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Comment accélérer la sortie d’un bras de fer improductif avec A. Tspiras

Pour garder la Grèce... préparer activement sa sortie de l’euro !

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mercredi 8 juillet 2015.
 
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"Si vis pacem, para bellum"... Pourquoi espérer obtenir de Tsipras quoi que ce soit, alors que depuis 5 mois la situation se tend toujours un peu plus, avec des conséquences de plus en plus graves pour la population grecque ?

(PNG) Alors que Angela Merkel et François Hollande avaient pris la peine de se réunir lundi soir pour définir une position commune (solidarité et responsabilité, attente de propositions crédibles de la part du gouvernement grec), le nouveau ministre grec Euclide Tsakalotos est arrivé ce midi les mains vides auprès de ses interlocuteurs.

(PNG) Il faut dire que certains gouvernants, dont Manuel Valls ce matin qui veut "tout faire" pour que le peuple grec se maintienne dans la zone euro" ("la France fait tout et fera tout pour que la Grèce reste dans la zone euro") ont l’attitude exactement opposée à celle qui peut fonctionner.

Car ce type de discours, bien compréhensible, est extrêmement contre-productif par rapport à un Premier Ministre Grec qui ne lâchera rien tant qu’il aura l’impression qu’au moins un de ses interlocuteurs essaiera de garder la Grèce dans la zone euro !

Garder la Grèce dans la zone euro...

Que les choses soient claires : nous sommes parmi les plus européens qui soient, nous voulons que la construction européenne continue, malgré les péripéties (nombreuses) et les défis croissants, et nous ne faisons pas partie de ces gens qui en appellent à "une autre Europe" qui tournerait le dos à ce qui a déjà été fait, avec plus ou moins de succès jusqu’à présent.

Cette poursuite de la construction européenne devrait (donc) passer par le maintien de la Grèce dans la zone euro, pour de nombreuses raisons, dont les 3 principales suivantes :
-  la sortie de la Grèce de la zone euro présente de nombreux risques, y compris par exemple pour l’augmentation des taux d’intérêts des dettes souveraines, et avec ses plus de 2000 milliards de dettes, la France est très exposée
-  pour les Grecs eux-mêmes cela représente un saut dans l’inconnu considérable
-  ce serait un signal politique important envoyé au reste du monde, qui accréditerait l’idée que la construction européenne peut aussi être défaite ; il faudrait alors relancer rapidement et de façon très active l’intégration dans la zone euro, pour montrer au monde qu’il n’en est rien (ce serait le bienfait de cette nouvelle crise).

Donc ce serait perdant / perdant, et un interlocuteur grec "raisonnable" devrait donc rechercher activement une sortie de crise.

Et nous sommes conscient de ce qu’il faut bien que le peuple grec ait une perspective, et que le montant actuel de la dette est insoutenable. Mais la situation est compliquée par le fait que de nombreux pays (Espagne, Portugal notamment) ont entrepris des efforts très sérieux, qui commencent à donner d’excellents résultats, alors qu’ils n’ont pas bénéficié de réduction du niveau de la dette. Il faudra donc trouver une solution qui convienne à différents pays, vivant des situations très différentes, et cela demande à tous les acteurs une sacrée dose de bonne volonté.

... mais pas à n’importe quel prix !

(PNG) Mais A. Tsiprasne est-il un interlocuteur "raisonnable", malgré son large sourire habituel ?

Et donner l’impression de vouloir à tout prix un accord mène généralement à des décisions très éloignées de l’intérêt bien compris des différentes parties, sur la durée [1]

A. Tsipras est ’tellement convaincu de ces impacts négatifs pour l’Union Européenne et surtout pour la zone euro, qu’il est prêt à continuer sa danse au-dessus du volcan : il croit tellement que les inconvénients seront encore plus forts pour les autres pays qu’il ne lève pas le petit doigt pour aller dans le sens de ce que demandent ses interlocuteurs.

Et l’entretien de B. Obama par téléphone avec la chancelière allemande Angela Merkel renforce A. Tsipras dans sa conviction : "Nous continuons à encourager l’ensemble des parties à participer de manière constructive aux discussions", déclare Josh Earnest, porte-parole de l’exécutif américain, appelant une nouvelle fois à un compromis.

... Surtout face à un ’négociateur’ qui ne négocie pas !

Dans ces conditions, la seule manière de faire vraiment revenir A.Tsipras à la raison consiste à montrer à la fois de la détermination à chercher une solution, pour les populations européennes notamment, et une tout aussi claire volonté de préparer la sortie de la Grèce de la zone euro, aux yeux de tous également.

La façon la plus simple consisterait alors à travailler en deux groupes de pays, selon leur penchant actuel, certains pays comme la France et l’Allemagne devant être présents dans les deux groupes, ainsi bien sûr que les représentants de la Banque Centrale Européenne.

A cette condition, une éventuelle Grexit sera mieux préparée, et, paradoxe, mieux évitée !

Cette attitude a aussi l’avantage de limiter les conséquences d’une Grexit improvisée si elle devait quand même se produire, car il ne peut malheureusement pas être exclu que A. Tsipras recherche la sortie de l’euro de son pays, malgré ses dénégations récentes répétées.

Dans tous les cas, il cherche à faire porter le chapeau aux dirigeants européens, et à garder le beau rôle, alors que les conséquences pratiques pour la population grecque sont de jour en jour plus critiques.

Sortir dans tous les cas des blocages actuels !

Un conflit qui illustre bien la théorie de l’engagement : chaque partie est tellement engagée dans sa voie qu’elle ne peut agir autrement sans avoir l’impression de céder. Surtout que tout ceci se passe sous les yeux des médias, alors que les négociations réussies supposent généralement un secret minimal. Comme ce secret ne semble pas possible, il faut pouvoir mener les négociations d’une manière inhabituelle (et paradoxale).

Trouver une façon qui encourage les réformes structurelles, et leur efficacité réelle !

Il faut aussi pouvoir montrer de la bonne volonté, de la part des dirigeants européens, et cela pourrait passer par un engagement progressif de réduction de la dette, proportionnel aux résultats des réformes, obtenus sur la durée : plus ces réformes sont productives, et plus les aménagements accordés sur la dette sont significatifs.

Et malheureusement, il ne faut pas se fier à certains signes apparents de ’bonne volonté’ grecque :
-  remplacement du ministre grec des Finances Y. Varoufakis, probablement surtout parce qu’il a pris la parole dimanche soir devant la population grecque avant A. Tsipras
-  la déclaration du nouveau ministre des Finances, Euclide Tsakalotos, selon lequel la zone euro a montré mardi "une volonté politique de donner une nouvelle chance à la Grèce", avec des "progrès" au cours de l’eurogroupe auquel il venait d’assister, en prélude à un sommet de la zone euro convoqué en urgence après le référendum grec sur les plans de renflouement des créanciers. Car pendant ce temps ses interlocuteurs étaient furieux.

De la part des interlocuteurs européens, afficher une vraie volonté de trouver une solution est très important, mais cela n’empêche pas de déterminer efficacement toutes les difficultés liées à une possible sortie de la Grèce de la zone euro, et d’essayer d’en minimiser les impacts négatifs.

.

[1] Vouloir à tout prix un accord mène à un accord perdant/gagnant, ce qui tôt ou tard aboutit à des situations où toutes les parties perdent, car celui qui a perdu cherche à prendre sa revanche, quitte à perdre à nouveau.


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