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57% des salariés disent voter NON, comme 83% des ouvriers (sondage Ipsos, Le Figaro-Europe1, réalisé les 13 et 14 mai)

Pourquoi le NON va gagner. Et pourquoi il faut argumenter jusqu’au bout pour le OUI.

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jeudi 19 mai 2005.
 
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Que les choses soient claires. Je suis pro européen depuis que je suis tout petit, il y a déjà longtemps... J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt et de passion toutes les étapes de la construction européenne, souvent en pestant contre la lenteur de certaines avancées.

Mais les résultats sont là, même insuffisants, qui montrent qu’il est possible de travailler ensemble, malgré des langues différentes, des histoires et des pratiques différentes.

Donc je vais voter OUI, parce que je sais que l’Europe ne se fait pas en un jour, et que je l’histoire a montré que, malgré les nombreuses péripéties, ce qui rassemble nos peuples et nous fait bouger, est plus fort que ce qui nous sépare.

Et même si ce traité est encore imparfait, il contient de nombreuses avancées, dans de nombreux domaines. Ne serait-ce que parce que, pour la première fois, cela n’a pas été un bricolage de plus, pour reprendre l’expression de Olivier Duhamel. C’est le résultat du travail passionné de 105 conventionnels, qui a bien sûr connu des péripéties, mais qui a permis de lever de très nombreux obstacles.

Après ce vibrant éloge de la construction européenne et de sa dernière avancées significative, pourquoi déclarer que le NON va gagner (en France) ? Parce qu’il me faut me rendre à l’évidence. Voir par exemple le sondage (55 non/45 oui) il y a quelque temps. Si on regarde pourquoi les partisans du Non votent Non, il y a peu de raison que cela change, même si la plupart des raisons sont irréalistes (réorientation des politiques européennes dans un sens social ou renégonciation, "plan B" hypothétique) ou n’ont pas de rapport direct avec la question posée (Turquie, ras-le-bol, mécontentement). [1]

Je suis bien convaincu de la nécessité de cette étape, à la fois pour la France, pour l’Europe, et même pour la planète, qui doit faire face à de très nombreux défis [2].

Mais la crise multiforme qui couve en France depuis de nombreuses années, qui se manifeste de temps en temps (mouvements de fin 1995, 21 avril 2002 par exemple) risque fort de passer une étape supplémentaire.

La "société civile" (française) [3] n’en peut plus. Un peu comme en 1968, où l’écart trop fort entre différentes facettes de la société française imposait une crise ouverte, des réajustements.

Il s’agit là encore de mettre fin à certaines hypocrisies, mais plus sur les mêmes thèmes (moeurs et sexualité par exemple) et de faire face à de vrais problèmes économiques et sociaux.

Le paradoxe, c’est que ce sont ceux qui subissent le plus cette situation (les sans emploi et les salariés précaires et/ou du privé, qui vivent une pression très forte sans avoir le sentiment d’être payé en retour) qui vont voter NON, c’est à dire dans le sens qui ne fera que retarder les ajustements et évolutions nécesaires, qui accentueront dans l’intervalle les difficultés économiques et sociales et rendront plus douloureux les changements quand ils seront inévitables. [4].

Le paradoxe, c’est qu’une des causes principales de la situation économique et sociale piteuse en France, à savoir le fait d’avoir des charges sociales énormes qui pénalisent à la fois l’emploi, la consommation et la croissance, est "défendu" avec force par les tenants du NON, qui n’ont pas (encore) compris, faute d’être sortis de France, que "trop de social tue le social" ; que ces charges publiques abyssales, loin d’être un avantage pour les salariés et les chômeurs, sont en fait un incroyable frein à toutes les évolutions nécessaires. Et qu’il est une des causes essentielles de nos problèmes aigüs en France, et comme par hasard plus fort que chez nos voisins.

Le même raisonnement a été fait sur les impôts, dont la France détient un des records mondiaux, mais rien n’y fait : les habitudes de pensée, les pratiques et comportements quotidiens, les dogmes sont bien ancrés, et peu de gens voient à quel point ces charges sont un boulet pour tous.

Il est pourtant clair depuis plusieurs années que la France dépense beaucoup plus que d’autres pays par exemple dans son système de "santé" [5], sans que les résultats ne soient à la hauteur de ces dépenses, ni même meilleurs que ceux de nos voisins qui dépensent nettement moins.

