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BCE, Mario Draghi : "Non, l’euro n’est pas en danger"

[ Extrait d’une interview par Le Monde. ]
dimanche 22 juillet 2012.
 
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De sommets européens en Eurogroupes, la crise de la zone euro continue d’affoler. Jusqu’à présent, seules les actions de la Banque centrale européenne (BCE) ont semblé apaiser les marchés. Aujourd’hui on lui reproche de ne pas en faire plus. Mario Draghi, son président, s’en explique.

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Mario Draghi, BCE

Le Fonds monétaire international (FMI) a révisé à la baisse ses prévisions de croissance dans le monde à cause de l’Europe. Risquons-nous une récession ?

Non. Depuis le début de l’année, les risques de détérioration de l’économie que nous redoutions se sont certes en partie matérialisés. La situation a graduellement empiré, mais pas au point de plonger l’ensemble des pays de l’Union monétaire dans la récession. Nous envisageons toujours une amélioration très progressive de la situation à la fin de cette année ou au début de la suivante.

Grâce à la BCE ?

Les baisses de taux d’intérêt de la fin 2011 et de juillet devraient produire leurs effets. Ainsi que les opérations de prêts à trois ans aux banques menées pour faire face à un risque de restriction du crédit.

La BCE ne devrait pas, comme le demande le FMI, faire davantage pour soulager l’économie ?

Nous sommes très ouverts et n’avons pas de tabous. Nous avons décidé de réduire les taux d’intérêt à moins de 1 % car nous prédisions que l’inflation serait proche ou inférieure à 2 % début 2013. Il est désormais probable qu’elle reflue dès fin 2012.

Notre mandat est de maintenir la stabilité des prix pour éviter une inflation trop élevée mais aussi une baisse généralisée et globale des prix. Si nous constatons de tels risques de déflation, nous agirons.

Le Conseil européen des 28 et 29 juin a été salué par les marchés qui depuis ont exprimé des doutes...

Le sommet a été un succès. Pour la première fois, me semble-t-il, un message clair a été donné : sortir de la crise avec plus d’Europe. En mettant en place une feuille de route pour créer une union à quatre composantes : financière, fiscale, économique et politique. Avec des outils concrets : une union financière, un superviseur bancaire, des fonds de secours à même de recapitaliser les banques quand cette supervision sera en place. Et un calendrier de mise en oeuvre.

Ce sont des solutions de long terme. Ne faut-il pas aussi gérer l’urgence ?

Laissez-moi vous parler de mon expérience. En 1988, le comité Delors avait tracé la voie vers l’Union monétaire, avec un objectif, un calendrier, des engagements à respecter. Cette perspective a débouché sur le traité de Maastricht en 1992.

A l’époque, les taux d’emprunts de l’Italie étaient très élevés. Mais ils se sont brusquement réduits, avant même que ne diminue le déficit, qui était à 11 %, du PIB, lorsque l’Italie s’est engagée dans ce projet d’Union monétaire.

Cela m’incite à penser que, si les pays s’engagent de façon ferme, même à long terme, cela a des effets sur le court terme.

...

Que pensez-vous du pacte de croissance cher à M. Hollande ? Il aidera sûrement. Mais il faut aller plus loin, chaque Etat doit aussi faire des efforts.

Vous pensez à des réformes structurelles plus qu’à de la relance keynésienne ?

Oui, même si on se focalise trop souvent sur la réforme du marché du travail qui ne se traduit pas toujours par une amélioration de la compétitivité, car les entreprises profitent parfois de monopoles ou de rentes de situation. Il faut aussi regarder les marchés de produits et services et libéraliser quand c’est nécessaire.

Politiquement, ce sont des décisions difficiles à prendre. Un agenda européen et un renforcement de la prise de décisions communes au niveau européen aideraient grandement dans ces domaines.

C’est donc la victoire des thèses libérales ?

Non. Mettre fin à certaines rentes de situation est une question de justice, pour les employés et les entrepreneurs et pour tous les citoyens.

...

Quand vous êtes arrivé à la tête de la BCE, vous étiez considéré comme le plus Allemand des Italiens. C’est toujours le cas ?

C’est à vous de le dire ! Nous devons maintenir la stabilité des prix dans les deux sens, faire face aux problèmes tels qu’ils se posent et agir sans préjugés.

D’une certaine façon, vous êtes très allemand quand vous soutenez les appels à l’Union politique lancés par Angela Merkel...

Tout mouvement vers une union financière, budgétaire et politique est à mon sens inévitable et conduira à la création de nouvelles entités supranationales.

Dans certains pays, le transfert de souveraineté - je préfère parler de partage - que cela implique est un enjeu majeur, dans d’autres, non. Avec la mondialisation, c’est précisément en partageant la souveraineté que les pays peuvent mieux la conserver. A long terme, l’euro doit être fondé sur une plus grande intégration.

Une sortie de Grèce de la zone euro est-elle d’actualité ?

Notre préférence, sans équivoque, est que la Grèce reste dans la zone euro. Mais c’est du ressort du gouvernement grec. Il a fait part de son engagement, il doit maintenant donner des résultats. Quant à la renégociation du mémorandum [pour assouplir les réformes imposées au pays], je ne prendrai aucune position avant d’avoir vu le rapport de la "troïka".

Les ministres des finances de la zone euro ont finalisé vendredi 20 juillet le plan d’aide aux banques espagnoles. Est-ce suffisant pour éviter un naufrage du pays ?

Une chose importante concerne l’implication des créanciers seniors des banques : la BCE considère qu’elle doit être possible en cas de liquidation d’une banque. Il faut protéger les épargnants, mais les créanciers devraient être associés à la résolution de la crise pour limiter l’engagement des contribuables. Ils ont déjà beaucoup payé.

...

L’euro est donc toujours en danger ?

Non, absolument pas. On voit des analystes imaginer des scénarios d’explosion de la zone euro. C’est méconnaître le capital politique que nos dirigeants ont investi dans cette union et le soutien des Européens. L’euro est irréversible !


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