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Extrait de Libération, du 9 avril 2005. Par Gérard Bardier (Ami Public)

Les vrais néolibéraux ne veulent pas de ce traité

Iñigo Méndez de Vigo, eurodéputé espagnol, s’inquiète du non français. Propos recueillis par Alain AUFFRAY.
[ Forum "Europe" de l’Ami Public ]
samedi 14 mai 2005.
 
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Eurodéputé, membre du PPE, le conservateur espagnol Iñigo Méndez de Vigo présidait la délégation du Parlement européen à la convention qui a élaboré la Constitution européenne. Il analyse les conséquences d’un non français.

Que se passera-t-il, selon vous, en cas de non en France ?

Je crois que la campagne de ratification se poursuivra. Il y a deux possibilités : soit les échecs s’accumulent et, dans ce cas, la Constitution sera enterrée. Soit les autres pays disent oui et le processus peut continuer.

Les gouvernements ont prévu ce cas de figure : en principe, un seul pays ne peut pas retarder tous les autres.

Nous avons les précédents historiques de l’Irlande et du Danemark [1]. L’UE a dit à ces pays : vous avez un problème, choisissez votre solution. Ils ont refait un vote.

Mais, en France, l’organisation d’un nouveau référendum ne me paraît pas imaginable.

Pourquoi ?

Parce qu’on ne pourra pas comprendre pour quelles raisons les Français disent non.

Au Danemark et en Irlande, les responsables politiques avaient des explications. Ils ont pu sortir de la crise sans changer un iota du traité. Ce n’était qu’une question d’interprétation.

Mais, entre souverainistes et antilibéraux, le non des Français sera bien trop divers pour qu’on puisse mettre sur une feuille de papier ce qu’il faut clarifier. On va se trouver dans une situation très confuse, dans une grave crise de confiance.

Et si l’Europe continuait sans la France ?

On peut imaginer l’UE sans le Royaume-Uni. Pas sans la France.

Ce projet de Constitution a été lancé sous Chirac et Jospin. Le président de la convention était Giscard et les principaux ténors étaient Olivier Duhamel, Pierre Moscovici, Michel Barnier, Robert Badinter et Dominique de Villepin : que des Français !

En Espagne, cette Constitution a été critiquée parce que trop franco-française. Regardez l’exception culturelle :vous l’avez ! Pourtant, la majorité des conventionnels étaient contre. En votant non, vous vous tireriez une balle dans le pied.

Les partisans du oui dramatisent. Est-ce la bonne méthode ?

Il ne faut pas diaboliser ceux qui disent non. C’est leur choix. Il faut faire de la pédagogie. Expliquer qu’il ne s’agit pas d’un référendum comme les autres.

Quand on demande aux gens « êtes-vous pour ou contre l’avortement », c’est à prendre ou à laisser. Là, si vous dites non, vous restez avec ce qui existe, avec Nice et les 4 traités précédents.

Or ces traités précédents ne permettent plus de maîtriser les enjeux européens.

Les partisans d’un non de gauche espèrent imposer un débat démocratique, puis une meilleure prise en compte des questions sociales dans un futur traité...

Croire cela, c’est ignorer la réalité européenne.

Regardez ce qui s’est passé après Nice. L’une des conclusions de ce traité était qu’il fallait « un grand débat sur l’avenir de l’Europe ».

Deux pays ont tenté de le faire : la France et l’Espagne. On a créé des commissions nationales. La France a mobilisé ses préfets.

En Espagne, je faisais partie de ce comité. Le résultat a été très décevant et frustrant, on a eu beaucoup de mal à intéresser les gens. Je ne crois pas du tout à la crise salutaire.

Après le 29 mai, l’Europe ne va pas dire à la France : « Vous avez dit non, OK, alors faisons l’Europe sociale. » Il y a des pays qui pensent que la diversité est une bonne chose. Ceux-là ne veulent pas d’un modèle social européen.

On peut tout de même vouloir une autre Europe et le faire savoir en disant NON...

Je pense moi aussi qu’on n’est pas allé assez loin dans la construction d’une Europe-puissance. L’élargissement, c’était Nice.

Si l’on veut l’approfondissement, il faut la Constitution. On doit regarder tout cela dans une perspective historique. L’Europe était une utopie, une « vérité prématurée » comme disait Lamartine. C’est devenu une réalité.

On aurait voulu avancer plus. Mais il fallait l’accord de 25 Etats membres, ce qui n’est pas facile.

Prenons par exemple la disparition de la présidence tournante. Ce n’était pas évident. Beaucoup de pays y étaient très attachés, surtout les petits. Et ils sont 19 sur 25.

Mais nous nous sommes battus sur ce point. Parce que nous croyions que pour faire de la politique à 25, il nous fallait un président stable de l’Union qui lui donne de la visibilité et de la crédibilité.

Je prétends que c’est une avancée immense, sans doute la plus importante depuis le traité de Rome de 1957.

Ce traité est-il néolibéral ?

Les Constitutions sont des règles du jeu. Ce sont les lois qui sont plus ou moins libérales. Plus ou moins socialistes.

Et ce sont les majorités au Conseil des ministres ou au Parlement européen qui font ces lois.

Les vrais néolibéraux au sens de Reagan et Thatcher ne veulent pas de cette Constitution.

Mais la majorité politique en Europe, celle qui a élaboré le traité, est bien libérale...

Honnêtement, on ne peut pas dire que la majorité des conventionnels étaient des libéraux. Ça n’a pas de sens.

Cette opposition que vous faites en France entre une droite libérale et une gauche sociale ne correspond pas à la réalité européenne.

Où faut-il ranger les sociaux-démocrates allemands ? Dans une gauche sociale ou dans une gauche libérale ? Et Zapatero ? Est-ce la gauche sociale ? Il croit au marché, à la flexibilité, à la concurrence.

La vérité, c’est que, face au modèle étatiste de l’autre côté du mur de Berlin, nous avons développé un modèle européen différent du modèle américain.

La cohésion économique, sociale et territoriale est un principe fondamental de la Constitution. C’est ce qui nous différencie du modèle anglo-saxon.

Il est là, le socle du modèle économique et social européen.

[1] Le 2 juin 1992, les Danois rejettent le traité de Maastricht par 50,7 % des voix (avant de voter oui à 56,8 % en mai 1993).

Le 7 juin 2001, 54 % des Irlandais rejettent le traité de Nice, qu’ils accepteront finalement par 63 % des voix en octobre 2002.


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