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Proposition des 6 "Sages" allemands (09/11/2011)

Vers un "Pacte européen de remboursement" ?

L’Europe fédérale, enfin, ou la chute !
[ ]
mardi 22 mai 2012.
 
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Une crise systémique d’une ampleur incroyable

Déficits, dettes souveraines, spirales négatives, défiance envers la zone euro, spéculation financière contre les Etats, besoin de croissance à la fois pour enrayer la spirale négative et pour restaurer la confiance...

Mais comment justement baisser fortement les déficits sans trop pénaliser la croissance ? Comment relancer l’économie dans la zone euro sans augmenter la dette ?

Et comment repartir sur de nouvelles bases, sans nuire aux bases même de l’économie de marché, donc sans piétiner en particulier les règles de responsabilité (des pays qui se sont endettés trop largement, des banques qui ont prêté sans contrôle, etc.) ?

Une Europe dans une incertitude gravissime

Pour la zone euro, et l’Union Européenne, la crise en Europe pose des questions que nous aurions dû résoudre, ou au moins commencer à résoudre depuis des années, voire des décennies...

Car la construction européenne est comme une bicyclette, elle suppose de continuer à pédaler pour ne pas tomber. Or, tout occupés avec l’élargissement aux 10+2 nouveaux entrants, nous n’avons pas fait ce qu’il fallait pour "approfondir" l’Union Européenne, notamment pour accompagner la création de l’euro, dont de nombreux économistes dans le monde avaient dit qu’il n’était pas viable !

Première urgence selon Thierry Breton : redonner du temps !

Mais n’est-il pas tout aussi clair que nous ne pouvons pas résoudre en quelques mois des difficultés accumulées pendant des décennies ? Que la Grèce ne peut pas revenir sur une absence d’Etat, de fiscalité, de cadastre en quelques semaines ? [1]Que l’Espagne ne peut pas changer de modèle économique (immobilier, construction par exemple) en un claquement de doigts ? Que des pays comme la France ne peut pas arrêter complètement ses mauvaises habitudes (dépenses publiques excessives, déficit public chronique depuis la fin des années 1970) immédiatement, alors qu’il a fallu des années à l’Allemagne (pays pourtant vertueux) pour mener des réformes importantes et qui commencent à donner leurs fruits maintenant ?

Et vouloir "faire payer" (au sens ’punir’) les grecs pour les innombrables ’erreurs’ ou manipulations, ou chantage (y compris depuis 1981 juste après leur entrée dans la CEE... [2]) n’améliorera pas la situation des grecs, ni des créanciers, ni des partenaires commerciaux de la Grèce, y compris l’Allemagne.

Bref, si les problèmes sont gigantesques, et si l’incertitude sur les élections grecques du 17 juin 2012 fait peser de très graves menaces sur la zone euro, la première question n’est-elle pas de redonner un peu de temps, afin de pouvoir élaborer des vraies solutions, viables ?

C’est en tout cas le message de Thierry Breton, qui avant d’être Ministre de l’Economie, avait dû prendre les questions de surendettement de France Telecom à bras le corps, et avec un succès certain. "Thèmes de campagne : croissances" Sam 26 mai 2012, 17h00 sur LCP. Et qui en PDG d’une entreprise de services informatiques retrouve ces questions de surendettement chez ses clients, avec obligation de trouver des solutions sur le long terme.

L’initiative des "sages" économistes allemands

Dans ce contexte, une initiative nous semble tout à fait pertinente ; elle va exactement dans ce sens de desserrer l’étau insupportable, et un de ses nombreux intérêts est qu’elle nous vient d’Allemagne !

Il s’agit du conseil allemand d’experts économiques, six "Sages" qui critiquaient en décembre le programme d’achats d’obligations publiques par la BCE, tout en faisant une autre proposition : ils proposent une méthode originale pour augmenter la capacité de la zone euro à juguler une contagion de la crise de la dette, si les 440 milliards d’euros du Fonds européen de stabilité financière (FESF) ne suffisent pas.

Le groupe d’économistes propose la mise sur pied d’un "Pacte européen de remboursement". Les pays dont l’endettement serait supérieur à 60% du produit intérieur brut (PIB) mettraient en quelque sorte leur dette excédentaire dans un fonds commun de remboursement. Ils s’engageraient à des réformes et verraient leur dette remboursée sur une période de vint à vingt-cinq ans. En quelques années, ce fonds de remboursement aurait un montant de 2.300 milliards d’euros d’obligations, souligne le rapport.

