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Pourquoi tant de NON dans les sondages (Traité constitutionnel européen, TCE) ?

Déficits publics, charges sociales : conséquences sur le chômage, l’économie et le moral des français.

[ Sur le Forum, Ami Public ]
samedi 14 mai 2005.
 
Auteur(s) et leurs articles

Gérard Bardier (Forum Ami Public sur l’Europe et le Traité) a écrit :

"La forte tentation du Non chez beaucoup de citoyens révèle autre chose...
-  ...
-  Une peur devant l’avenir, je n’en suis même pas sûr, le taux de fécondité français me paraissant prouver le contraire".


Une peur devant l’avenir, sûrement !

Quand je revois des films tournés dans les années 60 ou que j’ai vus jusqu’en 75, cela me remet dans l’ambiance de l’époque : tout le monde avait la certitude que le monde allait vers du mieux, et pour reprendre l’expression d’un ancien ministre (JF Deniau je crois) : "les parents avaient la certitude que leurs enfants allaient avoir de meilleures conditions de vie qu’eux, et en tout cas pas moins bonnes".

L’impression générale est qu’on pouvait travailler, et donc créer des conditions de vie correctes, voire excellentes.

Cette impression a laissé place, depuis 20 ans (en 1983 les illusions de certains ont disparu, non remplacées par quoi que ce soit de positif), à un malaise diffus partout, y compris chez les cadres, et voire très profond chez ceux qui sont au chômage ou vivent en contact régulier avec des chômeurs.

Le problème c’est que les représentations personnelles et collectives sur l’économie n’ont pas beaucoup évolué (à gauche surtout), et qu’un (faux) Keynesianisme, très simplifié, perdure : il est considéré qu’il vaut mieux payer les gens à faire des choses peu utiles, plutôt que de laisser développer (temporairement) le chômage.

On a depuis 30 ans fait du déficit budgétaire [1] permanent [2] qui aurait pu être très temporaire, mais qui s’éternisant crée un énorme problème, et a d’extraordinaires conséquences négatives à la fois sur l’économie réelle du pays, et sur les mentalités : l’impression qu’on a "tout essayé", et qu’il n’y a pas de solution,

alors que TOUS les exemples des pays qui ont réduit leur déficit public de façon volontariste [3] (le meilleur exemple est le Canada, au milieu des années 90) suffisamment longtemps ont montré des conséquences extrêmement positives, dans tous les domaines.

Je n’ai pas les chiffres de la fécondité, mais il me semble que la montée de celle ci a été très temporaire, vers les années 1997 - 2000, liées au renouveau d’espoir qu’avait créé l’élection de Jospin et qu’on allait avoir une amélioration très sensible avec les 35h (en particulier)...

Je pensais et pense que les 35h étaient une erreur. Surtout comme cela a été fait, de façon autoritaire et systématique, car réduire le temps de travail dans certains secteurs, certaines entreprises ou certains travaux, n’est pas forcément une aberration. En revanche pour l’économie française, cette erreur nous la payons très cher maintenant, particulièrement dans une période de plus faible croissance.

Mais il est clair que l’espoir de cette époque a permis une remontée de la fécondité très nette (il me semble qu’elle est retombée depuis). C’est une des raisons du retour à la croissance française, avec bien sûr aussi les résultats positifs constatés sur l’économie entre 97 et 2000, liés principalement à la fois à la croissance mondiale ET aussi beaucoup au fait que l’euro devenait beaucoup moins cher par rapport au dollar.

Cette augmentation récente, sur quelques années, de la natalité (et donc des besoins de la population) est une des explications de ce que la consommation tient "bien" en France, par rapport à d’autres pays (par exemple l’Allemagne, qui elle a d’autres problèmes. En particulier elle n’a pas encore digéré le coût énorme de la réunification, et du chômage très élevé dans les länders de l’ex Allemagne de l’Est).

Parallèlement à ce déficit public chronique, on a continué à augmenter les charges sociales de façon quasi ininterrompue, ce qui a créé un coût croissant du travail, sans que les salariés n’en tirent un bénéfice sérieux. Et ce pendant que la pression sur les salariés augmentait (stress très fort, impact sur leur santé), ce qui a augmenté le malaise et les dépenses de santé (et donc le trou de la Sécu).

Pour l’effet des charges sociales sur l’augmentation du chômage, voir par exemple l’étude brillante faite par un économiste de gauche (qui voulait montrer que la réduction du temps de travail ne jouait pas contre l’économie). Cette étude citée dans l’article montre indirectement que les charges sociales ont une influence énorme sur le chômage, depuis 1970.

Ce qui renforce à la fois :
-  les problèmes économiques
-  le sentiment d’exclusion pour ceux qui sont au chômage
-  le sentiment d’impuissance des créateurs d’entreprise et des patrons
-  la dégradation du climat général (d’impuissance, d’impression qu’il n’y a pas de solution)
-  ainsi que l’impossibilité de comprendre ce qu’il se passe, notamment pour les hommes "de gauche" qui ne veulent pas remettre en question leur lecture de l’économie (encore marquée par une théorie simplifiant très largement la pensée de Keynes).

Et ceci contribue aussi à compliquer le processus de ratification du Traité Constitutionnel, alors que la France a déjà beaucoup bénéficié de l’Europe.

Simplement cela ne se voit pas tellement sur le chômage, à cause de cette "politique" économique (si tant est que l’on puisse utiliser ce terme de politique) particulièrement peu efficace, malgré les sommes énormes dépensées pour "aider" l’emploi (24 milliards d’euros annuels, dont 15 liés aux 35 heures !), et en tout cas beaucoup moins efficace que celle de la plupart de nos voisins européens !

Ne peut-on pas voir un manque criant de courage politique ? Bien sûr il n’est pas facile d’annoncer la réduction de certains effectifs, mais l’écart avec de très nombreux pays européens n’est-il pas de plus en plus criant ?

[1] Le déficit budgétaire est le déficit du budget de l’Etat, le déficit public est le déficit sur les comptes publics, Etat + collectivités territoriales (municipalités, etc.) + organismes sociaux comme la Sécurité Sociale. Malheureusement en France le déficit est devenu un mode facile de "gestion", ce qui fait que le déficit budgétaire (déjà énorme) est en général accompagné d’un déficit public encore plus élevé...

[2] (avec des embauches de fonctionnaires très élevées, sans vraiment gérer les effectifs publics, sans gérer les priorités, sans faire diminuer certains effectifs pour pouvoir consacrer des moyens appropriés dans certains domaines. Un des meilleurs exemple est la Justice, où les besoins en effectif sont criants. Et ce alors que le Ministère de l’Agriculture a vu ses effectifs doubler, pendant que le nombre des agriculteurs diminuait très fortement...

[3] Voir par exemple l’étude de la BCE, montrant que ce sont les pays qui ont le plus réduit les dépenses de l’Etat qui ont le plus diminué le chômage et augmenté la croissance L’Etat-providence à la française : une générosité irresponsable


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