Avec ce passage ;

"... le niveau élevé d’emplois dans le commerce de détail américain ... provient du très fort développement de magasins spécialisés (électronique, bricolage, jouets, ameublement, sports), à l’utilisation intensive de main d’oeuvre en magasin et aux services à la clientèle très développés (information sur les produits, assistance aux rayons et aux caisses, service après-vente).

Ainsi la chaîne américaine de magasins spécialisés dans le jouet "Toys’R’US" emploie, pour un volume de ventes comparable, entre 30% et 40% moins de salariés dans ses établissements français que dans ses magasins américains.

C’est comme si la France préférait un taux de chômage élevé à une politique active de réduction du coût du travail peu qualifié pour les employeurs." Car contrairement aux idées reçues, les charges "patronales" ne sont pas "payées par le patron", mais par le client... ou empêchent tout simplement d’embaucher plus de personnel !

Et l’on retrouve le fameux "trop de protection sociale tue la protection"...

[1] "Délocaliser n’est pas une fatalité", Le Monde, 27 février 2012.

[2] Source : OCDE Base de données de la productivité, Panorama des statistiques de l’OCDE (édition 2008)..

[3] Un peu d’économie, Jean Paul Simonnet, 23 novembre 2009. "Productivité, durée du travail et emploi"


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