Pourquoi est-il important de parler de ces impôts et charges ? Parce que c’est ce qui fait l’écart entre ce que payent l’entreprise et ce qui entre in fine dans la poche des travailleurs. Puisque la pression concurrentielle est forte, l’entreprise en est réduite à créer des conditions favorisant un stress très fort, sans pouvoir rémunérer correctement ses salariés. L’exception existe : les grandes entreprises qui travaillent beaucoup à l’export, qui font des marges conséquentes sur ces marchés, et qui peuvent plus facilement rémunérer ses travailleurs en France. [6].

Pour les PME, celles qui créent l’emploi de demain, celles qui absorbent tous les chocs successifs de l’économie, et celles qui créent de toute façon le plus d’emplois, la situation est tout autre, et les salariés ne peuvent que constater cet écart grandissant entre leurs efforts et leurs rémunérations !

Cette "société civile" en a marre de travailler sans être associée aux résultats, de travailler pour les autres (nous avons le chômage le plus élevé d’Europe chez les jeunes ET chez les seniors) snas que ceux qui ne travaillent pas en tirent un quelconque avantage : le système est pathogène, il crée ce chômage structurel, à cause de ces blocages systémiques.

Il n’y a pas possibilité de créer des accords gagnant - gagnant, absolument nécessaires à une économie dynamique, et à un espoir retrouvé, à la fois chez les entrepreneurs / employeurs et chez les salariés / personnes en recherche d’emploi.

Le paradoxe, c’est que ceux qui ont le plus peur des changements nécessaires sont ceux qui ont le plus à gagner de ces changements ! Prenons l’exemple de la santé : un salarié, gagnant 1500 euros net par mois, paie sans le savoir plus de 4 600 euros (charges "patronales" et "salariales") au titre de l’assurance maladie, soit 3 mois de salaire !

La suppression de l’affiliation obligatoire annulerait de fait ces prélèvements qui viendraient ainsi abonder le salaire réellement perçu par le salarié et améliorer d’autant son pouvoir d’achat. Une hausse de 25% !

Cette somme très importante, et très souvent ignorée, permettrait aisément la souscription d’un confortable contrat d’assurance maladie auprès de l’assureur de son choix. Les tarifs pratiqués chez nos voisins européens en sont la preuve.

Soyons clair ! Le but n’est pas d’instaurer une société ultra-libérale. [7] [8] [9]

Simplement, nous sommes allés tellement loin dans les systèmes publics dépensant à guichets ouverts qu’il faut bien corriger ces excès et redonner des marges de manoeuvre qui manquent tellement à notre pays, tout particulièrement en cas de croissance plus faible. L’expérience montre qu’il n’y a pas de meilleur système, ou de moins mauvais système économique, qu’une économie de liberté. Il y a cependant des variations très nettes entre les différentes versions de cette économie de liberté. [10]

Bref, la société française n’en peut plus, et elle est prête à donner un grand coup de pied dans la fourmilière, quitte à faire des "dommages collatéraux" très importants pour l’Europe et les autres pays européens, mais aussi pour notre propre économie.

Et tout se passe comme si les discours rationnels, tenus par les élites, ne passaient pas, ou ne pouvaient pas tenir sur la durée. Emotionnellement, viscéralement, inconsciemmment ou non, une bonne partie des Français n’en peut plus, et ne peut plus entendre les raisons objectives de voter OUI, ne peut plus voir son propre intérêt (voici une des limites du seul libéralisme, qui suppose que les acteurs sont rationnels, et que l’information est parfaite ; ce qui dans le cas présent est loin d’être le cas).

Alors faut-il baisser les bras ? Faut-il accepter de voir les démagogues, les populistes (avides de retrouver une audience), les nationalistes (éternels volontaires pour causer la ruine de leur pays), les souverainistes (nostalgiques et donc incapables de faire face aux réalités de ce monde "sauvage") rafler la mise et entraîner les Français dans une aventure bien peu réjouissante ?

Pouvons-nous accepter d’entendre des "révolutionnaires" en appeler au Grand Soir ? des "communistes" en appeler à une "Europe démocratique" (ils n’ont pas peur, eux qui étaient si fiers des "démocraties populaires" d’Europe de l’Est), et dire que "les peuples d’Europe ont besoin de notre NON" ? Tiens tiens, aurions nous raison contre tous les autres ? est-ce une version de "l’avant-garde éclairée du prolétariat", en quête d’une "dictature du prolétariat" ?