Cette démarche nous semble particulièrement intéressante, car elle prend en compte toutes les données du problème, en proposant un moyen concret de sortir tout de suite de la crise de défiance envers la zone euro.

Avec une solution qui permet de baisser de façon considérable la pression sur les pays trop fortement endettés, en retrouvant des taux d’intérêt beaucoup plus soutenables, sans exonérer ces pays de leurs responsabilités. Et tout en préservant la croissance dans les pays vertueux comme l’Allemagne  [3], ce qui permettrait de tirer les économies de la zone euro, donc de relancer la croissance sur des bases plus saines.

Une solution en droite ligne avec les intentions et les principes de la construction européenne...

A un niveau plus philosophique, cela permet d’acter dans les faits que la construction européenne est une véritable richesse, pour chacun des membres de la zone euro (et même au passage de l’Union Européenne, car cela bénéficiera aussi au Royaume Uni, à la Suède, etc.), qu’il ne faudrait pas laisser s’effondrer en quelques semaines alors qu’il a fallu des décennies pour la réaliser.

De manière générale, il est clair qu’il s’agit d’une "crise systémique", une crise du système global de la zone euro. Une preuve, parmi d’autres, est que l’Allemagne, qui a pourtant une économie saine et qui est le premier exportateur mondial, ne peut échapper complètement à cette crise, et sa croissance se met à baisser. Ce qui fait que l’Allemagne souhaite aussi contribuer à résoudre cette crise, indépendamment de l’intérêt évident d’avoir des pays voisins en santé économique la meilleure possible.

Mais plutôt que le principe "Too big to fail" appliqué aux banques en 2008 suite à la faillite de Lehman Brothers [4], faute de mieux, car non responsabilisant, cette proposition permet de restaurer la confiance tout en revenant à des taux d’endettement inférieurs à 60% des PIB, différents selon la vertu de ces pays.

Car un des paradoxes dans cette crise de la zone euro, c’est que ce n’est pas la zone euro qui est la plus endettée dans le monde ! N’est-il donc pas aberrant que ce soient certains pays de cette zone euro qui paient (pour leurs erreurs mais aussi) pour tous les autres pays, du fait de taux d’intérêt insoutenables (et qui ne permettent pas à ces pays de sortir de cette crise) ?

Il n’y a en effet "aucune raison pour que la zone euro, dont le déficit 2012 est 2 fois moindre que celui des États-Unis, n’obtienne pas des taux aussi avantageux que les Américains (1,7% sur les obligations à dix ans)". Les taux d’emprunt à 10 ans sont, au 22 mai : 1,47% (Allemagne), 2,77% (France), 5,55% (Italie), 6,03% (Espagne), 7,07% (Irlande). [5]

Faire apparaître une dette au niveau de la zone euro (via la BCE probablement) est donc une manière simple de desserrer l’étau, et en même temps de ne pas encourager les attaques financières spéculatives (jusqu’à maintenant auto-réalisatrices) contre ces pays.

... sans faire fonctionner la planche à billets, solution de facilité très prisée aux Etats-Unis

Et sans faire appel à la planche à billets, utilisées depuis des décennies aux Etas-Unis (et qui est d’ailleurs une des causes profondes de la série des crises antérieures, et de cette crise actuelle), en utilisant un même principe, celui de restaurer la confiance, mais sur des bases beaucoup plus saines.

Est-ce un hasard si cette proposition nous vient d’Allemagne ?

En tout cas, cette initiative est bien perçue par le Parlement européen, qui a adopté début février 2012 une résolution sur la faisabilité de l’introduction d’obligations de stabilité, estimant que les euro-obligations pourraient favoriser la stabilité de la zone euro à moyen terme. La résolution ne prétend toutefois pas que les euro-obligations fournissent une solution rapide pour résoudre les difficultés actuelles dans la zone euro.

Pour faire face aux difficultés immédiates, la résolution invite la Commission européenne à présenter des propositions "pour résoudre radicalement la crise de la dette souveraine actuelle", comme le pacte européen de remboursement de la dette proposé par le conseil allemand d’experts économiques, la finalisation et la ratification du traité sur le mécanisme de stabilité, ainsi qu’une gestion conjointe de l’émission de la dette souveraine.

