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Générations Europe, Lundi 28 Novembre 2005

Le conflit RTM à Marseille, illustration de deux maux français essentiels

[ Site de Générations Europe ]
mardi 29 novembre 2005.
 
Auteur(s) et leurs articles

La RTM est une régie municipale.

Elle souffre depuis longtemps de deux maux essentiels.

-  Le premier est l’interférence du politique dans le fonctionnement de l’entreprise.

En cas de difficulté, les représentants du personnel se tournent vers les élus, et ceux-ci acceptent de marginaliser la direction de l’entreprise. A l’usage, les syndicats ont compris à qui ils ont intérêt à s’adresser.

C’est un constat général en France, dès que le pouvoir politique se mêle à la gestion d’une entreprise, c’est un fiasco, à Marseille comme ailleurs.

Ce n’est pas la fonction des hommes politiques, et beaucoup, issus de la fonction publique, n’ont jamais eu à connaître des réalités d’un corps social, de ses attentes et de ses réactions.

Les syndicats ne sont pas toujours le reflet exact des attentes des employés loin s’en faut, ils ont leurs propres intérêts à défendre surtout en France en raison de l’éclatement syndical et de la surenchère qui en découle forcement.

Négocier avec les représentants du personnel en se fiant à eux seuls, sans connaître la réelle sensibilité du personnel, est donc voué à l’échec.

C’est à la direction de l’entreprise d’organiser et de faire vivre le dialogue social interne.

A Marseille, la trop grande interférence des politiques, en particulier du Maire, dans la gestion de la RTM, se traduit aussi dans l’absence de relations claires entre la RTM et la municipalité.

Aucun contrat ne précise les engagements réciproques, les objectifs de résultats et de qualité de service, bref n’organise des relations professionnelles entre adultes responsables.

-  Le deuxième mal dont souffre la RTM, qui n’est pas sans rapport avec le premier, est une sorte de cogestion malsaine avec les syndicats des services publics en particulier avec la CGT. C’est historique pour ne pas dire que c’est devenu une tradition.

Marseille, terre des conflits dans les services publics.

Celui de la SNCM est encore dans notre mémoire, mais chaque fois que la Poste, la SNCF et même l’EDF se mettent en grève, c’est à Marseille que le conflit est le plus dur.

Le conflit actuel est bien le reflet de ces maux.

De quoi s’agit-il ?

La municipalité envisage de lancer un appel d’offre pour confier l’exploitation des futures lignes de tramways à une structure autre que la RTM, quitte à l’associer dans le processus comme l’a confirmé le médiateur B.Brunhes.

Classique, il s’agit d’une délégation de service public comme il en existe de multiples en France, en particulier dans les transports en commun.

Le prétexte est d’affirmer que la RTM a besoin de compétences complémentaires pour exploiter des lignes de tramways et donc de s’associer avec une entreprise qui exploite déjà des réseaux de tramways comme Connex par exemple.

Ce n’est qu’un prétexte.

La RTM exploite déjà un réseau conséquent de bus et de métro dans des conditions techniques tout à fait acceptables.

A partir de là, exploiter des lignes de tramways s’apprend rapidement, la RATP et d’autres l’ont bien fait quitte à se faire un peu aider au démarrage.

De fait le Maire veut en réalité profiter de l’occasion de l’arrivée d’un nouveau réseau pour changer en profondeur la situation actuelle du rapport de force, syndicats, municipalité, direction.

Les syndicats l’ont très bien compris et malgré l’intervention d’un médiateur de qualité (appelé par le gouvernement et non la mairie) qui a proposé une solution donnant toutes les garanties de pérennité du service public, le conflit s’est poursuivi.

Il est aujourd’hui en voie de règlement mais par un dialogue direct entre la direction et les syndicats.

Par ce conflit, la Mairie de Marseille essaye de rétablir une situation plus équilibrée dommage qu’il faille pour cela passer par un conflit de 46 jours.

Mais il faut que la Mairie aille plus loin en redéfinissant ses liens avec la direction de l’entreprise, c’est-à-dire en précisant les engagements réciproques, les objectifs de résultats et de qualité de service, bref en ayant un contrat clair et exigeant avec son opérateur de transport public, incluant à la fois des objectifs de continuité du service et de performances.

Pendant plus de 40 jours d’un conflit dur, l’obligation de mettre en place un service garanti a cruellement manqué, tant pour les habitants, la vie économique du centre ville que d’une certaine manière pour l’image de Marseille.

Laisser à la seule bonne volonté des acteurs directs direction et syndicats le soin de se mettre d’accord pour définir la manière d’assurer la continuité du service, c’est oublier que c’est à la représentation nationale qu’incombe de dire ce qui est et n’est pas service public et dans quelles conditions le service public doit s’exercer.

Le service public n’appartient pas aux acteurs directs que sont les directions, syndicats ou employés des entreprises, il appartient au peuple au travers de sa représentation nationale.

On en voit bien l’impérieuse nécessité dans le dernier conflit de la SNCF qui malgré un effort de redressement considérable, peine à se rétablir après chaque conflit, faute d’une obligation claire de continuité imposée à tous.

En définitif ce n’est pas le personnel des services publics, qu’il soit dirigeant ou simple employé, qui paye les pots cassés mais l’Etat donc le citoyen.

Profitons des derniers évènements pour aller plus loin et redéfinir les activités qui méritent, je dirai qui ont l’honneur de mériter, le sigle de service public en précisant au cas par cas et pour un temps donné ce que la Nation attend d’un service public moderne.

Les dernières définitions dans ce sens datent de plusieurs dizaines d’années et ne correspondent plus aux attentes du monde d’aujourd’hui.

Ce n’est pas une affaire d’entreprises publiques ou privées comme le croient beaucoup de nos concitoyens mais de nature d’activités qui ne peuvent pas être laissées au seul soin de l’économie de marché pour assurer l’intérêt général.

Chaque service public a ses obligations. Elles sont différentes pour l’Education nationale, la Police ou les Transports Collectifs.

Par exemple, commençons par les transports publics urbains, c’est probablement le plus facile à définir.

-  Un service public de transport collectif urbain a besoin d’argent public, il a donc un devoir impérieux d’efficacité, mesuré par un benchmarking permanent.

-  Il doit être transparent dans sa gestion, respectueux des voyageurs, les informer et être flexible pour accompagner les évolutions des modes de vie urbaine.

-  Il s’adresse à tous les voyageurs potentiels en particulier à ceux qu’un handicap rend la vie plus difficile.

-  Sa pérennité repose sur la confiance que lui portent les voyageurs, le service public est donc soumis à une obligation de continuité.

-  Enfin, il est un acteur majeur du développement durable des villes dans un monde en urbanisation croissante.

Ce n’est qu’un exemple incomplet de ce que l’on pourrait imaginer comme étant des obligations de base d’un service public pour un transport collectif urbain.

-  Il faudrait probablement rajouter un paragraphe sur le rôle et la responsabilité des acteurs pour qu’il n’y ait plus confusion entre ce qui revient de l’autorité publique comme le tarif la définition du service et le domaine de l’entreprise.

Service public par service public, le peuple, par ses représentants, voire par référendum pour certains d’entre eux, préciserait ce qui est et ce qu’il attend de ses services publics où s’exprimerait à la fois son désir massif de continuité et son attachement au rôle majeur que jouent les services publics dans la cohésion sociale du pays.


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