Pouvons-nous laisser des "socialistes" attardés (pour qui "social-démocratie" est une injure) se raccrocher à leur rêve dogmatique de "socialiser les outils de production" et essayer de rattraper leur "retard" idéologique par rapport aux grands frères communistes ? Ou jouer avec l’Europe pour essayer de faire passer un Fabius au premier plan, "homme d’Etat" prêt à tout pour avoir une petite chance d’être présent au 2e tour en 2007 (pour perdre) ?

Non, bien sûr ! Même si le NON devait l’emporter, il faut tout faire pour que l’écart avec le Oui soit le plus faible possible ! Sinon c’est la porte ouverte aux pires excès, aux manoeuvres des extrémistes de gauche ou de droite. C’est aussi donner un signal de méfiance aux autres peuples, compliquant la difficile construction européenne.

Et faut-il ajouter que je serai ravi que le OUI l’emporte ?!

PS. Une application de la logique paradoxale : “il est trop tôt pour voter NON !
C’est marrant, ça laisse perplexe. Et on vote OUI !

[1] Raison du Non, sondage paru dans Marianne, fin mars.
-  Vous êtes opposé à l’entrée de la Turquie (31 %)
-  Vous pensez que si le non est majoritaire, cela entrainera une réorientation des politiques européennes dans un sens social (29 %)
-  Ce traité ne vous convient pas et vous souhaitez qu’on le renégocie (26 %)
-  Vous vous servez du référendum pour exprimer votre ras-le-bol (22 %)
-  Vous voulez faire part de votre mécontentement à l’égard de Raffarin et Chirac (20 %),

Regardons maintenant les raisons du Oui :

-  Vous êtes pour l’Europe (46 %)
-  Vous pensez qu’il est important d’avoir une constitution (33 %)
-  Vous pensez qu’il faut des règles avec les nouveaux pays entrants (26 %)
-  Si le Non l’emporte, l’influence de la France sera plus faible (19 %)

[2] parmi lesquels, pêle mêle : le non-développement de l’Afrique, les tensions au Proche Orient, la montée d’intégrismes et fanatismes, le problème de l’eau en de nombreuses régions du monde, le réchauffement climatique, la puissance grandissante et mondialisée de mafias, la corruption très présente en de nombreuses régions / pays, l’écart grandissant entre les (individus et pays) les plus riches et les plus pauvres, etc.

[3] il est très important de constater cette spécificité française ; si d’autres pays sont tentés de voter NON, ce n’est vraiment pas pour les mêmes raisons qu’en France. La situation économique et sociale dans la plupart des autres pays européens n’est pas si grave, même si la croissance n’est pas au rendez-vous en Allemagne, par exemple, qui n’a pas encore digéré l’énorme facture de la réunification et des nécessaires mises à niveau. Les doutes s’expriment aussi là-bas, mais certaines réformes nécessaires, et douloureuses, ont été plus loin qu’en France

[4] Les fonctionnaires votent aussi Non, mais parce qu’il craignent perdre des avantages. Alors qu’ils sont les premiers à constater au quotidien l’inefficacité du monstre étatique, et qu’ils auraient eux aussi tout à gagner d’un nouveau contrat social

[5] on devrait dire de soins, car si peu est fait pour la prévention !, pourtant beaucoup plus efficace à terme, et beaucoup moins coûteuse

[6] Mais qui ne sont pas encouragées à le faire, car il n’y a pas de signal fort donné en lmeur direction pour les assurer que les mesures qui s’imposent sont enfin prises

[7] Voir pour la différence entre libéralisme et ultralibéralisme : "Libéralisme et état nation"

[8] Il faut d’ailleurs remarquer que, dans le traité constitutionnel, la santé est une compétence nationale

[9] Et pour que l’accès aux soins (et à la santé) des plus démunis soit encore et surtout vraiment possible, il y a des solutions comme "l’impôt négatif", le revenu minimal pour toute personne. Il faut oser renouveler les schémas mentaux et la pensée, pour pouvoir trouver de vraies solutions à des problèmes insolubles en continuant ainsi

[10] Et si le libéralisme est une condition nécessaire, il est loin d’être suffisant : une approche systémique est essentielle, qui permet d’avoir des résultats là où la seule responsabilisation individuelle ne suffit pas.

Les approches américaines, manichéennes et ne prenant pas en compte les logiques sociales et systémiques, montrent bien leurs limites dans différents domaines. Par exemple dans l’attitude par rapport à la criminalité et dans les prisons ; pendant que le Canada voisin a une approche très différente, et beaucoup plus efficace.


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