Une mutualisation des dettes, via des « euro-obligations » (’eurobonds’), est en tout cas clairement évoquée, et même soutenue, par de plus en plus d’acteurs, y compris par exemple par l’OCDE (“Il faut tout mettre sur la table : des obligations conjointement garanties pour recapitaliser les banques, pour financer des projets ou des émissions régulières d’euro-obligations”, selon son chef économiste [6]), et le FMI : la zone euro doit viser à instaurer, au moins « de façon partielle », des euro-obligations selon Olivier Blanchard, chef économiste du FMI. [7]

Vers des Etats-Unis d’Europe ?

Mais pour les Allemands, la mutualisation des dettes publiques ne pourrait advenir qu’avec la création d’un véritable État fédéral européen.

« La solution des euro-obligations n’est pas la solution si on reste dans la situation actuelle où chaque pays gère ses impôts et son budget. Elle le devient si nous mutualisons nos ressources, nos budgets, nos fiscalités. Il faut mutualiser les dettes et les ressources », argumente Dominique Giuliani qui parle alors d’une sortie par le haut pour l’Europe. Toutes les autres voies sont vouées à l’échec selon lui.

« La création des Etats-Unis d’Europe c’est la condition sine qua none de la sortie de crise pour la zone euro. Sans union fédérale, elle ne peut pas exister », abonde l’économiste Marc Touati, auteur de "Quand la zone euro explosera". [8]

Voir ci-dessous la vidéo de présentation de son ouvrage pédagogique, par Marc Touati.

Comme le résume très bien Jean-Pierre Denis (journaliste à "La Vie") : "c’est très difficile, mais soit on fait plusieurs pas en arrière (le système explose), soit on fait plusieurs pas en avant, et Angela Merkel n’y serait pas opposée." [9]

Lire notre article "Les Etats-Unis d’Europe, ou l’explosion et le chaos."

De toute façon, si les positions françaises et allemandes sur les euro-obligations semblent inconciliables, par exemple au dîner informel à Bruxelles du 23 mai 2012, certains observateurs sont moins tranchés. Ils notent une entente sur certains dossiers, comme la taxe sur les transactions financières, et surtout que les deux dirigeants ont le même caractère et sont des adeptes du compromis.

"M. Hollande a insisté pour la création d’eurobonds, mais personne, je dis bien personne, ne l’a demandé pour le très court terme", a fait remarquer un participant au sommet. "Les eurobonds c’est une perspective à long terme. Ce sera comme la cerise sur le gâteau", a-t-il expliqué." [10]

[1] Exemple d’aspects contre-productifs de la crise en Grèce : si les revenus baissent, continûment, cela encourage fortement le marché noir, ce qui évidemment ne fait entrer d’agent dans les caisses de l’Etat

[2] à ce sujet voir l’émission CdansL’air "Europe : la crise dope les extrêmes" du 22 mai 2012, et le témoignage très instructif mais sidérant d’une journaliste grecque sur le chantage du Premier Ministre grec Papaandréou (père) en 1981 bis à vis de la Commission Européenne

[3] A ce sujet, notons que les concepteurs des eurobonds ont imaginé un système de compensation financière pour les pays les plus vertueux, ce qui est évidemment très important L’expansion, 22 mai 2012 "Sommet européen : ce que l’Allemagne pourrait lâcher... ou pas"

[4] Du fait qu’il s’agissait aussi de crise systémique

[5] Le Figaro, 23 mai 2012 "Pourquoi les Allemands ont horreur des « eurobonds »".

[6] Economie matin, 23 mai 2012 "Les Européens réunis à Bruxelles : l’urgence grecque"

[7] Le Figaro, 26 avril 2012 "Le FMI veut convaincre l’Allemagne d’accepter des eurobonds"

[8] Extraits de l’article de Mathieu Bruckmüller "Crise de la zone euro : Des « Etats-Unis d’Europe » comme seule solution ?-20120524-[article_economie]-755939792@3-]" 20 minutes, 23 mai 2012.

[9] "Politique Matin", 9h07, La Chaine Parlementaire, 24 mai 2012.

[10] AFP, 24 mai 2012 Le clivage franco-allemand n’est pas insurmontable veut croire Bruxelles"


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